Le cauchemar de Don Aqecut

« Urgagh yir targith laâcha » (Aït Menguellat)

Suite des aventures de Don Aqecut au terme de sa première année en qualité de président du GPK.

Au terme de cette expérience anavadesque, il finit par prendre conscience que le champ de ruines qu’il laissait derrière lui faisait de cette première année une véritable « Annus horribilis ».

Mais le véritable coup de poignard, assassin et perfide, vint du MAK de Kabylie qui annonçant dans son communiqué du 27 mai 2011 la tenue prochaine de son congrès avait « souhaité vivement » que le président du GPK et ses ministres viennent humer l’air du pays à cette occasion.

Comment avaient-ils pu écrire une chose pareille ? Lui qui, depuis la création de son GPK, chantait sur tous les tons que l’Anavad était la cible privilégiée du régime d’Alger, du DRS et que l’Anavad ne pouvait naître et vivre qu’en exil ! Avaient-ils déjà oublié le montage qu’il avait mis en place l’an dernier, lorsque pour rendre visite à sa mère, il dut la faire venir à Tunis, parce qu’il était en danger de mort en Algérie ? Avaient-ils oublié également qu’il était sous le coup d’un mandat d’amener, comme il l’avait maintes fois rappelé ? Que des esprits suspicieux doutent de ces menaces, passe encore, mais que, le comité exécutif du MAK les invite tranquillement, comme si de rien n’était, à rentrer si … ils « étaient disponibles » dépasse l’imagination ! Autant dire que la direction du MAK Kabylie ne croit pas un traître mot des menaces qui pèsent sur lui et son Anavad !

Les macaques ! Comment avaient-ils osé lui faire un coup pareil ?
En outre, lui qui se sentait à l’étroit dans le rôle du représentant international sillonnant les continents, lui, l’homme du « Congraisse », de la Maison blanche, comment pouvaient-ils prétendre lui infliger d’être présent à un congrès de macaques au village !

Ce communiqué auquel venaient se surajouter d’autres attaques mit Don Aqecut hors de lui et au bout de quelques jours un sentiment d’épuisement le gagna. Assailli de toutes parts, il était saisi de découragement et au soir du 7 juin, il s’affala sur son lit, harassé. L’esprit hanté par de mauvaises pensées, il fit un songe pénétrant et étrange. Alors qu’il se rendait au congrès du MAK Kabylie, les cerbères du Nain l’Usurpateur, profitant de sa présence sur « leurs terres », s’emparèrent de sa personne sous les ricanements des macaques complices. Ceux-ci exécutèrent une danse lugubre et entonnèrent son hymne en claquant des mains :

Kret akk a γ-id-twalim
D nnuva nneγ a γ-d-tezzim
Ass agi a tt-id-nawi
 ! [1]

Ils escortèrent les cerbères qui l’emmenèrent avec eux vers une destination inconnue. Seul son vieil âne avec son chouari fut autorisé à l’accompagner. « L’Anavid ! l’Anavid  ! » scandaient les macaques comme il s’éloignait avec la pauvre bête. Chargés sur une machine volante, Don Aqecut et son compagnon de fortune furent déposés sur une terre ingrate parsemée de rares masures de terre ocre qui semblaient inhabitées. Il mit longtemps avant d’apercevoir les premiers humains qu’il prit dans un premier temps pour les Bédouins « pétroliers » qu’il avait rencontrés au Nouveau Monde, ce qui, en le ramenant dans un monde connu, eut pour effet de le rassurer. La nature désertique du pays où s’étendaient à perte de vue les dunes de sable l’avait conforté dans cette hypothèse. Mais il se ravisa très vite lorsqu’il entendit ses hôtes parler : c’était du tamazight.

Don Aqecut, homme plein de ressources, s’adapta immédiatement à la nouvelle situation. Il se mit à leur expliquer tout l’intérêt qu’ils avaient à lutter pour leur autonomie, à affirmer qu’il était prêt à donner de sa personne en devenant leur Président, prêt à leur composer un hymne national à la gloire de leur province, prêt à les représenter au « Congraisse », prêt à leur créer un un GP … là, il s’arrêta net, non parce qu’il avait bégayé mais parce qu’il ne savait pas où il était. Il regarda autour de lui et vit sur une enseigne le nom de la ville où il se trouvait : Illizi, « un GPI ! » reprit-il habilement… Mais les hommes bleus tout occupés à siroter leur thé 1871 ne semblaient ni entendre ce qu’il leur disait ni même le voir malgré ses gesticulations. Il gesticula si fort que les moulins à vent l’imitèrent et déclenchèrent une tempête de sable si puissante qu’elle emporta son vieil âne qui s’envola tel un oiseau avec les couffins du chouari battant comme des ailes. Les hommes bleus avaient disparus, effacés par la tempête. Il fut soudainement pris de panique à l’idée de se retrouver seul dans cet environnement hostile. Lorsqu’il voulut appeler à l’aide, crier sa détresse, un bégaiement l’en empêcha et si aucun son ne sortit de sa bouche en refermant ses mâchoires, il se mordit la langue et se réveilla en nage, suant par tous les pores de sa peau.

à suivre…

Notes

[1]Voici l’hymne complet :

« D ass-a i d ass n tlelli
D ass ideg aγlan aqvayli
Yufrar-d gar tmura
Yal yiwen a d-yettwali
Taseddart iγef i nuli
Nniq-s ur d-yekki kra
Xas ma tikwal nγelli
Wergin i nehvis tikli
Nessawad di taggara
Ditij iss i d-neflali
Ass-a azekka a nili
Mi nezga nvedd i tnekkra
Nekni d aγref n tlelli
Nekni d tafat i tmuγli
Nekni d times d wuzzal
Nekni d tamurt d yegenni
Nekni d aggur d tziri
Nekni d isseγ d wazal
Nekni d tizedt d tayri
D talemmast akk d yiri
Nekni d ilel d wakal
Nezmer i tniri d tizgi
Afus ur yettergigi
Γef talwit nezmer iccwal
Nekni d azref d isekkim
Gar yimeqranen a neqqim
Nekni d tifrat d umtawi
Nekni d afdis d ugelzim
Yeddan d tussna d uvelkim
Fellaγ tehres neγ d llwi
Isem nneγ aqvayli d afzim
Γef wenyir d amazy d urqim
Fellas lhif a t-rezwi
Kret akk a γ-id-twalim
D nnuva nneγ a γ-d-tezzim
Ass agi a tt-id-nawi »

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