L’éléphant qui trempe sa trompe dans le ruisseau, sera-t-il trempé ?

Nous remarquons que l’école algérienne a formé des élèves qui confondent allégrement les sons « on » et « an ». Ainsi des commentateurs parlent de la « trompe » au lieu de la trempe d’une personne ou se demandent s’ils se sont « trempés » au lieu de tromper.

 Vous n’avez rien compris ? Pas grave, vous trouverez, ci-dessous, les significations des mots trempe et trompe.

TREMPE, subst. fém.

I. Action de tremper dans un liquide ; résultat de cette action.

A. TECHNOLOGIE

1. MÉTALL. Traitement thermique qui consiste à plonger dans un bain froid un métal, un alliage porté à haute température pour conserver à température ambiante une modification de la structure moléculaire obtenue à chaud et augmenter ainsi la dureté des aciers ou la malléabilité du bronze, des alliages d’or. Trempe de l’acier, du bronze, de la fonte ; bain, température de trempe ; donner la trempe. Les opérations de trempe et de recuit ont une grande influence sur ces modifications de structure, ce qui explique les propriétés physiques spéciales qu’elles confèrent à l’alliage (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 472).

2. Qualité de dureté, d’élasticité qu’un métal, que l’acier acquiert par cette opération. Métal, scie d’une bonne trempe. Nab et Pencroff, habilement dirigés, firent des fers de hache, lesquels, chauffés au rouge, et plongés brusquement dans l’eau froide, acquirent une trempe excellente (VERNE, Île mystérieuse, 1874, p. 141).

3. P. anal.

a) INDUSTR. DU VERRE. Action de refroidir brusquement le verre, ce qui augmente dans de grandes proportions la résistance au choc et à la flexion (PEYROUX Techn. Métiers 1985).

b) PÉTROCHIM. Brusque refroidissement d’un produit pétrolier au cours du raffinage pour arrêter une réaction chimique. (Dict. XXe s.).

B. Au fig. [À propos d’une personne, d’une qualité, d’un aspect]

1. Qualité physique ou morale, manière d’être, nature. Je devais traverser bien des années d’hésitations, d’erreurs, de luttes (…) ; à force de volonté, refondre et durcir ma trempe physique, aussi bien que morale (LOTI, Rom. enf., 1890, p. 310). Attendez-vous que cela nous intimide ? Notre lucidité est d’une autre trempe ! (VERCORS, Sil. mer, 1942, p. 74).

P. anal. Dans l’angoisse de cent nuits de la trempe de celle-ci (LAFORGUE, Moral. légend., 1887, p. 174).

Loc. De bonne trempe, de mauvaise trempe, de même trempe. Cet homme était d’une trempe naturellement si bonne, si honnête et si bienveillante, qu’il ne s’était peut-être jamais trouvé à portée (…) de reconnaître le besoin d’aucun auxiliaire qui le portât au bien, et encore moins qui l’empêchât de faire le mal (TOEPFFER, Nouv. genev., 1839, p. 191). Ismaïl pacha qui succédait à son père n’était pas de la même trempe que lui. Il suffit pour s’en convaincre de comparer les portraits des deux hommes (MORAND, Route Indes, 1936, p. 80).

2. Énergie, fermeté de caractère permettant d’affronter les épreuves, les dangers. Trempe de l’âme. C’est là que la trempe héroïque de son caractère montra toute l’énergie, toute la constance de résolution de cette âme (LAMART., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 217). La trempe chez Chateaubriand est plus forte et moins pure [que chez Bernardin de Saint-Pierre] (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 6, 1852, p. 441).

Loc. De sa trempe, de cette trempe, de la trempe de (qqn). Femme, gars, héros de cette trempe ; âme, caractère de sa trempe. Pourquoi donc est-ce toujours parmi ses ennemis (…) qu’on rencontre des âmes de cette trempe ? (DUMAS père, Fille du régent, 1846, III, 6, p. 224). [Magendie] a eu le mérite de choisir comme élève, comme préparateur, puis comme successeur au Collège de France, un savant de la qualité et de la trempe de Claude Bernard (BARIÉTY, COURY, Hist. méd., 1963, p. 660).

C. Spécialement

1. BRASSERIE

Synonyme de trempage. La trempe s’effectue en versant l’orge dans des cuves, de conceptions variables, qui contiennent de l’eau périodiquement renouvelée avec injection d’air (Industr. fr. brass., 1955, p. 4).

Méthode de brassage qui consiste à élever à la température de saccharification (70° C) puis d’ébullition (100° C) une partie de l’empâtage total (CLÉM. Alim. 1978).

