Le peuple kabyle : un colonisé aveugle

Le peuple kabyle n’est pas conscient qu’il est colonisé car cette colonisation est pernicieuse, insidieuse et prend une forme légales et légitime. Le peuple kabyle croit qu’il subit simplement une injustice de la part de SES gouvernants. La Kabylie n’abrite pas d’arabo-musulmans propriétaires, ni de troupes militaires patrouillant rues et villages. La seule forme de colonisation que les kabyles savent reconnaitre est semblable à la colonisation française. La Kabylie n’intéresse pas les arabo-musulmans pour deux raisons. La première est que c’est une terre aride où il faut travailler dur pour espérer en tirer quelque chose. Le relief n’est pas non plus adéquat pour le mode de vie arabo-musulman. C’est justement pour cela qu’ils avaient délaissé la Kabylie pour que tous les rebelles, les insoumis, les protestataires de l’époque s’y réfugient.C’était un endroit de refoulement de tous ceux qui refusaient l’ordre arabo-califal. Les Aurès des Chawi ont eu le même statut, ainsi que les fin fonds du sahara touareg et les portes blindées du désert mozabite. On peut dire que ces endroits étaient et sont toujours des sortes de zones carcérales à ciel ouvert dans lesquelles les prisonniers culturels n’ont jamais été libres de vivre leurs culture et leur langue d’une façon épanouie et fière. Les incarcérés sont soumis à des règles édictées par des geôliers extérieurs à ce monde carcéral. Seuls quelques postes de garde sont disséminés ça et là pour veiller à ce que le règlement intérieur de cette immense prison soit respecté. ces postes de garde sont des sièges de wilaya, des sièges de daira, des postes de gendarmerie, des casernes, des tribunaux, des écoles, des mosquées etc… Aucun de ces postes de garde n’est administré démocratiquement par des kabyles, ni n’œuvre dans l’intérêt des kabyles.

De plus, la population est exclusivement kabyle et personne ne vient contester leurs biens, leur langue intra-murale, leur culture circonscrite. C’est comme dans une vraie prison où les “résidents” s’additionnent à leur petit commerce, s’inventent un langage, des pratiques, des comportement que les gardiens et l’administration ne partagent pas ou même répriment quelque fois quand l’autorité de L’institution carcérale est menacée. Ce n’est donc pas de la colonisation directe telle que la France l’avait pratiquée. C’est un encerclement physique et moral. L’arabo-islamisme se contente de “contenir” les kabyles en Kabylie et de les maintenir sous son autorité.

Cette colonisation à distance dure depuis tellement longtemps que la mémoire collective kabyle a fini par la trouver normale. Avec le FFS, le RCD et les arouche, les kabyles pensent même que cet univers carcéral kabyle s’étend à toute l’Algérie. C’est la raison pour laquelle ils revendiquent la démocratie, donc la liberté, pour tous les algériens. Ces algériens leurs rient au nez et les élites arabo-musulmanes s’offusquent que des sous-citoyens réclament la liberté à des citoyens qui ont toujours été libres d’être ce qu’ils veulent, de vivre leur culture, de promouvoir et développer leur langue, de pratiquer et imposer leur religion etc. C’est comme dans la série STALAG 13, où une bande d’officiers américains, prisonniers des allemands en 1943, se proposent d’aider le peuple allemand à se débarrasser des nazis qu’il a élu démocratiquement.

C’est rigolo ! L’administration algérienne du lieu de détention de l’amazighité et de la kabylité n’offre que deux possibilités aux kabyles :
la première qu’ils quittent leur région dans un exode massif mais progressif pour aller se fondre individuellement dans la masse arabo-musulmane algérienne, sans constituer de communautés organisées un peu partout. J’ai travaillé dans quelques villes algériennes et J’ai constaté que tous les kabyles que je connaissais obtenaient leur logement bien plus vite que les résidents arabes de ces villes. Pourvu qu’ils s’acculturent et qu’ils s’insèrent dans le jeu social arabo-islamique (amis, mosquée, parler, fêtes, langage, expressions locales etc…..)

La deuxième alternative est que les kabyles se laissent arabo-islamiser sur place pour entrer en harmonie avec les postes de garde locaux. En quelque sorte, les prisonniers culturel doivent se racheter et s’arabiser pour que leurs gardien ne leur apparaissent plus comme des gardiens leur imposant un règlement (des lois, des mœurs). Le lieu carcéral s’ouvre ainsi et les arabo-musulman peuvent venir de l’extérieur, s’installer, se fondre dans la foule désormais totalement arabo-islamisée, acheter des biens, des fonds de commerce, des immeubles, des terres etc. C’est une libération par mutation. On élimine le problème socio-culturel spécifique à la Kabylie et il n’y aura plus de problème. Vérité de Lapalice oblige.

Le régime algérien s’achemine vers une de ces solutions, ou les deux conjointement. Les kabyles ne l’ont pas encore compris et s’obstinent à se comporter en détenus culturels réclamant de meilleures conditions de vie carcérale. Les kabyles pensent que le maximum que l’arabo-islamisme puisse faire est d’encercler la Kabylité pour ne pas la laisser se répandre. Mais l’arabo-islamisme veut bien plus : supprimer la kabylité à très court terme car le nombre de kabyles découvrant leur situation augmente de plus en plus. Plus le régime algérien arabise les kabyles, plus les kabyles qui refusent de s’arabiser deviennent efficaces, fermes, décidés, résistants et prêts à agir.

par Ariless, jeudi 23 avril 2009

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