Langue et politique

La langue ne peut se réclamer de statut nationale et élément constituant l’identité collective que si elle est acceptée par ce même collectif en tant que système d’expression orale ou écrite. Autrement dit la langue est un des éléments de l’identification d’une entité culturelle nationale et de son appartenance sociale.

La langue se définie globalement comme un ensemble, défini en commun accord, de signes, de mots et d’expressions qualifiant et identifiant un ou des objets concrets ou abstraits.

Son fonctionnement, ses règles et ses caractères sont exclusivement définis par les utilisateurs vivant et partageant le même espace vital. Certes la langue peut s’approprier, pour une raison de normalisation et de standardisation de l’objet et de sa nomination ou de sa désignation, d’un ou plusieurs enrichissants lexicaux ou sémantiques (semantikos) d‘une langue cohabitant ou environnante. Une fois intégrés, ses intrus de la langue sont utilisés par l’ensemble ou une partie de la société pour :
- l’intégrer au champ linguistique, lexical, par une expression, un mot ou un signe pour introduire une nouveauté dans les références communes de la matérialisation des représentations de l’objet symbolique, pratique, concret ou abstrait. Exemple à voir dans les placards publicitaires des opérateurs de la téléphonie, fabricants de boissons, langage SMS …
- refondation des modèles linguistiques. Passage du standard académique au standard populaire constituant la majorité de la société occupante de l’espace d’échanges et de flux de communication.

Vouloir standardiser, normaliser dans une structure, la langue n’engendre que le sentiment d’exclusion, de non conformisme et de rejet. D’ailleurs les tentatives d’entreprendre une modélisation presque mathématique de la langue par les classes sociales dirigeantes et minoritaires se sont confrontées à une résistance quasi générale des langues non conventionnelles de masse.

L’alternance linguistique ou ce que j’appellerais « mixage composite » de la langue écrite et orale est qualifiée par les observateurs et les templiers de la langue dite officielle ou nationale comme phénomène de société. L’alerte est donnée. Le prestige de la langue s’altère.

La remise en cause, de l’exclusivité de l’usage de la bonne langue, par des schémas et modèles populaires, prêt-à-porter, solidaires (signe commun d’appartenance de classe) n’est pas l’apanage d’une société dérivante et déviante linguistiquement. Il s’agit plutôt d’un renouveau, d’une mise à jour des langues. C’est en soi une véritable inévitable recomposition du champ linguistique et particulièrement lexical.

Les langues usitées par la plus grande partie de la société tendent à constituer une alternative au blocage ou incapacité de la langue dominante, correcte ou dite officielle à générer des conventions collectives acceptées et reconnues par la majorité des utilisateurs de la langue.
Tous les enseignants peuvent témoigner des mutations linguistiques qui s’opèrent en s’installant doucement et surement dans toutes les formes d’expression.

Le nombre de mots et de signes inconnus jusqu’alors dans le vocabulaire et transcription empruntés aux autres langues (sans distinction étiologique) sont une réalité verbale reconnue et- conventionnée comme telle. La progression de la pratique de ce mode d’expression fait peur aux puristes, conservateurs et monopolistes de la langue correcte, académique, officielle ou nationale. Autrement dit, la langue ne résistera pas aux conquêtes et assauts des modes de communication de nouvelle génération : internet, multimédia, le line….

S’entêter à vouloir expliquer les alternances et mixage composite dans la langue usuelle par des explications qui s’apparenteraient à une alchimie scientiste, psycholinguistique, neuroscience ne feront que retardé les échéances de l’assaut final et constater la généralisation de la nouvelle langue et langages qui se prolifèrent et s’imposent dans les espaces de communication. La non reconnaissance de ce renouvellement par les faiseurs de langue est strictement politique. Allez, je vais prendre un raccourci pour être direct : la politique des langues en Algérie est entièrement dictée par des besoins de sévir les langues parlées et écrites autre que l’arabe classique, scolaire, académique.

Le pouvoir s’est attelé à faire le vide linguistique autour des enfants du bas peuple. L’interdiction et la censure imposées aux mômes de rédiger ou de parler dans leur propre langue sont subtilement menées, par les pouvoirs publics depuis l’indépendance, par substitution. La langue arabe du Moyen Orient remplaça graduellement et méthodiquement la langue française et l’arabe algérien et la langue amazigh. L’espace occupé par les autres langues fut rétréci comme peau de chameau. L’arabe scolaire, administratif… fut alors conçu et imposé pour tenir en liesse les élites francophones avec tout qui s’en suit comme valeurs universelles.

L’arabisation est la bombe atomique promise par Boukharouba et Co pour détruire le bon sens, l’intelligence universelle, le rationnel et la performance en faisant exploser en premier l’école : lieu du savoir que les soldats de Boumediene et du TALEB ont juré de réduire en madrasa à ciel ouvert offerte en nuit de noce aux islamistes égyptiens, syriens puis algériens. Pour preuve je vous livre ces quelques lignes des constitutions et lois post- indépendance :

I- Constitution de 1963 La langue arabe est la langue nationale et officielle de l’État.
Constitution de 1976 L’arabe est la langue nationale et officielle. L’État œuvre à généraliser l’utilisation de la langue nationale au plan officiel
Constitution de 1989 L’islam est la religion de l’État. L’arabe est la langue nationale et officielle.
Constitution de 1996 L’islam est la religion de l’État. L’arabe est la langue nationale et officielle.
- Toute révision constitutionnelle ne peut porter atteinte… à l’islam, en tant que religion de l’État ; à l’arabe, comme langue nationale et officielle.
II- loi no 91-05 du 16 janvier 1991 portant généralisation de l’utilisation de la langue arabe.
Article 5  :
- Tous les documents officiels, les rapports, et les procès-verbaux des administrations publiques, des institutions, des entreprises et des associations sont rédigés en langue arabe.
- L’utilisation de toute langue étrangère dans les délibérations et débats des réunions officielles est interdite.
Article 6 : – Les actes sont rédigés exclusivement en langue arabe. L’enregistrement et la publicité d’un acte sont interdits si cet acte est rédigé dans une langue autre que la langue arabe.

A la rentrée scolaire 2009/2010, le ministre de l’Éducation Benbouzid par le biais d’une circulaire, réaffirme l’incapacité de l’école algérienne à transmettre les règles élémentaires de la langue. Les pouvoirs publics nient toujours en faisant fi des réalités de la pratique de la langue en Algérie. Ils ne peuvent éternellement imposer la langue du Coran comme unique mode d’expression. Les décrets et lois ne résisteront pas au besoin d’ouverture aux autres langues et cultures du monde. L’Algérien a beaucoup souffert, et continue de l’être, du monolinguisme médiocre.

Tous les gestionnaires des cybers vous affirmeront que l’Algérien est handicapé par le monolinguisme arabe. L’adolescent algérien ne peut faire une déclaration d’amour à une élue de son cœur. Même en arabe coranique il est nul. On l’a frustré et castré. Il porte la culotte de chasteté linguistique. Pauvre mec et pauvre pays !

NaB Nath-Ouaghlis

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