Le quotidien d’un con

Chaque matin, à 6h, une alarme me réveille de mon sommeil creux. Je ne rêve pas, j’ignore si je dors ou pas, du moins après 2h du matin, avant je sais que je ne dors pas. Au réveil il se passe rien, c’est encore la nuit, l’imam crie pour se faire entendre, que la prière est meilleure que le sommeil. Pour ma part, je ne dors pas, et je ne prie pas. Je me lave la figure par habitude, et je me place pendant un instant dans ma situation. J’essaye de réfléchir à l’être et l’endroit et l’état. Je sursaute d’effroi et je fixe une porte, le frigo, le mur, un robinet, n’importe quoi. Si je regarde une lampe, je pense à l’électricité, et la tronche de maxwell m’aide à me chasser de moi-même.

Je sors, et je regarde tous ces gens du matin, des pères, des fils, des mères, des femmes, des hommes, parfois même des gosses.
Je vais travailler. Je n’ai aucune idée pourquoi !

Je grimpe dans la voiture avec les trois camarades. Un Algérois de souche, suffisamment efféminé, qui traine tous les mots. J’aime bien ses mélodies. On dirait une Algéroise si on ne regarde pas sa tronche et si ses cordes vocales vibraient avec quelques fréquences plus hautes. Bref, lui c’est un gentil garçon, qui sait tout sur les voitures. Un autre fraichement débarqué de Sétif. Il a une femme, un gosse et beaucoup d’espoir. Lui, il parle beaucoup, mais il ne dit rien. C’est un prototype de la décadence algérienne. Le troisième est un Kabyle, il se croit plus intéressant, plus Algérien que ce que peut permettre l’Algérie…

Ouverture de séance bavardage chaque matin, sur les voitures, les options, les années, les géants de l’automobile, les comparaisons, les prix, la mécanique… ça dure jusqu’à ce qu’on arrive à la résidence universitaire pour filles de Ouled Fayet. La première fois, qu’on est passé par là, je les écoutais parler de l’endroit, de filles, j’avais cru que c’était un bordel. Il y a un putain de Kamel Messaoudi heureux dans chacun d’eux.

Les Samedis, je vois le psy, pas mon psy, le psy, celui de tout le monde. Il est assez vieux, et sent le savon. Il parle français, mais pas une phrase n’est correcte, je m’en fiche, il veut impressionner, je le laisse faire. Ce qui ne me convient pas, c’est que, qu’importe ce que je lui dis, il se demande toujours pourquoi j’ai des tendances suicidaires !

— Pourquoi pas ? Je lui dis
Il me donne des raisons, pas une ne me convient, il me parle comme si l’univers a une conscience ou je ne sais quoi. J’ai senti, qu’il n’allait pas tarder à me proposer de séjourner à la mosquée, alors je lui file l’argent, et je rentre. Les Samedis, je vais dormir.

Ahmed Yahia Messaoud

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