La bassesse Morale

Voilà trois fois que je vais en Kabylie depuis le mois de mai 2005 après une absence de plus d’une trentaine d’années.

Lors de mon premier séjour, j’ai redécouvert avec joie les paysages et les formes naturelles, quelquefois originales voire même insolites de nos belles montagnes. Elles m’ont rappelé mon enfance et mes parents disparus il y a trois ans. Je suis allé les saluer leur dire combien leurs présence physiques manquaient à tous ceux qui les aimaient et combien leurs silhouettes manquaient au décors des nos champs d’oliviers et oh combien est énorme le vide qu’ils ont laissé derrière eux dans le domicile parental. Retour ligne automatique
Deux larmes ont ruisselé le long de mes joues, une pour chacun ; je leur ai dit au revoir et à la prochaine avec leurs expressions comme pour m’assurer que c’était à eux que je m’adressais en leur promettant d’entreprendre la fabrication de leurs tombes.Retour ligne automatique
Savaient-ils que leur allure naturelle agrémentait les sentiers escarpés des chemins pentus de nos lopins de terres ? Savaient-ils que, de loin, j’aimais jouer à cache-cache avec eux en les regardant apparaître et disparaître derrière les arbres ou les bosses naturelles de nos terres ? Savaient-ils, enfin, qu’ils faisaient mon bonheur à chaque visite que je leur rendais en traversant la Méditerranée ?

Aujourd’hui, ils sont là dans leurs tombes, devant moi, allongés couverts par un amas de terre, avec comme par enchantement un olivier à la droite de mon père et un figuier près de ma mère. Ils avaient toujours parlé avec émerveillement et respect de ces deux arbres. Ils remerciaient le bon Dieu, chacun d’eux avec ses mots, de leur avoir donné des arbres aussi généreux que magnifiques.Retour ligne automatique
Ils sont partis s’isoler pour l’éternité, bien loin des tracas de la vie et de la triste vieillesse qui commençait à leur faire perdre la liberté et la dignité d’être humain. C’était leur dépendance vis-à-vis des belles-filles irrespectueuses qui m’avait choqué. En février 2000 lors d’une courte visite de 3 jours j’ai assisté à une scène invraisemblable. Maman avait 83 ans et avait du mal à marcher. Elle avait appelé ma belle sœur, plus de quinze de fois, pour lui demander de l’eau tiède ; qui après l’avoir ignorée lui a finalement répondu d’un air méprisant : « Tu peux toujours gueuler, je t’ai déjà dit et je te le répète que je ne suis pas ta boniche ». (Je pourrais encore citer de multiples exemples.) Retour ligne automatique


D’abord choqué puis écœuré, je me suis levé et lui ai chauffé l’eau qu’elle demandait pour se laver. La dignité de maman touchée me rendit furieux. Depuis je m’interroge sur la générosité des êtres humains en général et des Kabyles en particulier. Quant à la physionomie de cette belle sœur noircie par la méchanceté et la saleté je n’ai pas encore réussi à lui ôter l’image de sa perfidie malgré la gentillesse de son mari, mon petit frère.

M.A. Kheffache

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