La première campagne militaire de Théodose

Ils ont défié l’Empire romain : Le prince Firmus (II)

Les premières opérations étaient parties de « Tubusuptum ville au pied du mont Ferrat » [1], dans une région difficile d’accès. Tubusuptum, ou Tubusuctu est la ville de Tiklat, qui se trouve dans la vallée de la Soummam, près d’El Kseur [2] Ammien Marcellin reste vague sur le temps qui a été nécessaire à la reconnaissance des lieux pat Théodose. Firmus a manifestement pressenti sa défaite puisqu’il n’a pas abandonné la voie de la négociation et s’est retranché dans les villes qui se trouvaient autour de Jerjer. Il n’a pas, toutefois, combattu en solitaire, car, en dehors de l’officier et Gildon qui a conservé sa fidélité aux Romains, mais qui se rebellera à son tour, plus tard, l’insurrection a pris un caractère familial et tribal.

La première bataille, dans laquelle se sont engagés ses autres frères Mascizel et Dius, a d’ailleurs eu lieu sur la portion du territoire sur lequel s’est précisément exercée l’autorité de la famille de ces princes Maziɣes. La victoire des Romains a été favorisée par la faiblesse de l’armement léger dit l’historien, des Tendenses et des Massissenses que ces deux princes ont dirigés. Selon la carte dressée par J. Desanges, ces deux tribus se trouvaient de part et d’autre de la Soummam. L’une est localisée sur la rive gauche de ce fleuve et l’autre sur sa rive droite.

S. Gsell approuve l’hypothèse qui fait dériver le nom des Massissenses de la tribu de M’sisna établie, dit-il « à quelques kilomètres au nord-est de M’lakou, sur la rive droite de la Soummam ». Le domaine de Pétra, auquel Zamma a donné « les proportions d’une ville et qui a été réduit en ruines lors de cette confrontation, se trouvait à proximité de M’lakou [3].

La seconde bataille, menée par Mascizel et d’autres tribus, s’est achevée par la courageuse retraite permise par « la bonté du cheval »de Mascizel.

Après ces succès, Théodose a regagné Tipaza où la présence de Firmus lui a été certainement signalée.

Épargnée par les combats grâce à ses murailles, celle-ci allait servir de quartier général au corps expéditionnaire. La supériorité militaire des adversaires a amené Firmus à une capitulation préparée, selon l’historien, par des évêques. Le prénom latinisé du prince Firmus et la qualité des parlementaires qui ont été dépêchés laisse encore une fois clairement entendre que le roi Maziɣe Nubel et les siens étaient chrétiens et que le parti des révoltés n’a pas laissé le clergé indifférent. La religion semble donc avoir été partie prenante dans ce conflit, non seulement au moment des négociations de paix, mais également dans l’alimentation de la rébellion en hommes.

Les hérétiques qui avaient rejoints Firmus étaient sans nul doute des donatistes, comme l’était probablement le prince Firmus qui avait exhibé le port de « la couronne sacerdotale ». La ville même de Lamfoctense, qui se trouvait au cœur du territoire des Tendenses et des Massissenses concernés ici par le conflit avait le statut d’évêché en l’an 484. Dans cette Tamazɣa centrale du VIe siècle, il y avait une multitude de sièges épiscopaux et celle-ci est bien entendu révélatrice de l’étendue du Christianisme dans le pays. Dans le face à face qui oppose Théodose à Firmus, c’est, selon la loi du jugement de l’époque et de l’historien qui la véhicule, « la martiale figure » et le pragmatisme de Théodose, qui n’est « mu que par le seul intérêt de l’empire » qui dominent la faiblesse humaine et la rébellion du second qui demande pardon et députation.

Ce qui émerge en réalité du discours de l’historien, c’est d’abord le jeu hypocrite mené par le général romain qui « relève « et « embrasse » son rival pour en obtenir des vivres. C’est ensuite la possible félonie des mêmes Romains qui a poussé le prince Firmus à se pourvoir « d’un coursier qui pût le tirer d’affaire au besoin ».

Une lecture attentive du récit d’Ammien Marcellin montre donc que l’acceptation de la capitulation de Firmus cachait en fait un arrangement qui, s’il n’avait pas été conclu, aurait certainement mené les troupes romaines à la déroute. Théodose a, en effet, négocié la paix en contrepartie du ravitaillement qui, compte tenu de la récurrence de cette préoccupation dans les plans militaires qu’il a élaboré, a manqué à chaque étape de la guerre. Le point faible des troupes romaines a donc été le problème des vivres qui revient de manière obsessionnelle dans le récit de l’historien. L’accord conclu entre les deux belligérants, et dont la clause essentielle était donc l’approvisionnement du corps expéditionnaire en produits alimentaires, était en fait, une programmation en règle du démantèlement du mouvement insurrectionnel de Firmus.

à suivre…

Firmus T.

Notes

[1Mont Ferrat ou Ferratus, est le Jerjer

[2Auguste l’a peuplé de vétérans en 31 av. J.-C

[3La découverte d’une inscription a permis à S. Gsell d’affirmer que ce lieu, habité par le frère de Firmus, était situé sur la rive droite de la Soummam, à 25 km environ et au Sud-ouest de Tiklat, l’antique Tubusuctu

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