Le Kabyle, ce manifestant

1980, 1994-1995, 2001, des dates inscrites en lettres d’or dans l’histoire contemporaine kabyle.

Des dates qui ont mobilisé le peuple kabyle dans ses certitudes à inscrire ses cultures dans les fondements de l’Algérie. Et grâce à ces combats l’Algérie a officiellement gravé dans sa constitution et dans ses législations son amazighité. Mais pour cela les tributs à payer étaient lourds, très lourds, des morts et des handicapés à vie.

C’étaient des combats utiles pour la cause kabyle !
Et tous les autres, des marches par-ci, par-là, ne sont qu’une pitoyable danse du ventre et ne se font que pour des causes partisanes qui amoindrissent, jusqu’au ridicule, les nobles combats passés et à venir.

Pour ces honorables combats le Kabyle a reçu des coups physiques et moraux et à chaque fois qu’il a plié, il s’est redressé comme un cheval, comme un bœuf, comme un homme libre et il a continué de foncer dans les luttes et les combats dont les bénéfices et les lauréats vont, presque souvent, à l’autre, un autre bien ingrat.

Je suis impardonnable mais je suis si las d’avoir tant crié. Mes os se crissent et se crispent quand je me mue. Mes épaules sont courbées d’avoir supporté, seul, les malheurs d’un pays. Mes mollets sont striés de varices de mes nombreuses statures horizontales. Mon dos ne m’obéit plus. Mes doigts sont noueux d’avoir serré à n’en plus pouvoir des supports de banderoles.

Et je crie : Que les saints encore vivaces dans les mémoires, que tous les dieux morts et vivants me pardonnent ! Que tous les Kabyles vivants et morts me pardonnent ! Qu’ils me pardonnent mes fatigues ! Qu’ils me pardonnent mes lassitudes ! Qu’ils me pardonnent mes envies de me reposer ! Que leurs clémences autorisent et tolèrent mes envies d’être un simple spectateur dans mon Algérie et dans l’Algérie de l’autre ! Qu’ils me pardonnent mes désirs d’être intelligemment mesquin et de lutter uniquement pour le peuple kabyle !

Et maintenant j’ai montré l’exemple. Mes enfants sont venus aux rescousses de ces vénielles manifestations, ils m’obéissent, ils me suivent, ils se blessent souvent et parfois meurent.

Mes intelligences me susurrent de me calmer, de travailler pour mes cultures, sans bruit, sans tintamarre, de sourire quand il faut, de minauder, de louvoyer… et d’atteindre mes buts.

Et d’ailleurs, quand des bruits se font entendre en Kabylie, nos gouvernants vaquent à leurs tâches, comme si de rien n’était :
__ Qui fait ce tintamarre ?
__ Les Kabyles, Monsieur…
__ Peuff !… Ils ne sont pas encore fatigués ! Laissez-les se défouler ! C’est cela la démocratie !

Et lorsque cela se passe à Alger :
__ Qui veut faire un tintamarre ?
__ Les Kabyles, Monsieur…
__ Pas question ! Qu’on envoie les CRS, les blindés, les chômeurs… et les barbus ! Qu’on les massacre, les mutilent, les emprisonnent…Retour ligne manuel
Et les Kabyles sont massacrés, brimés, emprisonnés… et ces Kabyles oublient vite, trop vite. Les voilà qui reviennent comme pour assouvir les désirs de recevoir ces coups périodiques.

Mouloud Mammeri : (De mémoire)

« Nous avons trop travaillé pour les autres, Il est temps de travailler pour nous  »

Mais chaque Kabyle n’en fait qu’à sa tête.

Daamghar

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