La Grèce au temps d’Épicure (I)

Une époque de crise et de trouble

Il est de ces temps sans issue où la liberté a déserté jusqu’aux rêves des hommes ; où seul un luxe dispendieux distrait les riches de leur ennui et dissimule aux siècles à venir ce que fut le dénuement du grand nombre ; où l’artiste complique et surcharge son œuvre, travaillant à sa grâce plutôt qu’à sa beauté : le temps où vécut Épicure est précisément de ceux-là. C’est que l’histoire de ce IIIe siècle avant notre ère conviait fort peu les Grecs à garder quelque foi dans les choses humaines : que restait-il des exploits d’Alexandre mort à trente-trois ans, sinon tous ces lambeaux d’un empire hier encore immense que se disputaient âprement ses divers généraux, les Diadoques ? une religiosité envahissante divinisait jusqu’aux nouveaux maîtres d’Athènes et prenait l’essentiel de l’énergie des hommes. La Grèce n’attendait plus rien, estimant que tout était dit.

La civilisation grecque du IIIe siècle avant Jésus-Christ était ainsi, du moins, chez les privilégiés, une civilisation très raffinée, qui ne pouvait que rendre la conscience plus délicate, et partant plus inquiète. Le ciseau du sculpteur, abandonnant la grandiose sérénité de l’époque classique (Ve siècle avant J.-C.) avait, par un mouvement fréquent en histoire de l’art, passé par un maniérisme sophistiqué au Ive siècle, et devait s’orienter durant le siècle suivant vers un expressionnisme bouleversé et baroque dont le célèbre Laocoon donne une parfait exemple : comme tout art qui finit, la statuaire allongeait les formes du corps humain avant de verser dans la démesure.

Firmus T.

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