Le monde musulman manifeste contre Charlie Hebdo

Des milliers de personnes ont manifesté dans l’ensemble du monde musulman après la prière du vendredi contre la publication par Charlie Hebdo d’un dessin représentant le prophète Mahomet.

A Alger, 2.000 à 3.000 manifestants se sont rassemblés, selon un journaliste de l’AFP. Détournant le slogan « je suis Charlie » utilisé par les défenseurs de la liberté d’expression, certains scandaient « Nous sommes tous des Mahomet » ou encore « Je suis Kouachi », du nom des frères Kouachi, les jihadistes ayant attaqué le journal satirique français.

Plusieurs milliers de personnes, dont des femmes et des enfants, ont manifesté à Alger le 16 janvier après la prière du vendredi pour « défendre le prophète Mahomet » à la suite d’appels lancés sur les réseaux sociaux. Ceux-ci se sont faits les relais d’une campagne de protestation lancée après la publication, mercredi, d’un nouveau numéro de Charlie Hebdo comportant en « une » une caricature de Mahomet.

Les manifestants ont convergé de plusieurs mosquées de la ville vers la place du 1er-Mai et la place des Martyrs, le parcours habituel des manifestations à Alger, qui sont interdites depuis 2001.

Une partie des manifestants est venue d’une mosquée du quartier populaire de Belcourt où officie le salafiste Abdelfatah Hamadache. M. Hamadache avait appelé à réagir à « l’offense » faite au Prophète par des « Français criminels  » et à organiser des manifestations dans le monde entier contre « la France haineuse pour défendre le Prophète  ». A la sortie de la mosquée, un drapeau français a été brûlé, rapporte un témoin, indiquant qu’Abdelfattah Hamadache a été interpellé par la police à la fin de son prêche.

Les manifestants ont marché en direction de la place du 1er-Mai en portant des affiches et des pancartes sur lesquels on pouvait lire « Nous sommes avec Mohammed ». Ils scandaient aussi la profession de foi musulmane. Des slogans ont été entendus, tels que « Nous voulons un Etat islamique ! » ou encore le mot d’ordre du Front islamique du salut durant les années 1990 : « Il n’y de Dieu qu’Allah, pour lui nous vivons, pour lui nous mourrons et pour lui nous combattrons  ! » Des manifestants ont également scandé « Kouachi echouhada ! » (« Kouachi, les martyrs ! »). Du nom des deux frères responsables de l’attaque meurtrière contre l’équipe de Charlie Hebdo.

Les frères Kouachi, abattus par la police française deux jours après avoir tué douze personnes au siège de Charlie Hebdo, ont également été honorés à Istanbul. Une centaine de personnes se sont réunies devant la mosquée du très religieux district de Fatih, devant une banderole arborant leur portrait et celui du chef d’Al-Qaïda Oussama ben Laden.

Des rassemblements marqués par des violences au Pakistan et au Niger.

Des milliers de fidèles ont défilé dans les grandes villes du Pakistan, où le Parlement a unanimement condamné la publication de « caricatures blasphématoires ».

A Karachi (sud), la manifestation a tourné à la confrontation avec la police lorsque des protestataires ont tenté de s’approcher du consulat français et un photographe pakistanais de l’Agence France-Presse (AFP) a été grièvement blessé.

Au Niger, Zinder, deuxième ville du Niger, a connu un « vendredi noir » : le Centre culturel français a été incendié et trois églises saccagées par des manifestants hostiles à la publication d’une caricature du prophète Mahomet en Une de l’hebdomadaire Charlie Hebdo.

Juste après la prière de vendredi, « une marée humaine a déversé sa colère dans les rues de Zinder (sud) pour protester contre la caricature du prophète Mahomet« , a raconté Amadou Mamane, journaliste indépendant à Zinder.

Des SMS circulaient depuis la veille pour manifester à la sortie des mosquées. Le même mot d’ordre, transmis pendant les offices religieux, a été suivi par des milliers de personnes, selon une source officielle.

Les manifestants, qui selon M. Mamane étaient « essentiellement des jeunes, dont certains circulaient à moto en agitant de petits drapeaux blancs« , la couleur de l’islam, se sont précipités sur le Centre culturel franco-nigérien (CCFN).

