La dernière campagne militaire de Théodose

Le général romain ne semble avoir quitté la Kabylie, le terrain des dernières opérations que pour recomposer et renforcer ses troupes, car son retour chez les Isaflenses a été caractérisé par sa pugnacité et inauguré par une victoire militaire. La force des armes romaines a, en effet, eu raison d’Igmazen qui signe sa capitulation. Celle-ci est expliquée à la fois par sa sensibilité au malheur qui s’est abattu sur les siens, par son inquiétude quant au sort qu’un désastre plus grand lui préparait et par son impuissance à défaire le lien fraternel qui unissait ses tribus à Firmus. L’abdication d’Igmazen aurait été une vétille si elle ne s’était accompagnée de la mise en place d’un piège réfléchi avec l’ennemi romain d’hier.

Le coup de grâce est ainsi donné, avec la bénédiction de Théodose, à la fois à « sa nation, qui n’avait que trop tendance à favoriser le rebelle » et au prestigieux fugitif qui devient ainsi son otage. Informé de la trahison par Massila, un chef de tribu qui a préparé l’entrevue de Théodose et d’Igmazen, Firmus a, comme Juba Ier, préféré le suicide aux souffrances et au déshonneur de la captivité. Le cadavre qui a été chargé sur un chameau en 375, et qu’Igmazen a présenté en personne à Théodose, n’a été reconnu selon l’historien, que par une seule voix.

La dépouille était-elle vraiment celle de Firmus ? Dire oui nous amène à nous demander si ce chef militaire n’a pas été indirectement incité à la pendaison puisqu’une corde trainait dans sa geôle. Dire non donnerait deux sens possibles à cette reconnaissance peu convaincante du cadavre de Firmus. Ou le marché proposé à Théodose a été tronqué et le roi des Isaflenses Igmazen aurait favorisé la retraite définitive de son protégé. Ou les soldats nécessairement issus du terroir et le peuple qui avaient été appelés à déclarer s’ils reconnaissaient bien les traits de Firmus » ont tout simplement évité de donner une réponse satisfaisante à l’étranger.

Théodose a reçu la dépouille de celui qui a mis à rude épreuve et sa réputation et ses troupes dans son camp installé au Castellum Subicarence, soit au château de Rusubbicari. Son triomphe a été fêté en fanfare à Sétif.

Mais après la guerre impitoyable qui a duré trois années, car la révolte de Firmus a en fait éclaté deux années avant l’envoi du général romain en Maurétanie, l’ingratitude de son pays et la mort l’attendaient à Carthage.

C’est là, que Théodose accusé de conspiration, a été calomnié et décapité sur ordre de Gratien.

L’épisode rapporté par Ammien Marcellin a eu son importance dans l’histoire de Rome de Tamazɣa centrale antique. L’ingérence d’un gouverneur romain dans un problème de succession dans une puissante famille royalekKabyle a abouti à une révolution. Celle-ci a été servie à la fois par la stature et la position de son guide, riche aristocrate maziɣe et chrétien éduqué à l’école romaine, et par ce sentiment de fraternité et de solidarité que des tribus entières ont exprimé au frère rebelle. Les liens de sang ont-ils été le seul facteur de rapprochement entre un prince qui a vécu de manière royale dans les arcanes du pouvoir romain d’un côté et tribal de l’autre côté, et des montagnards qui étaient issus de différentes régions ?

La lecture attentive du récit de cet historien montre que la Kabylie profonde a, certes, conservé son système tribal et sa chefferie traditionnelle qui ont reconduit les valeurs ancestrales. L’empressement que les tribus ont mis dans la mobilisation des troupes à chaque appel, comme la férocité qui s’est manifesté dans la destruction des cités symboliques de l’oppression et de l’aliénation, sont indicateurs de ce refus de la domination étrangère.

Firmus a rompu les liens avec Romanus le prédateur pour des raisons à la fois personnelles et politiques. L’installation des membres de sa famille sur une grande partie du littoral de la Maurétanie et l’influence que ceux-ci ont exercée sur les gentes qui vivaient à proximité de leurs grands domaines ont fait de lui le libérateur. Après l’échec de la main tendue, Firmus s’est distingué, comme ses prédécesseurs Massinissa et Jugurtha, par son don d’ubiquité.

Durant ses trois années de résistance affichée, il a sillonné Tamazɣa centrale dans tous les sens et été servi par des tribus nombreuses par devoir fraternel et par devoir politique. Il a aussi brillé par son héroïsme et son sens du combat dans une nature qui lui a offert ses ravins et ses sommets comme refuges.

L’adversité, qui a finalement été plus forte que le courage de la révolte, se résume dans les quatre points faibles qui ont été à l’origine de l’écrasement des Maziɣes. L’un est l’archaïsme des moyens de combat, ou plutôt cette absence d’armement puisque les chevaux et les javelots ont été atouts de fortune. L’autre est la technique de la guérilla qui était efficace en zone montagneuse, mais limitée, en terrain accidenté comme en terrain plat, car contraire au sens de la discipline qui faisait la force des Romains. Le troisième est la puissance matérielle, militaire de l’armée adverse et la stratégie réfléchie et pragmatique qui l’a soutenue. Le dernier est l’arme de la trahison qui a achevé les épopées les plus prometteuses.

Les troupes de Théodose ont surtout fait leurs preuves dans les zones montagneuses du Zaccar, de l’Ouarsenis et de la région d’Auzia où la sédition s’est déportée. Là, les auxiliaires natifs du pays ont ahané, souvent sans vivres et sans solde, et chèrement payé la désertion qui pouvait mettre fin à leur servitude. C’est cette même force destructrice des troupes romaines et les châtiments inhumains qui ont accompagné leurs campagnes qui ont poussé à la démission, à la collaboration et à l’échec des causes les plus nobles et les plus justes.

La princesse Cyria a combattu les Romains. La reine Dihya les Arabes. La reine Fadhma N-Soumeur les Français. Nous attendons impatiemment la naissance de la femme kabyle qui combattra le pouvoir coloniale d’Alger qui brûle nos arbres fruitiers, nos forêts, assassine nos frères, nos enfants, nos voisins, maltraite notre peuple depuis 48 ans.

Firmus T.

Source : Ouarda Himeur-Ensighaoui, Ils ont défié l’empire.

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