Le Kabyle et la révolte « arabe »

Quand on a l’âge de soixante ans ou plus et que nous avons vécu toutes ses années dans le pays Algérie et plus exactement dans la région de la Kabylie et après toutes les turpitudes que nous ont occasionné les différents dirigeants du pays avec leurs lots de politiques aux couleurs changeantes comme le caméléon et des couleuvres qu’ils nous ont fait gober, il est difficile, au jour d’aujourd’hui, d’avoir une opinion neutre et juste sur les événements qui secouent les régions de l’Afrique du Nord et ces peuples dits « arabes » bien qu’ils aient gagné, depuis Janvier 2011, le droit à toutes les sympathies.

Difficile de se faire une opinion parce que les peuples de ces pays dits « arabes » ont habitué le monde entier à ce qu’ils soient perçus, à tort ou à raison, comme étant passifs, fatalistes, fainéants, intégristes et carrément, avec un racisme latent, ignorants.

A partir de ce constat, le doute d’un soulèvement spontané des peuples de Tunisie, d’Algérie, d’Egypte et surtout du peuple de Mouamar El Gueddafi, s’impose aux analystes les plus neutres ou à l’esprit du commun des mortels. Cela relève du miracle. Mais voilà les miracles se réalisent dans les contes de fée et le monde « arabe » est tout sauf un conte de fée.

Pourquoi maintenant ! Pourquoi pas l’année passée ou l’année d’avant ! Les ingrédients inflammables et propices à cet embrasement existent depuis tellement longtemps ! En Tunisie, le poète Abou Kacem Chabbi né le 24 février 1909 et décédé le 09 octobre 1934 a écrit ce poème comme un cri prémonitoire :

Lorsqu’un jour le peuple veut vivre,Retour ligne manuel
Force est pour le destin de répondre,Retour ligne manuel
Force est pour les ténèbres de se dissiper,Retour ligne manuel
Force est pour les chaînes de se briser.

Le cri de ce jeune poète avant-gardiste serait, apparemment, enfin lu, compris et appliqué par les peuples à qui il a été destiné.

La révolte avec l’odeur du jasmin tunisien embaume le monde dit « arabe ». C’est une odeur qui s’insinue en bienfaitrice dans les maisons, annihilant les peurs dans les cœurs des damnés des pays volés, kidnappés par des tyrans aux mœurs identiques dans toutes les latitudes du monde.

Comme cette odeur éveille aussi les résistances de ces tyrans. Elle éveille en eux les comportements de survie, des comportements identiques à tous les despotes. Ces tyrans vont jusqu’au bout d’eux-mêmes, au bout de leur mégalomanie et ils créent les guerres civiles et le chaos en divisant et en mettant face à face leur peuple, dans des combats fratricides. Cela s’est prouvé et se confirme en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Libye et ailleurs…

Et tout ceci est le résultat du comportemental enseigné et voulu par certains philosophes élitistes « arabistes et islamistes ». N’ayant pas pu et su accompagner le monde dans ses avancées modernes, sociales et surtout techniques, les intellectuels « arabes » ont voulu réanimer, « réinitialiser » un monde mort, le monde d’un passé d’ailleurs controversé, celui de l’Andalousie, de Haroun Rachid ou de Salah Eddine. C’est cet existentialisme virtuel mal digéré par ces peuples qui sont, au demeurant, des victimes à l’instar de tous les peuples qui ont enfanté des tyrans, qui a généré les hontes révoltantes qui se manifestent maintenant à travers des heurts meurtriers : tyran-peuple et tyran/peuple-peuple.

Et ces révoltes qui se font dans le sang des innocents stimuleront-elles les nouveaux dirigeants pour qu’ils osent les changements inéluctables dans les mœurs de ces peuples ? Des changements qui doivent se faire dans les mentalités sine qua non pour un avenir réellement démocratique.

Les réponses qui sont avancées en Tunisie est la légalisation du parti islamiste Ennahda (Parti de la Renaissance) dont le porte-parole s’empresse de préciser que son parti respectera la démocratie. C’est un miracle !

Et c’est dans la Tunisie fragilisée que les islamistes ont voulu annoncer leur présence par leur méthode de terreur, méthode qui a fait ses preuves un peu partout dans le monde. C’est l’assassinat du prêtre polonais et l’incendie de la synagogue de Tunis. Mais c’était trop tôt et les velléités du djihad des soldats d’Allah furent réfrénées, il faut attendre que les têtes soient installées dans les rouages de l’état et du pays.

Et rappelons-nous tous ces intellectuels, de l’islam pur et réel, qui clament à juste titre, que la démocratie en islam est kofr, et de ce fait est interdite toute lecture libre et cartésienne du Coran.

Et un autre miracle, en Egypte, les Frères musulmans aussi sont devenus démocratiques mais avec une certaine prudence et s’alignent sur le modèle turc. La Turquie qui est gouvernée par une mouvance islamiste tolère pour le moment une certaine liberté des mœurs parce qu’elle louvoie toujours du côté de l’Union européenne à qui elle a adressé un message significatif avec une menace à peine voilée en envoyant en 2010 une flottille chargée d’aide aux Palestiniens de Gaza sous blocus israélien. Le message était : Vous m’acceptez comme Européen donc comme ami ou comme islamiste-arabiste donc comme ennemi. C’est un os pour l’Europe.

Après ce bref détour, revenons à nous, les Kabyles. Quels seront les dividendes, s’il y a dividendes, que le Kabyle peut espérer tirer de cette démocratie que veulent, exigent et imposent les peuples « arabes » ? Parce qu’on le veuille ou non, notre destin se conjugue, pour les instants présents, avec le leur.

Le RCD, un parti avec une assise kabyle brade l’interdit du gouvernement en marchant et en manifestant dans la capitale pour un changement dans l’Algérie entière. Le FFS, un autre parti avec une assise kabyle, applique comme un bon élève, le bon gré de Bouteflika qui interdit les marches dans la capitale mais autorise des meetings dans ses salles. Le FFS se réunira dans une salle fermée avec comme ordre du jour le devenir de l’Algérie entière.

Le Mak/GPK organise des marches en Kabylie, et pour uniquement le devenir kabyle, que le gouvernement autorise avec une grande et félonne satisfaction.

Et un seul fait marquant dans cet éveil « arabe », le Kabyle existe et plus que jamais au point que certains Algérois vouent aux gémonies ce Kabyle qui vient, trop souvent, perturber ses longues siestes.

Mais maintenant, il est venu le temps du repos des Kabyles. Le Kabyle doit se reposer, se mettre en retrait, observer et attendre, sans disparaitre, les issues et les aboutissants des révoltes de nos cousins. Oui ces « Arabes » sont maintenant des cousins puisqu’ils marchent, manifestent, revendiquent et meurent comme nous les Kabyles.

Daamghar

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