L’Action politique en Algérie

Un bilan, une expérience et le regard du psychiatre

L’ouvrage mérite d’être lu eu égard à la loi du silence qui s’est imposée à ce genre de témoignage d’acteurs ayant, contribué, sciemment ou pas, à la déliquescence des partis d’opposition kabyles dits « nationaux ». J’ai personnellement été témoin d’un congrès (2007) où, pour ne pas dire des violations multiples et diverses, des manquements à l’esprit démocratique furent commis par des clans et des hyper militants à l’image d’un Aït-Hamouda qui, à titre d’exemple, ordonnait au secrétariat du congrès d’annuler la commission organique désignée démocratiquement et la changer avec une liste griffonnée sur un bout de papier déposé par le suscité devant le vieux secrétaire… lors de l’élection du conseil national, une liste produite par le même hyper militant, circulait dans l’enceinte de la coupole, indiquant les membres à élire pour renforcer son propre clan et les militants à écarter ! D’autres dérives ont eu lieu avant, pendant et après ce simulacre de congrès présenté pompeusement comme « le tournant de la vie politique en Algérie » (dixit Saïd Sadi) et ce, avec la caution (ou le silence) du Dr Boudarène, alors président du bureau régional de Tizi-Ouzou et membre du conseil national, élu dans les conditions que l’on sait.

Cela dit, M. Boudarène a le mérite, contrairement aux autres apparatchiks de l’appareil RCD, de produire des réflexions et des contributions fort intéressantes, aussi bien dans la presse écrite qu’à travers cet ouvrage-témoignage qu’il nous propose aujourd’hui et dont nous ne doutons nullement de la sincérité du ton.

Allas Di Tlelli

Au moment où j’écris ces lignes, je ne suis plus militant du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie(RCD). Je m’en suis éloigné parce que je ne m’y sentais plus chez moi. On m’avait créé trop d’ennemis et je n’avais plus aucune initiative sur mon engagement politique. J’en avais été dépossédé. J’avais besoin de reprendre ma liberté et de me réapproprier ma souveraineté. Toutefois, je ne renie pas un passé que j’ai contribué à construire avec conviction et je n’ai aucun problème avec le projet de société du RCD, celui pour lequel je m’étais librement engagé en 1991. Je ne me reconnais pas dans celui d’aujourd’hui. Beaucoup de choses ont changé. Sans doute, pas dans le sens qu’un grand nombre d’entre nous auraient souhaité.

J’ai vécu, à l’intérieur de ce parti, une expérience enrichissante que je ne regrette pas. Une aventure qui m’a donné beaucoup de plaisir à travailler et qui m’a fait le grand honneur de côtoyer des militants de conviction, honnêtes et désintéressés, des personnes de grande valeur. Des compagnons que, le lecteur le comprendra, j’ai eu beaucoup de mal à abandonner.

J’ai également rencontré des individus usés par l’exercice de la politique, des carriéristes ombrageux, jaloux de leurs positions et dont l’unique préoccupation est le destin personnel ; des personnages serviles, dénués d’authenticité et hermétiques au devenir commun, que la proximité du pouvoir a démystifié ; des partisans à l’esprit étroit qui ne tolèrent ni l’opinion différente ni la contradiction et qui assujettissent l’action politique à leurs capricieuses humeurs. Une réalité tapie derrière des valeurs démocratiques empruntées et qui ne pouvait être dévoilée que par l’absolu nécessité de satisfaire un ego démesuré ou de combler une insatiable et tyrannique avidité.

Le psychiatre, que je suis et qui connaît bien la vulnérabilité de l’être humain, a appris à regarder ces derniers dans la nudité de leurs prétentions et dans la violence de leurs ambitions. Une expérience singulière. Une surprise ? Pas vraiment. Une désillusion ? Oui, sans doute. Une illusion de moins, cependant, et une leçon de plus pour l’avenir.

Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de méditer ce propos de Khalil Gibran : « … Et si c’est un despote que vous voulez détrôner, veillez d’abord à ce que son trône érigé en vous soit détruit » (Le Prophète). Un enseignement qui m’interpelle et me rappelle à la méfiance que j’avais du métier de la politique et à mon désir premier de continuer à l’exercer en amateur.

Docteur Mahmoud BOUDARÈNE


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