L’Algérie et ses bourdes

De Bouharoun à Ankara ou des poissons et des hommes

Très soucieux du bien-être de ses sujets, enrichi par l’envolée des prix des hydrocarbures, le pouvoir algérien multiplie les initiatives en matière de relance d’une économie, naguère socialiste irréversible, depuis peu libérale, ouverte au secteur privé encore qu’en l’occurrence soit parfois confondues privatisation et privations, pas pour tous, bien sûr.

Les diététiciens recommandent de consommer du poisson 2 ou 3 fois par semaine pour protéger le système cardio vasculaire. Par ailleurs, d’aucuns attribuent la supériorité de l’économie japonaise à la prédominance du poisson dans les assiettes. De toute manière, la halalité de cet aliment est garantie par dame Nature.

Tous ses détours pour comprendre ce qui a incité le ministère algérien de la Pêche à encourager la pêche hauturière. Pour rappel, sous le règne béni de je ne sais plus quel président – dictateur, une éphémère société de pêche algéro-mauritanienne avait été fondée pour pourvoir aux besoins des deux populations (le dossier du scandale de cette société devrait être ouvert un jour. Elle n’a pas fourni beaucoup de poissons mais elle a peut-être enrichi quelques requins.)

Bref ; la leçon de cet échec a incité le pouvoir à soutenir le secteur privé.
Le 13 novembre 2007 El Watan a relaté une histoire nauséabonde d’importation de bateaux de pêche de Turquie.
Dans le cadre du plan national de relance économique, le ministère de la Pêche a aidé des candidats à l’acquisition de bateaux : initiative louable s’il en fut. Les conditions financières ont été très avantageuses pour les particuliers :
30% d’apport de l’importateur
30% prêt BADR à faible taux d’intérêt
40% donnés par le Trésor public

De la sorte, pour un chalutier qui coûte 70.000.000 dinars ; l’apport de l’État est de 28.000.000 dinars, celui de l’importateur de 21.000.000 dinars.

Dans ce cadre, une centaine de bateaux ont été commandés à des sociétés turques de constructions navales. Des armateurs algériens attendaient dans le dénuement total à Istanbul de pouvoir récupérer leur bien, Ils avaient commandé leur navire à des sociétés turques fictives. D’autres constructeurs qui eux, existent, se sont déclarés en faillite pour se soustraire à leurs obligations après avoir perçu des avances.

La plupart des bateaux ont été livrés avec des moteurs d’occasion rénovés, des treuils de capacité insuffisante, des coques en plastique au lieu d’acier. Pour les mettre en conformité avec la commande, le fournisseur exige un supplément de 10.000.000 dinars alors que le prix contractuel est ferme et non révisable. Pour arracher ce supplément, il fait pression en bloquant 30 chalutiers sur 40. Un représentant du ministère se déplace à Ankara pour régler le litige en cédant aux Turcs une part du quota de l’Algérie sur la pêche au thon.

Plusieurs de ces bateaux tombent rapidement en panne. La BADR s’affole et exige le remboursement immédiat de son prêt. Comme les bateaux n’ont encore rien rapporté ; les importateurs sont pris à la gorge. Certains d’entre eux se mettent à brader leur bateau sur internet.

L’un des navires coule au cours du retour d’un port espagnol vers l’Algérie. Un bateau qui le suivait recueille l’équipage.

Conséquences : La pêche ne sera pas relancée. La consommation de poisson restera faible.
Le Trésor public a subi une perte sèche de 28.000.000 dinars par bateau inutilisé. Une fois de plus, les efforts du sommet seront anéantis par des interférences en cours d’exécution.

En parallèle se place l’affaire de l’ECOREP [1] de Bouharoun, Cette entreprise publique, depuis longtemps déficitaire, a été proposée à la privatisation par appel d’offres d’avril 2006. Un seul soumissionnaire est intéressé, c’est un Algérien en partenariat avec une société italienne prête à fournir son savoir-faire et ses moules. La mise à prix ; 3.000.000 euros, est jugée excessive. Il est en outre fait obligation à l’éventuel repreneur de maintenir les 130 salariés de l’Ecorep, de déposer 1.000.000 dinars auprès de la BADR et de payer un loyer élevé. Le candidat a refuse de souscrire à ces conditions.Retour ligne manuel
La privatisation n’a pas eu lieu.

En attendant, le déficit continue à s’aggraver au détriment des finances publiques. Les citoyens se contenteront de poisson congelé importé en devises fortes. Retour ligne automatique
A la limite, l’Etat serait gagnant même s’il devait céder l’Ecorep au dinar symbolique.

Hocine Benhamza

Notes

[1Entreprise de Constructions et de Réparations Navales

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