La cause féministe se folklorise à la maison de la culture de Tizi Ouzou

Journée internationale de la femme

Tizi-Ouzou. Huit mars 2007. Une journée printanière, une journée symbole de militantisme dans la région et ailleurs. Une banderole sur lequel on pouvait lire “journée mondiale de la femme, exposition du 05 au 08 mars, Par association Al Irchad Oual Islah“.

Ceux qui ont eu la surprise de voir ce bout de tissu accroché à l’extérieur de la clôture de la maison de la culture Mouloud Mammeri, ont du se frotter plusieurs fois les yeux pour réaliser qu’ils n’étaient pas en train d’halluciner. Une organisation islamiste ; connue pour ses revendications plus que discriminatoires envers la femme, prenant possession de la célèbre enceinte culturelle de la ville des genêts pour célébrer, s’il vous plaît, la journée mondiale de la femme !

N’y a-t-il donc plus de femmes et d’organisations féministes démocratiques, plus de militants ou d’associations modernistes en Kabylie de 2007 pour que le célèbre établissement, jadis carrefour des valeurs démocratiques et universelles de la région ; portés par des générations de militants intègres et incorruptibles, soit pris d’assaut par un courant obscurantiste qui s’accapare ainsi de la symbolique journée de la femme ? La maison de la culture aura-t-elle à ce point changé de vocation pour devenir un croisement où défilent sans cesse ceux qui se revendiquent de la matrice idéologique de la terreur islamiste qui a assassiné Djahnine, Katia… violé , éventré, égorgé des milliers d’autres et qui rêvent de mettre la femme algérienne au foyer, la voiler et la réduire à sa simple fonction de reproductrice et d’objet sexuel dont disposera l’homme à sa guise.

La maison de la culture serait-elle devenue une maison de l’inculture qui, s’offre impudemment au système qui a promulgué l’infamant code de la famille en 1984, arrêté puis traité de tous les noms Mouloud Mammeri en 1980, réprimé dans le sang le printemps amazigh dont nous venons de célébrer le 27ème anniversaire dignement et loin des reniements de certaines associations culturelles, nées grâce aux sacrifices de plusieurs générations de militants de la cause amazigh ; plus particulièrement de celle de 1980, qui viennent de cautionner, non sans contre partie financière, la tentative de dissoudre l’amazighité dans le pompeux générique d’Alger capitale d’une autre culture.

“J’ai vu des hommes résister aux tortures les plus impitoyables mais plier devant l’argent”

disait à juste titre Kateb Yacine. L’histoire s’en souviendra fort heureusement.

Dès que le portail est franchi, une autre surprise semble être posée en embuscade mais suffisamment apparente. Au-dessus de la porte du vestibule qui fait face à l’entrée de l’établissement, une grosse transcription y est accrochée à proximité du portrait de l’auteur de “la guerre de deux mille ans” qui n’aurait jamais apprécié cette indélicatesse. En effet, la pancarte est frappée du sigle “RND”. Une autre première dans cet établissement qui n’a pas souvenance de la moindre présence sur les lieux des partis du pouvoir lors des festivités revendicatives de la journée de la femme.
Les deux pièces occupées par les partisans d’Ouyehia n’exposent rien d’autre qu’une multitudes de tables garnies, tenez-vous bien,… de confiseries au milieu desquelles quelques mots sont imprimés autour de l’effigie de l’ex ministre de la justice en 2001, à l’adresse des femmes !

Des confiseries en guise d’expo pour célébrer la journée de la femme ; une méthode bien rndiste pour séduire certains “ventres” à quelques semaines des prochaines législatives !

Dans l’autre grande salle d’exposition, l’organisation islamiste qui de l’extérieur chapeaute, par la seule banderole accrochée sur la clôture métallique de la maison de la culture, toutes les festivités qui s’y déroulent, n’occupe en fin de compte qu’un petit coin avec deux tables sur lesquelles sont exposés, pour vente, des produits religieux, hidjabs, prêches sur cédérom et autres supports de la littérature subversive.

Tout autour, se sont des femmes artisanes qui exposent leurs œuvres (broderies, couture, peinture sur soie, décorations, …) dans l’indifférence totale de la présence islamiste et des enjeux d’une telle journée chargée de sens.

Dans le hall de l’entrée principale, une autre exposition artisanale fait face à une table qui fait l’exception dans cette “mosaïque” de métiers de femmes où nul référence à l’histoire de cette halte annuelle de la lutte pour l’émancipation de la femme n’est à signaler. L’exception est signée “Ligue de prévention et de sauvegarde de la jeunesse et de l’enfance” qui propose un fascicule où il est question de l’ouverture d’un point d’écoute pour femme en difficulté, avec possibilité de prise en charge psychologique, d’orientation médicale et gynécologique, d’assistance juridique… et d’un “numéro vert” qui verra incessamment le jour pour permettre aux femmes en difficultés de pouvoir trouver une écoute et une assistance téléphonique gratuite.

Les animatrices de cette ligue parlent d’une coopération qui les lie à la fondation espagnole “Santé et communauté”, à “généralitate de Catalunya” et à “Juntament de L’Hospitalet”. Elles n’ont pas manqué en outre, de souligner l’offense qu’elles ressentent suite à la tentative éhontée de récupération dont elles font l’objet, aux côtés de toutes les autres exposantes, de la part de l’organisation nahnahienne qui est la seule à accrocher son étendard à l’extérieur de la maison de la culture, détail qu’elles disent n’avoir pas remarqué jusque là. Indifférence ou caution des responsables de l’établissement ? La question peut s’avérer inutile…

En ce jour, symbole de lutte où, en marge des traditionnelles expositions artisanales et culturelles, un arrêt devrait être marqué par des expositions thématiques, tables rondes, débats et autres communications s’articulant autour de l’histoire du combat pour l’égalité des sexes dans le monde et en Algérie, des sacrifices de la femmes algériennes pour recouvrer sa pleine citoyenneté, des acquis arrachés, du code de la famille appelé à juste titre “code de l’infamie” et des perspectives qui s’offrent à cette cause, ce volet se trouve tout simplement éludé réduisant ainsi la journée mondiale de la femme en un moment ” folklorique” où se conjuguent bouffe, absence de conscience citoyenne et politique, drague électoraliste et hidjab.

Effets pervers de la charte de septembre 2005 ou nouveaux éléments dans l’entreprise de “normalisation” de la Kabylie qu’on tente vainement de déposséder de ses repères et de doter d’une autre représentation politique ?

Bonne fête aux femmes ! Leur combat, qui est aussi celui des démocrates, continu.

Allas Di Tlelli

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