La Sécurité Militaire et moi

Pendant la guerre d’Algérie, au sein d’une même fratrie il y avait un frère qui prenait le maquis et un autre qui était harki.

Oui, je suis bien le frère de feu le capitaine Abdallah Benhamza dit Rougi. Nul n’a choisi son frère. Quand les parents mettent au monde un enfant, ils ne demandent pas l’avis des frères et sœurs.

En juillet 1962, j’ai vivement déconseillé à Abdallah de faire carrière à la Sécurité Militaire. Je savais qu’il serait utilisé surtout contre les Kabyles. Il ne m’a pas écouté. Ils se sont servis de lui contre le FFS qu’il avait réussi à noyauter. Je détiens une cassette audio dans laquelle il m’a raconté comment et m’a appris bien des choses sur ce parti. Elle sera publiée un jour en même temps qu’une longue interview de Si el Hafid sur le même sujet.

Après le coup d’Etat de juin 1965, mon frère a arrêté et torturé – avec la bénédiction de ses supérieurs, son chef direct était bien feu Kasdi Merbah – les responsables de l’ORP Dans une interview à Algérie Actualité, il a nié ces tortures mais M. Bachir Hadj Ali sait de quoi il parle. (Je fais allusion à ces peu glorieux épisodes dans mon livre « L’Algérie assassinée ». Abdallah a été mis à l’écart de la SM dès 1970 mais il a été utilisé depuis pour de petites missions de renseignement. Dans le livre « L’affaire Mecili », Hocine Aït Ahmed l’accuse, à tort, d’avoir organisé l’assassinat de Mecili. Ce dernier était un agent de la SM en 1963 mais il se serait mis au service du FFS. Il est risqué d’évoquer des affaires de ce genre, (des gens se sont fait tuer pour moins que cela.)

Abdallah est mort d’une cruelle maladie à l’âge de 62 ans. Quant à feu Kasdi Merbah, il a été promu ministre puis Premier ministre puis ils l’ont jeté. Il a été assassiné à Alger Plage, dans sa voiture, malgré la présence de gardes du corps. Ne me demandez pas par qui, je l’ignore. Beaucoup de responsables en savent plus long que moi. Ils n’osent pas écrire par peur pour leur vie ou leur carrière ou par mépris de leurs concitoyens. Peut-être pour ces trois raisons à la fois. Que chacun rende compte à sa conscience !

Lorsque j’exerçais des responsabilités au RCD Paris, certains membres de ce parti disaient qu’il fallait se méfier de moi en ma qualité de frère de Abdallah, et aussi qu’il fallait se méfier parce que j’aimais… les femmes (ce deuxième reproche n’est d’ailleurs pas faux.) Toujours est-il que ces mesquineries m’ont incité à quitter le RCD.

De toute façon il y a des gens difficiles à convaincre. Je les renvoie à la fable de La Fontaine « Si ce n’est toi c’est donc ton frère… ».

Je ne suis pas responsable des actions de mon frère. En outre je ne crois pas à l’immortalité de l’âme : si Dieu existe, il lui appartient de juger les tortionnaires de tout poil. Néanmoins, pour ne pas décevoir l’internaute qui m’implore de demander pardon à feu M. Bachir Hadj Ali (dont je salue le combat) au nom de mon frère, pour les tortures qu’il l’accuse de lui avoir infligé.

Pour ma part, ayant été torturé pendant 9 jours et 9 nuits en juin 1955, je sais de quoi il retourne. C’est pourquoi je continue à lutter pour la liberté et le respect de la personne humaine, une lutte qui donne un sens au peu d’années qu’il me reste à vivre.

Dans notre tradition kabyle, les sévices et la torture n’ont jamais existés. Nos qanouns punissaient la violence même entre particuliers. Lorsque ; comme je l’espère, la Kabylie deviendra autonome, sa première tâche devra consister à bannir la torture, les sévices, les injustices et le mépris.

Un grand merci à l’internaute qui m’a donné l’occasion de fournir ces éclaircissements.

Hocine Benhamza

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