Le printemps berbère par les documents (3)

Échange de télex entre les étudiants kabyles grévistes et Brerhi ministre de l’Enseignement supérieur algérien.

Cette pièce est d’un ton plus léger, elle s’égaye même d’un certain humour. C’est un échange de télex entre le ministre de l’Enseignement supérieur, A. Brerhi, et les grévistes qui occupaient le CUTO. Il renseigne sur l’ambiance pleine de vie qui régnait durant cette occupation. Incidemment, il révèle que la terreur, pierre angulaire de la dictature, n’opère plus comme inhibiteur politique.

Rappelons le contexte où a été produit ce document. Pour effacer l’impact de la manifestation du 7 avril d’Alger, Sidi Saïd organise une contre-manifestation dans la ville de Tizi-Ouzou le 10 avril 1980. El Moudjahid lui consacre sa « une » avec une photo qui barre toute la page où Likuptiṛ, une ancienne maquisarde affublée d’une robe kabyle, brandit le drapeau algérien à côté d’une banderole clamant le soutien à la « Direction révolutionnaire ».

Cette manœuvre de Sidi Saïd eut une conséquence aussi désastreuse pour lui que sa décision d’interdire la conférence de Mammeri. C’était pour éviter des « troubles à l’ordre public » que le wali avait empêché l’écrivain de s’adresser aux étudiants : on connaît la suite… Cette contre-manifestation du 10 avril 1980, seconde bourde du wali, suscita une initiative sans précédent depuis 1962 : un appel à la grève générale pour le mercredi 16 avril lancé par un comité externe à l’Université. Panique à bord. Le ministre de l’enseignement supérieur, A. Brerhi, dépêché le 14 avril au CUTO, deux jours avant la grève, déploie des trésors d’ingéniosité pour amener la communauté universitaire à dénoncer cet appel. En vain. Il tente, sans plus de succès, d’obtenir que nous acceptions, au moins, d’inscrire notre revendication dans « le cadre de la Charte nationale ».

Rentré à Alger, il adresse, le jour de la grève générale, un ultimatum sous forme de communiqué qu’il envoie par télex à l’université dans lequel il annonce la reprise des cours pour le samedi 19 avril, ordonne l’établissement de listes de présents, menace de radier de l’université les grévistes, étudiants et enseignants confondus. Dans le texte du communiqué, le ministre revient sur « la Charte nationale » et fait comme si le débat – houleux – qu’il a eu avec nous s’était déroulé dans le « cadre de la Charte nationale ». Il n’en avait rien été, bien sûr, et si Brerhi insistait tant sur ce point, c’est parce qu’il sentait confusément que notre mouvement ébranlait les fondements du Parti unique.

Mais comme le contrôle de tout le Centre universitaire était entre nos mains, y compris le télex, au lieu de la réponse attendue du directeur, il a reçu la nôtre. Et à la place de la liste des présents trop longue, nous lui avions communiqué la liste des absents, à savoir le directeur du CUTO et quelques uns de ses adjoints pour… d’éventuelles radiations de l’Université. On peut mesurer, à la teneur de la réponse, l’impact qu’eurent sur nous les menaces du ministre. La terreur a vécu !

Hend Sadi

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