L’amnistie de Bouteflika : seul le crime paie

Qui, des islamistes criminels ou des harkis supplétifs d’une armée d’occupation, est plus coupable que l’autre ? Dans les deux cas, les crimes perpétrés l’ont été contre des Algériennes et des Algériens. Si les harkis ont été châtiés, les islamistes et les autres bourreaux vont bénéficier, à l’issue de ce référendum d’une impunité totale, tant le résultat du scrutin ne fait aucun doute.

Les quelques bribes de notions de droit que je maîtrise me laissent penser que l’amnistie est une mesure qui est prise à l’encontre d’un ou des prévenus reconnus coupables et contre lesquels des condamnations sont prononcées. Dans des circonstances particulières ce ou ces condamnés bénéficient de grâces amnistiantes. Ce genre de mesure, faut-il le rappeler, est du ressort du chef de l’Etat.

De par les prérogatives qui sont les siennes, monsieur BOUTEFLIKA a toute la latitude de prendre une mesure de grâce amnistiante envers ces criminels sans avoir à mouiller les Algériens. Mais rusé qu’il est il se couvre du manteau du peuple pour prévenir toute conséquence désastreuse de ses choix non moins désastreux. Dans une telle éventualité, notre seigneur BOUTEFLIKA s’en lavera les mains en se cachant derrière le pseudo choix populaire que sera son référendum sur cette amnistie qu’on est tenté de qualifier de criminelle et de déni de justice pour des victimes dont leurs âmes crient justice, sans oublier leurs ayants droit.

Si BOUTEFLIKA est l’homme d’Etat qu’il prétend être, il ne ruserait pas avec son peuple. Une telle pratique n’est permise qu’avec l’ennemi.

Alors le peuple Algérien est-il l’ennemi de celui qui est censé l’incarner, c’est-à-dire son président ?

Lors de sa visite d’Etat en France, il a déclaré, à propos des harkis, qu’il ne saurait y avoir de pardon pour ces derniers. Qui, des islamistes criminels ou des harkis supplétifs d’une armée d’occupation, est plus coupable que l’autre ?

Dans les deux cas, les crimes perpétrés l’ont été contre des Algériennes et des Algériens. Si les harkis ont été châtiés, les islamistes et les autres bourreaux vont bénéficier, à l’issue de ce référendum d’une impunité totale, tant le résultat du scrutin ne fait aucun doute.

La question reste ouverte.

Revenons à l’amnistie des terroristes islamistes ou autres.

Si véritablement le but recherché était de réconcilier les Algériens entre eux-mêmes. Le courage et la droiture d’un vrai homme politique – dont les attributs sont, entre autres, l’honnêteté et le respect à l’égard de son peuple et de son pays – aurait été d’établir les faits (trop avérés), d’identifier les auteurs des crimes multiformes et établir les degrés des responsabilités de tous ceux qui ont participé à cette boucherie. C’est à la justice de statuer ensuite. En ce moment il appartiendra aux victimes de pardonner ou non.

Au point où nous en sommes, il est question de boucherie. Toutes celles et ceux qui sont morts ne sont que du « bétail ». Comme tel à quoi bon chercher à connaître ceux qui ont fait office de bouchers à l’image de ceux, nombreux, qui égorgent des millions de moutons le jour de l’Aïd.

Voilà l’idée que les promoteurs de l’amnistie se font des Algériens morts ou vivants. Des animaux et rien de plus.

Autrement, n’y a-t-il pas de par le monde d’épreuve aussi douloureuse, voire plus, que celle qu’a subi le peuple Algérien pour qu’on ne s’en en inspire pas afin rétablir, dans leur droit dans leur droit tous ceux qui sont frappés par cette catastrophe ; à commencer par celui de pardonner ou non aux bourreaux et sanguinaires qui ont ravi la vie aux leurs ?

Les grands principes qui fondent la civilisation humaine reposent sur le concept du bien et du mal. Pour le premier il est prescrit la récompense, pour le second leRetour ligne automatique
châtiment.

Le projet de l’amnistie de BOUTEFLIKA se met en porte à faux de cette notion. Seul le crime paie.

Ainsi et par la grâce d’un homme, un référendum dont l’issue est connue d’avance viendra absoudre des dizaines de milliers de crimes commis contre des gens, souvent innocents.

Arzaz, le 17/08/05

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