2. FABRICATION DES BOUGIES. Premier jet de cire donné aux mèches (PEYROUX Techn. Métiers 1985).

3. IMPR. Action d’humecter le papier pour imprimer (PEYROUX Techn. Métiers 1985).

4. MÉGISS. Immersion des peaux dans l’eau. La trempe a enlevé à la peau toutes les matières solubles ou susceptibles d’être entraînées par rinçage ou brossage (BÉRARD, GOBILLIARD, Cuirs et peaux, 1947, p. 38).

II. Pop., fam. Volée de coups, raclée. Une sacrée trempe ; donner, foutre une trempe. Le souvenir des écoliers qui se flanquaient des trempes (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 157).

TROMPE, subst. fém.

A. 1. Instrument à vent à embouchure, constitué par un tube conique plus ou moins long, souvent recourbé ou enroulé et terminé en pavillon, dont la sonorité est puissante et grave. Trompe de cuivre, d’ivoire, de laiton ; sonner de la trompe ; souffler dans une trompe ; beuglement, mugissement de la trompe. Ils dansent (…) aux sons de vingt-trois trompes de terre ou de bois d’inégales longueurs (trente centimètres à un mètre cinquante) dont chacune ne peut donner qu’une note (GIDE, Voy. Congo, 1927, p. 729).

En partic.

Vx. Synon. de trompette. Le crieur [public] tient une trompe d’une main et un parchemin déployé de l’autre (HUGO, Cromwell, 1827, p. 97). Proclamer, publier à son de trompe. Faire une proclamation publique après avoir sonné de la trompette. Le samedi 2 avril [1757], l’arrêt principal [de Damiens] fut lu et publié à son de trompe dans soixante-et-dix places et carrefours de Paris, par le crieur ordinaire du roi (BALZAC, Œuvres div., t. 1, 1830, p. 566).

Au fig., vieilli. À son de trompe. À voix forte, à grand fracas, à grand renfort de publicité. Non, dit-elle, je trouve beaucoup trop d’affectation dans la bienfaisance faite à son de trompe (BALZAC, Muse départ., 1844, p. 113).

Trompe de chasse ou, absol., trompe. Synon. de cor de chasse (v. cor1). Trompe d’argent, de cuivre. Une nuée de piqueurs en livrée, (…) les grandes trompes passées autour du corps, sonnant dans les clairières des hallalis prolongés (FLAUB., Champs et grèves, 1848, p. 181). On joue la fanfare appropriée sur les trompes de chasse (on ne dit jamais cor de chasse). Tous les chiens, alors, « empaument » la voie, c’est-à-dire partent sur la piste (VIALAR, Rendez-vous, 1952, p. 246). V. armement ex. 4.

2. Instrument à vent très simple utilisé pour donner un signal. Trompe de corne ; trompe de berger. Le beuglement lointain des trompes de coquillages (LOTI, Mariage, 1882, p. 68). À chaque tintement électrique qui lui annonçait un train, sonner de la trompe (ZOLA, Bête hum., 1890, p. 243).

En partic.

Autrefois, avertisseur de cycle, d’auto constitué par une poire de caoutchouc munie d’une anche et d’un pavillon métallique. Coup de trompe. Le chauffeur cornait, non sans impatience. Au son de la trompe, les visages se tournaient vers l’auto (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. 169).

MAR. Trompe de brume. Instrument d’une grande sonorité employé à bord pour donner des signaux d’avertissement pendant les brumes (SOÉ-DUP. 1906). Synon. corne de brume.

B. P. anal. (de forme)

1. Partie buccale ou nasale très allongée en forme de tube.

a) Trompe (de l’éléphant). Prolongement nasal servant à la fois d’organe de préhension très développé et de pompe pour aspirer et rejeter l’eau. Synon. proboscide (v. ce mot A). Un éléphant coriace et plissé dressa sa trompe bicentenaire, comme s’il allait barrir, et simplement bâilla (DRUON, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 188). V. éléphant ex. 1.

b) Partie allongée prolongeant la tête ou le nez de certains animaux. Trompe du tapir. La petite trompe mobile [de la taupe poursuivie] frémit de fièvre et de peur (PERGAUD, De Goupil, 1910, p. 84). V. amphibie ex. 9, aromal ex. 3.

c) Chez les insectes, les mollusques, certains vers, partie buccale formée de pièces allongées, rétractile ou non, permettant l’aspiration. Trompe du moustique. Pécuchet, tenant la bestiole [un papillon] avec délicatesse, leur faisait observer (…) sa trompe osseuse qui aspire le nectar des fleurs (FLAUB., Bouvard, t. 2, 1880, p. 164).

