La colonisation, enfin portée sur scène

La pièce dénonce le regard du colon sur l’Afrique du Nord du début du vingtième siècle, mais le scénario prête à confusion. Tant pis pour celui qui ne connaît pas la réalité, car tous les habitants de ces contrées sont des Arabes, même Malika Domrane, qui chante en kabyle sur scène, mais la réplique d’un acteur l’a fait passer pour une arabophone. Une anomalie dénoncée par ceux du public qui comprennent cette langue.

Une pièce créée par la troupe de l’Arche met en scène la colonisation de l’Afrique du Nord. Cette œuvre met en scène un colon désireux de se lancer dans l’agriculture en Algérie française. Le jeune homme courageux se trouve face à deux discours, d’un côté un scientifique et une aristocrate lui assurent qu’il trouvera la réussite, tandis qu’une enseignante tente de le dissuader.

Tout au cours de la représentation, les personnages parlent des indigènes, les « Arabes », comprenez les Nord africains dans leur ensemble sans distinction entre les arabophones (qui se considèrent eux mêmes comme arabes) et les berbérophones, pour qui ce terme est inexact.

Ironie de l’histoire, Malika Domrane apparaît dans la pièce, elle chante en kabyle et incarne à elle seule les populations colonisées. Peine perdue, l’un des personnages qui est en train d’écouter la chanteuse déclare qu’il souhaite apprendre l’arabe pour dit-il comprendre le sens des mélodies qui le fascinent. Pour la plupart des spectateurs, rien d’anormal, mais pour les kabylophones, qui avaient saisi chaque mot chanté, l’amalgame méritait une explication. La troupe a accepté d’entendre les questions et d’y apporter une réponse.

« J’ai ressenti un vide en moi-même » (Nadia Matoub)

« La communauté kabyle et même berbère n’existe pas, ils procèdent de la même manière que le pouvoir algérien »,

explique le chanteur Mohand Aït Challal.

Nadia Matoub également présente lors de la représentation :

« Je viens d’assister à un génocide culturel historique, j’ai ressenti un vide en moi-même, cela fait très mal. On est obligé de dire que l’on n’est pas d’accord ».

Ce qui est certain, c’est que dans les documents de l’époque, il y a un amalgame. Cela est pratiquement clair, sauf des récits de voyage qui sont un peu plus détaillés. Selon l’auteur, la grande masse des observateurs viennent en touristes et commettent cet amalgame, en désignant tous les Nord Africains comme des « Arabes ».

 Le déni comme arme de soumission

La France avait d’ailleurs œuvré à nier l’existence de toute forme de diversité dans les pays colonisés « Le déni identitaire existait déjà en 1860, sous Napoléon III avec la création des Bureaux arabes », explique Mohend Harouz, indigné par le vocabulaire des personnages. Les bureaux arabes du Second empire avaient pour rôle de modifier les noms de lieux et de personnes pour leur donner une consonance arabe. C’est ainsi que les Aït Yanni sont devenus Beni yenni et Iwadiyen se sont vus appeler Ouadhias. Quant aux patronymes, les autorités coloniales convoquaient les populations sur les places pour leur attribuer de force des noms de famille. Les appellations, créées de toutes pièces se sont ensuite transmises de génération en génération.

En ne donnant aucune explication, la pièce colporte-t-elle le discours assimilateur de la colonisation et celui des États actuels ? Jean Philippe Mole, assistant à la mise en scène, qui se défend de toute volonté de mettre tout le monde dans le même moule.

« Pour nous, il s’agit de transmettre ce que les gens pensaient, il s’agit en quelques sorte de faire parler les photos ».

Pour lui, la politique française consistait à ne désigner un seul interlocuteur.

Mais puisque la pièce a pour but d’éclairer le public, elle pourrait faire œuvre de pédagogie et donner au moins le nom de cette langue étrange utilisée par la chanteuse. Nicole Gendrey promet d’apporter une modification, pour que le rôle de Malika Domrane soit celui qu’elle mérite, d’ambassadrice de la Kabylie.

Rezki Mammar

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