La solution est en chacun de nous

La peste ou le choléra ?

Devoir choisir entre l’école arabe ou l’école de la rue, cruel dilemme pour des parents kabyles. Où est la solution ? Très difficile à trouver en pays algérien à moins de se diluer à une race et donc une culture qui n’est pas la sienne.
Peut-être que cette solution est en chacun de nous ?!?

Mes parents habitaient une cité (en France à Lyon), c’était comme un village, il y avait des familles de toutes origines (même françaises !) et bien sûr d’Afrique du Nord. Pendant des années la vie était relativement paisible, les familles vivaient à « l’européenne » très teintée des traditions de chacun mais de façon assez « laïque ». Malheureusement, il y a une dizaine d’années (un peu plus) un vent vert assez imposant et contraignant a traversé la cité. Du jour au lendemain nous avons vu aller et venir dans la cité, des imams à la mine patibulaire qui parlaient à peine le français, encore moins bien que les Fatmas et Aïchas de la cité !

Ils ont commencé par l’étape « relation publique« , discuter, échanger librement sans accabler l’autre. Puis, une fois qu’ils se sont introduits dans la place, ils ont augmenté les visites et commencé à faire du porte à porte. Ils ne se contentaient plus de rencontrer les gens dans la cour mais s’invitaient gentiment sur les paliers puis chez les gens.

Peu à peu ils ont commencé à « éduquer » les gens (dans notre famille nous regardions ça de loin, mon père pestait bruyamment en kabyle lorsqu’il les croisait).

Peu à peu, en discutant avec les gens, on s’apercevait qu’ils ressentaient comme de la culpabilité vis-à-vis de leurs origines, traditions et religion. Le peu d’intégration qu’ils avaient concédé à la France, s’évaporait petit à petit.

Les années passaient et on voyait clairement les attitudes changer. Les mamas, fichu sur la tête noué façon mère poule, qui allaient guillerettes, souriantes et la tête haute au marché finissaient le visage grave, la mine terne et la tête rentrée dans les épaules ; le hidjab avait remplacé le fichu (dans notre famille, ma mère avait gardé son fichu vissé sur la tête).

Ça, c’était la version soft de la transformation. Oui, car c’était sans compter les garçons de la famille, qui, eux aussi, subissaient le lavage de cerveau. Mais eux, contrairement à l’obéissance passive et résignée des parents, les fils, eux, mettaient toute l’énergie qu’ils avaient économisée à l’école au service de la tendance (verte) du moment et qui dure hélas encore aujourd’hui. Ces fils, qui avaient une certaine autorité sur leurs parents analphabètes et illettrés se faisaient plus royalistes que le roi, ils étaient plus accrocheurs que les imams du début de l’histoire. Devenant plus fervents, plus zélés aussi. Ils culpabilisaient leur mère d’abord puis leurs sœurs, les accusant d’être de mauvaises musulmanes, de trop s’assimiler au pays d’accueil. Les confrontations devenaient assez brutales. Au début les mamas en parlaient entre elles, elles se plaignaient mutuellement. Mais bientôt, à force de pressions, elles durent se mettre au pas (de leur fils et non de leur mari). Le mari était le troisième sur la liste.

Les mois passaient, le bled remplaçait la cité. Les jupes écossaises plissées portées avec des pulls bariolés et imper par dessus se changeaient en gandouras marocaines longues : deux en un, robe et manteau. Le hidjab plus que jamais là. (Ma mère portait toujours sa jupe écossaise plissée, son pull bariolé et son imper).

Tout changeait dans les familles musulmanes, les costumes et l’état d’esprit. Les fils devenaient pour la plupart barbus, ils pressaient leur mère leurs sœurs et leur père de changer d’apparence.

Eux qui dès l’adolescence ne suivaient plus leurs parents en vacances deux mois au pays car « il n’y avait rien à faire là-bas à part la plage » (ils restaient seuls à la maison dans la cité) trouvaient du jour au lendemain et comme par hasard leur pays d’origine plus attrayant, ils partaient seuls ou avec des copains. Ils revenaient plus intégrés à leur pays d’origine, qu’ils n’habitaient pas, qu’à leur pays d’accueil ou de naissance qu’ils habitaient 11 mois sur 12.

La cité a fini par changer de visage. Les « Européens » partaient un par un pour des pavillons plus accueillants. Les « Maghrébins » s’ostracisaient eux-mêmes en plus de l’intégration ratée que leur offrait la France. Et nous, nous, nous restions des Kabyles qui regardions tout cela de très loin, dont le père pestait bruyamment contre les imams de pacotilles et qui exhortaient matin, midi et soir les membres de sa famille à se démarquer de cela car nous, nous avions nos propres us et coutumes qu’il fallait d’abord préserver. Il interdisait à ma mère de porter autre chose que ses jupes plissées. Nous leurs enfants avions « deux vies », la première : entre frères et sœurs, amis, camarades, collègues bref le traintrain quotidien était francisé à loisir. La deuxième : avec mes parents était exclusivement kabyle, c’était taddart à la maison si bien que quand on allait au village, l’été, nous n’étions pas trop dépaysés. La résistance aux changements de la cité se faisait pacifiquement à la maison. La France ne nous demandant pas de nous assimiler complètement à elle, la lutte était moins difficile pour nous. Nous nous retrouvions face à un seul « ennemi ».

L’important, était, est et sera de garder sont état d’esprit bien kabyle coûte que coûte et ça c’est une lutte de tous les jours, une lutte acharnée que de maintenir la flamme de la kabylité allumée. Une véritable course de relais de la flamme (olympique) pour raviver le feu de la vasque kabyle étouffée par le régime algérien.

À Tayda, Daamghar, Miss Muhend et les autres avec toute ma sympathie.

Flytox

P.-S.

Illustration : La peste d’Asdod de Nicolas Poussin

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