2. ANATOMIE

Trompe d’Eustache. Conduit osseux et cartilagineux, partant de l’intérieur de la cavité du tympan, qui aboutit au rhino-pharynx et permet le passage de l’air extérieur. Son inflammation [du nez], s’étendant à la partie postérieure des fosses nasales, a vite fait de gagner la trompe d’Eustache et l’oreille moyenne (MACAIGNE, Précis hyg., 1911, p. 190).

Trompe utérine, trompe de Fallope. Chez les mammifères, conduit reliant l’ovaire à l’utérus et permettant le passage de l’ovule produit par l’ovaire jusque dans la cavité utérine. Infection, inflammation, obturation des trompes ; pavillon de la trompe. Les trompes de l’utérus, dites de Fallope, sont, dans la femme, deux conduits tortueux, dont le diamètre égale à peine celui d’une petite plume à écrire, et qui s’étendent de chaque côté de l’utérus jusqu’aux ovaires (CUVIER, Anat. comp., t. 5, 1805, p. 137). L’oocyte passe alors dans la trompe de l’oviducte, où a lieu la fécondation et le début de la segmentation (CAULLERY, Embryol., 1942, p. 98). Ligature des trompes.

3. Arg., pop. Nez, généralement proéminent. Avise-toi pas de l’ver la trompe en l’air pendant l’moment que dure la chose [les rafales de plomb] (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 229).

C. Spécialement

1. ARCHIT. Voûte ou saillie constituée par des pierres disposées en encorbellement et destinée à soutenir une construction en saillie par rapport aux murs de soutien. Problème (…) que rencontre l’architecte s’il veut inscrire une coupole dans le carré de ses murs de base ; par des pendentifs ou par des trompes d’angle, il cherche alors le passage et le raccord d’une forme à l’autre (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 214). V. pendentif ex.

2. PHYS. Trompe à eau, à mercure. Appareil dans lequel un courant de liquide (eau, mercure) ou de vapeur (de mercure) permet de faire un vide partiel (DUVAL 1959). Synon. pompe2. L’aspiration du liquide ancien se fait (…) à l’aide d’un fin trocart métallique ou en verre fixé à l’extrémité d’un tuyau de caoutchouc relié à une trompe à eau (J. VERNE, Vie cellul., 1937, p. 37). Des découvertes apparemment mineures, comme (…) celle de la trompe à eau (qui grâce à l’eau courante permet la généralisation de la distillation sous vide et de l’essorage) (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 339). V. dessus1 ex. 5.

DÉR. Trompillon, subst. masc.

a) Archit.
Petite trompe. Voici, là, à l’encoignure, cette belle maison à tourelle en trompillon, bâtie pour votre illustre compatriote, Philibert Delorme (BOREL, Champavert, 1833, p. 130). Voussoir qui forme le pôle inférieur des trompes coniques et des voûtes en coquille. La trompe est en général une voûte à intrados en fraction de cône dont le sommet est matérialisé par un trompillon (NÉR. Hist. Art 1985, s.v. trompe).

b) Menuis. Partie circulaire au milieu d’une imposte cintrée, dans laquelle viennent s’assembler les montants ou les petits bois (BARB.-CAD. 1971). [ ]. Att. ds Ac. dep. 1835. 1res attest. a) 1676 archit. (FÉLIBIEN, p. 763), b) 1872 menuis. (LITTRÉ) ; de trompe, suff. -illon (-ille*, -on1*).Retour ligne automatique
TROMPER, verbe trans.

A. Empl. trans.

1. Quelqu’un trompe quelqu’un

a) Donner volontairement une idée erronée de la réalité, induire en erreur en usant de mensonges, de dissimulation, de ruse. Synon. abuser, baiser1 (arg.), berner, duper, mystifier, posséder (fam.). Tromper qqn avec de belles paroles ; tromper un expert ; tromper qqn dans un marché ; tromper l’ennemi. Dans le commencement de mon veuvage, je faisais de véritables folies : on était obligé de me tromper pour me faire prendre quelques alimens (LECLERCQ, Prov. dram., Mme Sorbet, 1835, 6, p. 145). D’ailleurs vous êtes des menteurs. On m’avait dit qu’il y aurait une dizaine de réfractaires, et vous êtes plus de quatre-vingts. Vous m’avez trompé ! Vous avez trompé mes officiers ! (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 293).

Empl. abs. [Méphistophélès] a (…) quelque chose de doucereux auprès des femmes, parce que, dans cette seule circonstance, il a besoin de tromper pour séduire (STAËL, Allemagne, t. 3, 1810, p. 74).