Une cinquantaine d’entre eux a « cassé la porte » d’entrée du complexe vers 13H30 (12H30 GMT), malgré des « tirs de sommation » de « deux policiers » présents pour protéger le bâtiment, a déclaré à l’AFP Kaoumi Bawa, le directeur du CCFN de Zinder.

Puis ils ont mis le feu à la cafétéria, puis la médiathèque et des locaux administratifs du Centre, a-t-il poursuivi. « Ca brûle encore. Les pompiers ne sont jamais venus« , a regretté M. Bawa, « en colère« , qui « essaie de sauver ce qui pourrait l’être« .Retour ligne automatique
Trois églises, une catholique et deux évangéliques, ont été saccagées, selon les autorités de Zinder, ville située dans le sud, non loin de la frontière avec le Nigeria.

« On n’a jamais vu ça à Zinder« , a indiqué une source administrative. « C’est un vendredi noir« .

D’après cette source, le siège d’un parti au pouvoir a également été incendié, ainsi que plusieurs bars et débits de boisson.

« Le centre-ville de Zinder est méconnaissable. Au cri de Allah Akbar (Allah est le plus grand), les manifestants en très grand nombre ont brûlé des pneus partout« , a témoigné un commerçant joint au téléphone.

« Des débris de bouteilles, des pneus enflammés et des blocs de pierre jonchent encore certaines rues », a décrit un autre journaliste.

En Mauritanie, plusieurs milliers de personnes ont défilé à Nouakchott, brûlant un drapeau français selon des témoins. S’adressant à la foule, le chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz a condamné à la fois le « terrorisme » et les « viles caricatures ».

Un drapeau français a également été brûlé à Dakar, où un millier de personnes ont protesté.

Si nombre de gouvernements de pays musulmans avaient condamné l’attaque contre Charlie Hebdo le 7 janvier, des manifestants ont salué les auteurs.

A Amman, 2.500 manifestants ont défilé sous haute surveillance et dans le calme, arborant des banderoles sur lesquelles on pouvait notamment lire « l’atteinte au grand prophète relève du terrorisme mondial ».

A la « une » du numéro sorti après la tuerie qui a décimé sa rédaction, Charlie Hebdo a publié mercredi un dessin de Mahomet la larme à l’œil et tenant une pancarte « Je suis Charlie », le slogan des millions de manifestants qui ont défilé en France et à l’étranger pour condamner les attaques jihadistes ayant fait 17 morts en trois jours à Paris.

Le roi Abdallah II de Jordanie, qui avait participé dimanche à la marche de Paris, a qualifié jeudi Charlie Hebdo d’« irresponsable et inconscient ».

Le site sensible de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la Ville sainte annexée par Israël, a été le lieu d’une manifestation de quelques centaines de Palestiniens.

« L’islam est une religion de paix » et « Mahomet sera toujours notre guide », pouvait-on lire sur des banderoles. « Français, bande de lâches », ont scandé des manifestants.

A Tunis, des fidèles ont quitté la mosquée el-Fath pour marquer leur désaccord avec un imam, ancien ministre des Affaires religieuses. « Nous sommes contre toute atteinte à notre prophète mais cela n’est pas une excuse pour tuer les gens, » prêchait-il, à quoi ils ont rétorqué que les journalistes de Charlie Hebdo « méritaient d’être tués ».

A Khartoum, quelques centaines de fidèles ont brièvement manifesté après la prière, réclamant des excuses du gouvernement français.

L’Union mondiale des oulémas, basée au Qatar et dirigée par le prédicateur Youssef al-Qaradaoui, considéré comme l’éminence grise des Frères musulmans, a appelé à des « manifestations pacifiques » et critiqué le « silence honteux » de la communauté internationale sur cette « insulte aux religions ».

Les autorités de ce pays, qui avaient fermement dénoncé l’attentat contre Charlie Hebdo, ont « condamné la nouvelle publication de dessins offensants », soulignant que cela alimentait « la haine et la colère ».

En Iran, une manifestation de protestation prévue samedi par des étudiants islamistes a été annulée sans raison officielle.

Selon l’agence de presse Fars, les organisateurs ont toutefois annoncé que le rassemblement se tiendrait lundi devant l’ambassade de France à Téhéran, sous réserve d’obtenir l’aval des autorités.

En Syrie, des milliers de personnes sont descendues dans les rues des zones contrôlées par les rebelles et les jihadistes en demandant à ce que s’arrête « l’offense au sentiment religieux », selon une ONG syrienne.

Avec agences

 

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*