Le RCD « APPREND » à agiter le drapeau amazigh

Lors des marches du 20 Avril 2012 à Tizi-Ouzou, des cadres du RCD ont créé la surprise en brandissant le drapeau kabyle/amazigh, à l’exemple de l’Ex-députée du RCD, Lila Hadj Arab. Suivant les vents qui soufflent, ils n’hésitent pas à changer de drapeau et de veste. L’opportunisme politique est leur seule constance.

On se souvient, il y a juste un an, lors de la marche de la CNCD du 19 Mars 2011 à Tizi-Ouzou, lorsque ces mêmes cadres du RCD ont violemment interdit à un marcheur de brandir le drapeau amazigh.

L’un d’eux lui lança : « Ce n’est pas une marche du MAK, enlève-moi ce drapeau« . Et pourtant lors de cette marche, et d’autres marches de la CNCD et du RCD, les drapeaux algérien, tunisien, libyen et égyptien étaient tous les bienvenus. Il n’y a que le drapeau kabyle/amazigh qui y était banni.

Deux mois plus tard, Lila Hadj Arab a participé à un congrès au Caire, suite à la chute de Moubarek, sous le thème « La transition vers la démocratie dans le monde arabe« . L’Ex-députée du RCD y a lu une communication où elle n’a pas jugé important de récuser ce vocable de « monde arabe ». Pire encore, elle l’a assumé et employé elle-même plusieurs fois durant son intervention.

Quelques semaines plus tard, le 26 Aout 2011, et toujours en pleines « révolutions arabes », Saïd Sadi, alors président du RCD, a écrit une longue lettre au Comité National de Transition libyen. A aucun moment il n’a cité les amazighs de Libye, ni abordé la question identitaire, linguistique ou culturelle de ce pays (4). Pourtant, il y avait de quoi s’inquiéter pour les Berbères de Libye. En effet, quelques jours auparavant, l’organisation de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch (HRW), a publié un communiqué où elle accusait le même CNT d’exactions sur les populations berbères des mont Nefoussa. La suite on la connait, « Les Amazighs de Libye sont aujourd’hui les grands perdants de la nouvelle situation politique car, comme avant la chute du régime de Kadhafi, ils se retrouvent face à un nationalisme arabo-islamiste niant leur existence« .

Le président du RCD n’a manifesté aucune solidarité vis-à-vis de la population berbère libyenne qui subissait, et continue à subir, une oppression identitaire et une assimilation culturelle et linguistique des plus terribles. Il faut dire que le berbérisme n’était pas opportun en cette période là.

Aujourd’hui, les cadres du RCD ont constaté que « les printemps arabes » ont cédé la place à un « hiver islamiste » qui ne cesse de s’aggraver. Et ils ont surtout fini par comprendre, devant la percée du MAK, la naissance d’un état amazigh de l’Azawad et l’officialisation de tamazight au Maroc, que le printemps ne peut être que berbère. Et les voilà qui changent, encore une fois, complètement de veste et qui, à l’occasion de la marche du 20 Avril 2012, distribuent des drapeaux amazighs aux militants du parti. Un spectacle que des acteurs et des commentateurs politiques ont apprécié. Il ne faudrait pas se laisser berner pour autant. Il y a un an le RCD a tout fait pour étouffer le drapeau amazigh, se laissant porter par le vent arabe. Aujourd’hui si le RCD brandit le même drapeau c’est juste parce qu’il sent le vent berbère prendre de la puissance. C’est de l’opportunisme politique.

En 2001, la Kabylie s’est soulevé tel un seul Homme pour défier le pouvoir algérien. Le RCD, sentant alors ce vent kabyle souffler comme jamais auparavant, a activement pris part aux événements qui ont embrasés la Kabylie, notamment à travers ses députés, qui ont, à plusieurs reprises, demandé à juger les responsables de l’assassinat de 128 manifestants kabyles. La suite de ces événements, quelques mois plus tard, on la connait. Un échec cuisant pour la Kabylie et les Kabyles. Depuis, beaucoup de ces derniers ont fini par se désintéresser complètement de la politique. Et justement, les cadres du RCD, constatant cet échec et le vent kabyle qui s’est essoufflé, ne parlent plus du printemps noir ni des 128 martyrs kabyles.

Le printemps noir a disparu de leurs actions politiques. Pour preuve, dans leurs communiqués, leurs conférences et leurs déclarations à la presse autour de la marche du 20 Avril 2012, les cadres du RCD n’ont, à aucun moment, parlé du printemps noir. Ils font tout pour réduire le 20 Avril au printemps berbère de 1980 et effacer le printemps noir des références kabyles. Ils font tout pour faire oublier leur participation active au printemps noir de 2001. Mais si, demain, les autonomistes kabyles arrivent à faire réagir les tribunaux internationaux contre l’impunité qui règne autour des événements du printemps noir, le RCD, ce jour là, sans foi ni loi, dénué de tout scrupule, distribuera les portraits des martyrs kabyles aux militants du parti et les invitera à descendre dans la rue. Ce jour là, Lila Hadj Arab, qui a pris part à la marche historique kabyle du 14 juin 2001 dans sa robe noire d’avocate et qui a, 10 ans plus tard, fait « la révolution arabe » avant de réapprendre à agiter le drapeau amazigh en 2012, brandira le portrait de Massinissa Guermah et se dira, au nom du RCD, autonomiste.

C’est ainsi au RCD, sans même rougir, on change de veste et de drapeau suivant les vents qui soufflent. L’opportunisme politique est leur unique constante.

Par Muyyud

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