La désobéissance civile dans la revendication kabyle

S’il est un homme qui a influencé la pensée de grands mouvements de libération et/ou de revendication, c’est bien le penseur et philosophe américain du 19e siècle David H Thoreau. Son œuvre appartient au mouvement des transcendentalistes qui trouve ses racines dans la doctrine de E. Kant et plus généralement dans l’idéalisme allemand. Ses visions furent adoptées comme alternatives à l’empirisme et au sensualisme de J. Locke. De l’œuvre de Thoreau nous retiendrons en particulier son « Civil Disobedience » [1] publié en 1849. La pensée de Thoreau peut en ces termes se résumer :

«  Tous les hommes reconnaissent le droit à la révolution, c’est-à-dire le droit de refuser fidélité et allégeance au gouvernement et le droit de lui résister quand sa tyrannie ou son incapacité sont notoires et intolérables ».

La pensée de Thoreau dans les grandes revendications du monde
Nature collective de la désobéissance

Loin de procéder de la philosophie subjective de quelques individus excentriques, la désobéissance civile résulte de la coopération délibérée des membres d’un groupe qui tire précisément sa force de leur capacité à œuvrer en commun. L’histoire des revendications regorgent d’exemples probants.

1930, Inde : Gandhi s’en inspirant initia en premier lieu la lutte contre l’apartheid en Afrique du sud puis dans son propre pays, avec « La Marche du Sel » ainsi que « Le boycott des produits importés d’Angleterre ».

1955, Etats Unis d’ Amérique : Martin Luther King s’en inspire pour parachever l’action de désobéissance de Rosa Parks qui refusa, dans un bus, de céder sa place assise à un Blanc. La règle était que le Noir devait laisser sa place au Blanc dans les transports publics.

1952, Afrique du Sud : Nelson Mandela lance la campagne de désobéissance civile incitant les Noirs à ne pas respecter les lois racistes instaurées par le système de l’apartheid. La désobéissance civile n’appelle pas à l’anarchie, elle est non violente et elle est l’expression même de l’action collective et montre la propension d’un peuple à s’organiser pour refuser allégeance à un gouvernement quand celui ci lui renie des droits jugés fondamentaux.

Il est acquis que la désobéissance civile a contribué ça et là à l’accès à l’indépendance de l’Inde, à la reconnaissance des droits des Noirs aux Etats Unis d’Amérique, l’abolition du système de l’apartheid. Il serait intéressant d’imaginer de l’appliquer en Kabylie dans un champ particulier et d’en étudier les impacts culturels, économiques et politiques.

La désobéissance civile en Kabylie, un impact possible ?
Du passage de la conception à la résistance organisée

On ne peut parler de désobéissance civile en Kabylie sans mentionner, les évènements du Printemps kabyle, du printemps Noir et dans une certaine mesure « la grève du cartable ». En dépit de l’ampleur que ces mouvements avaient pris à l’époque, ses aboutissements sont moindres et certainement pas à la hauteur des investissements et des attentes du peuple kabyle. Lorsque nous considérons, la Kabylie d’aujourd’hui, force est d’admettre que la vitalité de ces mouvements s’est essoufflée. Nous restons cependant convaincus que la désobéissance civile reste un des moyens mis à disposition pour l’avancement de la Kabylie en tant qu’entité à part entière et non pas en tant que sous ensemble d’un groupe plus grand, qu’il soit linguistique ou politique.

La réappropriation de la culture et de la langue peut trouver une issue par la désobéissance civile et de cette réappropriation des attributs kabyles et leurs significations et symboliques peuvent effectivement déboucher sur des opportunités même économiques.

Il devient par ailleurs presque inutile de reporter les exactions exercés sur la Kabylie. Il ne faut certes pas que celles-ci tombent dans la banalité mais il convient d’en laisser la tâche à d’autres et certainement pas se contenter de dénoncer. La dénonciation non suivi d’action de riposte ne participe qu’à alimenter la force du pouvoir qui veut impressionner par ses actions de force.

Ces exactions, nous les connaissons déjà et le peuple kabyle en porte les stigmates dans sa chair.

L’objectif premier du pouvoir central est l’éradication de la langue kabyle au détriment d’une autre langue. On comprendra que tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins quand on sait que la langue a la capacité d’exprimer et de mettre en forme des types de sociétés.

Les difficultés étant cernées, il ne s’agit plus de reporter sans fin mais bel et bien de conceptualiser une résistance organisée. Reste à définir de quelle manière… La Kabylie porte un potentiel de forces et d’énergies contenu et confisqué qui ne demande qu’à être libéré. Par la désobéissance civile ? La question est posée.

Article collectif par des militants du Mouvement pour l’Indépendance de la Kabylie

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