La Kabylie en débat

Compte-rendu du séminaire de Taqerbust

Pour le séminaire « la Kabylie en débat », Forum Kabylie a choisi un site magnifique, le village de Taqerbust, le plus grand village de Kabylie (le plus grand d’Afrique disent ses habitants) niché au milieu d’une nature somptueuse comme sait l’être la Kabylie au mois d’avril, tout près des cimes encore enneigées du Djurdjura.

L’hospitalité villageoise était au rendez-vous, avec un accueil convivial, simple et chaleureux. La centaine de participants ont tous reconnu l’excellence de l’organisation réglée au millimètre près et ont chaudement félicité le responsable de l’organisation, Nourredine Bellal, également président du séminaire, et les villageois pour le travail accompli pour l’hébergement, la restauration et le transport.

Après le message de bienvenue du président du séminaire et de l’adjoint au maire de Taqerbust qui a mis ses locaux à disposition et ce malgré les pressions, la première journée a été marquée par une séance intéressante dédiée à la problématique des villages de Kabylie. Il est à souligner qu’une grande banderole rappelle que cette rencontre se fait « daw laanaya n tadart ». [1] Les membres du comité de Taqerbust se sont succédé pour parler de son histoire, son évolution et des maux actuels communs à d’autres villages tels que la dissolution des mœurs, la drogue et la pénétration du fondamentalisme religieux et des efforts pour préserver ses valeurs (taqerbusit d’après l’un des intervenants).

Les représentants d’un autre village Zubga, choisi pour son modèle d’organisation ont captivé l’attention. Organisée en mini république autour d’un texte servant de quasi constitution, ce village a su apporter du bien-être à ses ressortissants en résolvant une partie de leurs problèmes par le travail de commissions (environnement éducation, litiges, jeunesse, santé…) tout en préservant la cohésion par le maintien des rassemblements traditionnels, Zubga étant l’un des trois villages à l’origine de la fête d’Azrou n’Thor.

Au cours de la deuxième séance, le journaliste Mohamed Bessa a fait une remarquable contribution sur les rapports presse algérienne-Kabylie et a montré les différentes facettes de l’antikabylisme de la presse paradoxalement pratiqué par des Kabyles avec comme exemple le journal « echourouk ».

Said Chemakh a donné un aperçu de l’histoire de la Kabylie et de son évolution politique, Idir n’At Maamar, figure emblématique et respectée du mouvement citoyen a parlé des tentatives vaines de ce mouvement pour impliquer les autres régions d’Alger, et reconnait que cette expérience lui a fait changer d’option politique.

Une autre séance a été consacrée à l’université par deux universitaires de Bgayet et Hocine Redjala, réalisateur et cinéaste a parlé du rôle et de l’importance de l’image.

La soirée a été consacrée au débat politique entre un autonomiste, l’avocat Salah Hanoune qui a axé sa contribution sur la reconnaissance juridique de la Kabylie et Said Khellil, combattant de la démocratie et de l’identité amazighe, qui s’est dit favorable à une constituante tout en préconisant pour la Kabylie la création d’un « conseil des sages », sorte d’autorité morale.

Le lendemain, le débat politique a continué avec Nacer Haddad qui a décortiqué la nature du pouvoir algérien, Hamou Boumedine est intervenu sur le particularisme kabyle, Aziz Tari sur la nécessité de clarifier les concepts devant l’avalanche de mots utilisés, Malika Baraka sur la construction d’une autonomie de fait avec comme proposition, un travail de fédération des petites zones de quasi souveraineté que constituent les villages pour la constitution d’un « conseil de Kabylie ».

Said Doumane qui devait assister à cette séance, n’a pu rejoindre le lieu du séminaire et on a pu lire un de ses textes exhortant à ce que chaque prise de décision soit murement réfléchie et qu’on en considère tous les aspects. La dernière séance a été consacrée à l’économie et à la dépossession des Kabyles avec comme exemple l’oléiculture par Rachid Oulebsir, aux rapports pouvoir- Kabylie par Elhadi Mezouar et Mahiddine Ounoughene et à la discrimination à l’égard de la femme kabyle par Souad Bellal, contribution qui a fortement ému la salle.

De toute les organisations invitées, FFS, RCD, MAK, seuls le CERAK et le CMA étaient présents ce dernier à travers son représentant national et international, Belkacem Lounès qui est intervenu pour encourager à rendre visible toutes les caractéristiques kabyles. Il est à noter la présence de militants de partis notamment de nombreux militants du MAK. A noter la présence du café littéraire de Bgayet et du chanteur compositeur Ammour Abdenour qui a tenu à venir encourager une telle initiative.

Des messages d’excuses de personnes invitées et absentes pour raisons de contraintes sont parvenus de la part de Salem Chaker, Kamel Nait Zerrad, Mohand Tilmatine, Ahmed Ait Bachir, et Ali Mouzaoui.

Des contributions de participants n’ayant pas pu rejoindre le séminaire ont été lues, « autonomie régionale ou autonomies régionales ? » par Mouloud Lounaouci, « le concept de nation » par Gérard Lamari, « quelle voie pour la Kabylie autonome ? » par Ahcène Belkacemi, « quelles solutions pour la Kabylie ? » par Masin Ferkal.

Tous ces thèmes ont été débattus et les modérateurs, Sofiane Adjlane, Aziz Tari, Hamou Boumedine, Aziz Kersani et Malika Baraka ont eu fort à faire pour interrompre les séries de questions et de commentaires pour raison de respect du timing.

Les langues utilisées on été soit exclusivement le kabyle ou le français soit, et c’est le cas le plus fréquent, les deux langues dans la même communication.

La clôture du séminaire s’est faite en présence du coordinateur du séminaire, Aziz Tari qui s’est dit satisfait qu’on ait pu mettre ensemble deux tabous la « Kabylie » et « débat ». Pour lui, le séminaire a fait ressortir deux sujets à traiter dans les prochains mois, l’un grave et urgent qui est l’école en Kabylie et le deuxième sur les institutions villageoises. Quant au débat politique amorcé dans le cadre de ce séminaire entre acteurs, il est nécessaire de le poursuivre dans l’intérêt supérieur de la Kabylie. Le président du séminaire, Nourredine Bellal a pris la parole en dernier pour remercier, au nom du forum, tous les participants et les commissions d’organisation pour le succès de ces deux journées dont il compte publier les actes. Il a également remercié la maire pour l’octroi de la salle communale et Taqerbust d’avoir donné sa « anaya » pour une telle rencontre et dit vouloir continuer à rassembler les Kabyles sur les questions qui les concernent car comme dit l’adage kabyle « awal i tefferrun d awal ». [2]

Notes

[1avec l’appui et la protection du village

[2C’est de la discussion que jaillit la lumière

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