La révolution kabyle (dite berbère) des années 80 a échoué

On doit se mettre d’accord sur une chose : les traditions kabyles sont mêlées aux traditions arabes introduites par l’islam, par l’intermédiaire des missionnaires musulmans (dits marabouts). Il est difficile de faire la part des choses, de séparer ce qui est strictement amazigh de ce qui est strictement arabo-musulman. Dans le cageot, il y a autant de patates pourries que de patates saines. Ce qui fait croire que certaines valeurs islamiques relèvent de la tradition amazigh est le fait qu’elles ont été transmises dans la langue autochtone. Un subterfuge a été utilisé : les missionnaires ne se référaient pas explicitement au Coran et aux hadiths et font passer les valeurs islamiques comme des valeurs naturelles, qui vont d’elles-mêmes, presque nées sur place. Ce subterfuge était utilisé partout où l’islam a trouvé une culture forte, des traditions fortes et une langue vivante (Perse, Turquie, pays asiatiques…) Le tout est de faire croire que les valeurs arabes bédouines véhiculées par l’islam sont universelles, bonnes partout et en tous temps. Les musulmans se précipitent toujours pour rappeler que les Arabes sont une minorité dans le monde musulman, manière de dire que les valeurs véhiculées par le Coran et les hadiths sont autant berbères, turques, persanes, afghane, indonésiennes, pakistanaise qu’arabes.

Bien avant l’avènement du code de la famille qui énonce explicitement le statut coranique de la femme algérienne, celle-ci avait déjà ce statut, non écrit, non explicité, y compris en Kabylie.

Les militants dits « berbéristes » des années 1980, ainsi que les intellectuels kabyles comme Mouloud Mammeri, avaient renoncé à définir ces fameuses valeurs purement kabyles. Ces valeurs avaient été déjà perdues en grande partie, comme la langue qui les véhiculait avait été perdue en grande partie. C’est la parenthèse francophone ouverte après l’indépendance qui a permis l’émergence d’une jeunesse éduquée, instruite et consciente de son identité et de ses origines. Cette jeunesse avait conscience qu’il n’était plus possible de revenir à la culture kabyle pure, celle-ci ayant été perdue en grande partie. À la culture arabe véhiculée par l’islam, ils ont proposé des valeurs plutôt occidentales issues des développements philosophiques, artistiques, sociaux, industriels que l’Europe et l’Amérique ont connu aux 18e et 19e siècles.

Le régime algérien avait conscience que l’éducation francophone laïque, ouverte sur l’Universel, incarnée par les valeurs occidentales, avait permis cette prise de conscience dite berbériste à l’époque. Dés que les moyens matériels, humains et financiers ont été acquis par l’État algérien (années 1970), le régime s’est attelé à corriger ce qu’il considérait comme une erreur. L’arabisation et la réislamisation des citoyens a commencé tambours battants. Elle concernait hélas aussi le peuple kabyle, considéré comme une variante autochtone de l’arabe. La révolution kabyle (dite berbère ou amazigh) des années 1980 a échoué. Les berbéristes espérait une prise de conscience identitaire de tous les Imazighen d’Afrique du Nord et même d’ailleurs. Ils avaient les yeux plus grands que le ventre. Non seulement les autres Imazighen étaient trop affaiblis culturellement et matériellement pour songer à se rebiffer contre le pouvoir puissant arabo-islamique, mais les Kabyles aussi ont fini par mettre genoux à terre, faute d’avoir formulé correctement leurs objectifs à moyen terme.

Aujourd’hui, les fruits de la campagne d’arabisation et d’islamisation de la Kabylie est bien visible, grâce à l’absence du rempart francophone. Le régime savait qu’en l’absence d’une culture universelle véhiculée par l’instruction francophone, l’arabo-islamisme triompherait par défaut. La culture amazigh est trop faible pour s’opposer frontalement à la culture dominante envahissante, soutenue par un financement massif. Nous assistons donc à la victoire triomphaliste de l’arabo-islamisme même en Kabylie.

Les Kabyles qui restent encore debout et qui refusent de mettre genoux à terre auront à se battre non contre les militants arabo-islamistes arabes, mais contre des militants arabo-islamistes kabyles. Nous le voyons déjà tous les jours dans les débats sur le WEB. Sur K.net, les militants kabyles croisent le fer avec d’autres Kabyles et non contre des arabo-musulmans. Le régime arabo-islamique se retire du débat et fait sous-traiter ses idées par des Kabyles.

Que peut-on répondre à une jeune fille kabyle qui dit choisir librement de porter le hidjab ? Que peut-on faire quand un jeune kabyle se définit comme arabo-berbère musulman et fier de l’être ? Que peut-on faire quand un grand nombre de Kabyles traitent leurs épouses et leurs filles conformément au code de la famille et à la charia sans même le savoir, croyant que cela résulte des traditions kabyles ancestrales ?….

Il risque d’y avoir beaucoup de dégâts avant qu’un nouveau sursaut survienne en Kabylie. Il survient toujours et c’est cela qui a permis au peuple de Kabylie de traverser les siècles sans gros dommage. Le sursaut survient toujours car dans l’ombre, il y a constamment un nombre minimal de personnes qui entretiennent la flamme de la liberté, qui la couvent et qui la raniment sans cesse comme un feu de paille qui survit en cachette. Cette fois, nous somme plus nombreux que jamais et la relève sera encore plus nombreuse.

Arilès


Le logo utilisé pour cet article illustre La Caverne de Platon :

« Des hommes vivent enchaînés au fond d’une caverne, derrière eux, plus loin, un peu en hauteur, le flamboiement d’un feu. Ils n’ont jamais vu la lueur du jour et n’en connaissent que le faible rayonnement qui leur parvient. De la même manière, des sons, ils n’en connaissent que les échos. D’eux-mêmes, ils ne perçoivent que les ombres déformées que projette le flamboiement du feu… »

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*