La Kabylie, entre hier et aujourd’hui

Cela fait depuis très longtemps que je n’entends plus le cri du chacal de nuit ! C’est à croire qu’il s’est éteint en Kabylie. Mais l’animal est plus résistant malgré la famine qui le terrasse. Il est vrai qu’il ne reste plus grand-chose en forêt. Ils n’ont plus où se nourrir, se protéger et dormir, mais, ils sont toujours là. Seulement, ils n’ont plus du temps pour s’amuser à se courir et à se crier entre eux comme dans l’insouciance que leur procurait l’aisance paysanne de jadis, tellement occupés, aujourd’hui, à chercher toute la nuit, et le jour même, de quoi survivre.

Et quel est le sort réservé à tous ces chiens que l’on s’amusait à qualifier de bâtards ou de race ? Autrefois, comme le fusil de chasse, il y avait dans presque chaque foyer kabyle un chien qui accompagnait fidèlement son maître dans les champs et à la chasse. Un beau chien obéissant mais potentiellement dangereux pour “meden” (étrangers) et qui fut la fierté des garçons de la maison ! Ils veillaient aussi sur les moutons et les chèvres. Aujourd’hui, la gendarmerie a récupéré tous les fusils. Les chiens, devenus inutiles et chassés des maisons, ont fini par former, eux aussi, des meutes sauvages, nécessaires pour disputer l’infecte à celles des chacals et des sangliers dans les grandes décharges à ciel ouvert de Kabylie.

Les forêts sont totalement brûlées, le paysan ne travaille plus sa terre et les grives et autres rouges-gorges n’arrivent plus d’Europe comme autrefois. C’est à croire que la noyade massive des haraga en mer Méditerranée les a définitivement convaincus que le désert et la famine ont gagné toute l’Afrique du Nord ! Quant aux espèces locales, il semble qu’elles se sont résignées à se cacher pour mourir. Même “ijehmam” (les merles) ne gazouillent que très rarement dans nos rivières. Les sangliers, autrefois vivant à distance et craintifs, se hasardent aujourd’hui de plus en plus et aisément en plein cœur même de nos villages. Un déséquilibre inquiétant du système !

Autant en emporte le vent ! Je me rappelle encore de ces spectacles donnant à voir, en pleine nature, un “izirdi” (renard) rusé poursuivant un lièvre tant convoité mais tout autant rusé et dont le déplacement rapide contraint le petit carnivore à se rabattre, le plus souvent et seulement de nuit, sur les basses-cours de nos grands-mères, lesquelles sanglotaient de rage de découvrir, au petit matin, toutes leurs poules gisant inertes à même le sol. Quel carnage ! Le plaisir morbide du renard consistait d’abord à n’épargner aucune poule, en veillant à leur couper la tête, mais il n’en traîne qu’une seule dans sa retraite !? Et tout cela, malgré la résistance héroïque du coq qu’il tue en premier. Un message, sans doute, qu’il destinait, comme par un malin plaisir, à nos grands-mères assoiffées de vengeance ! « Mais pourquoi ? criaient de rage toutes nos vieilles. Si au moins on pouvait manger maintenant toutes ces poules mortes ! Mais la religion nous interdit de consommer “amordos” (animal mort non égorgé). Et les enfants ne pourront plus voir un œuf pour longtemps ». Je crois que le premier ennemi mortel des renards en Kabylie fut, en premier, nos grands-mères qui ont de tous temps souhaité leur disparition « utile ».

Beaucoup de puits et de fontaines ont, de nos jours, taris. Jusqu’à la fin des années quatre-vingt, il y avait plus d’une quinzaine d’espèces de figuiers et presque autant de vignes en Kabylie. Les animaux sauvages s’en donnaient à cœur joie ! Que dire encore de ces abeilles et leur va et viens incessants entre des cerises charnues, des grappes de raisins noirs, rouges et blancs, des figues sèches et des prunes mielleuses,… et leur ruches rudimentaires que le paysan leur construisait dans du liège brut qu’il coupait directement du chêne dans sa forme naturel arrondie et qu’il pose et coince sur la première branche robuste d’un vieil olivier. Ah, la belle époque !

Par Timecriwect

 

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