Empl. pronom. réfl. Se mentir (à soi-même). Il ne faut jamais chercher la confirmation de son idée ou de sa théorie parce qu’alors on cherche à se tromper et par suite on trompe les autres (Cl. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 251). Vous ne reviendrez pas, vous ne reviendrez jamais, si vous nous quittez aujourd’hui. N’essayez pas de me tromper. N’essayez pas de vous tromper vous-même (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 253).

Empl. pronom. réciproque. Se mentir l’un à l’autre. Ils se trompaient donc l’un l’autre, triste fatalité de leur mutuelle situation, et ils s’écrivaient comme si de rien n’était (SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 90). D’ailleurs, Andrée, inutile de nous tromper l’un l’autre. J’ai trouvé un papier, un matin, dans la chambre d’Albertine (PROUST, Fugit., 1922, p. 618).

Loc. Tromper le/son monde. Faire illusion auprès des autres sur ses qualités, sa personnalité. N’est-ce pas vous (…) qui, pour mieux tromper le monde, revêtez comme votre tunique la blonde candeur de la science allemande ? (QUINET, All. et Ital., 1836, p. 109). Je me donne un air absorbé, pour tromper mon monde, mais j’écoute hypocritement le marchand de chevaux qui parle toujours (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 82).

Tromper qqn sur qqc. Faire prendre à quelqu’un une chose pour ce qu’elle n’est pas. Tromper qqn sur la marchandise, sur la qualité d’un produit. On avait trompé le maréchal de Bellune sur des amas de vivres et de fourrages (CHATEAUBR., Mém., t. 3, 1848, p. 194). Nos opérations de droite et du centre (…) contribueraient peut-être à tromper l’ennemi sur nos intentions véritables (JOFFRE, Mém., t. 1, 1931, p. 243).

b) En partic. Tromper qqn (avec qqn). Être infidèle à quelqu’un ; avoir une aventure (avec quelqu’un). Synon. trahir. Nana trompait Satin comme elle trompait le comte, s’enrageant dans des toquades monstrueuses, ramassant des filles au coin des bornes (ZOLA, Nana, 1880, p. 1453). Il ne se disait pas : « Je vais tromper Anne. Cela implique que je l’aime moins », mais : « C’est ennuyeux, cette envie que j’ai d’Elsa ! Il faudra que ça se fasse vite, ou je vais avoir des complications avec Anne » (SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p. 163).

c) [Le suj., le compl. d’obj. dir. désignent une pers. ou un animal] Induire en erreur par des ruses, des faux-semblants (pour échapper à une poursuite, déjouer une surveillance). Synon. donner le change à. Prisonnier qui trompe son gardien. Cette manœuvre (…) propre au cerf traqué (…) a, entre autres avantages, celui de tromper les chasseurs et les chiens (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 536). Il attendait le taureau et le trompa au dernier moment par un écart, dans un tonnerre d’applaudissements (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 557).

P. méton. [Le compl. d’obj. dir. désigne un inanimé abstr.] Se soustraire (à l’attention de quelqu’un). Tromper les regards de qqn. Un ancien forçat (…) était parvenu à tromper la vigilance de la police ; il avait changé de nom et avait réussi à se faire nommer maire d’une de nos petites villes du Nord (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 435). Je ne me rappelais même plus comment j’avais trompé la surveillance du poinçonneur, mais j’admettais que je m’étais introduit frauduleusement dans le wagon (SARTRE, Mots, 1964, p. 90).

2. Qqc. trompe qqn. Présenter à l’esprit une idée trompeuse ; provoquer une erreur de jugement, d’appréciation. Synon. abuser.

a) [Le suj. désigne un inanimé concr.] Le brouillard trompe les conducteurs. La vraie mer est froide et noire, pleine de bêtes ; elle rampe sous cette mince pellicule verte qui est faite pour tromper les gens (SARTRE, Nausée, 1938, p. 159).

b) [Le suj. désigne un inanimé abstr.] Témoignage qui trompe les jurés. C’est là encore une des causes nombreuses qui peuvent tromper le médecin (Cl. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 250).

Empl. abs. La mémoire, les sens trompent parfois. Les pensées trompent et mentent (MAURIAC, Journal 2, 1937, p. 176).

Locutions

C’est ce qui/voilà ce qui vous trompe. C’est en cela que vous faites erreur. Il est donc riche, votre comte ? Ma foi ! je le crois. Mais cela doit se voir, ce me semble ? Voilà ce qui vous trompe (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 580). Siegfried : Mademoiselle Éva n’a rien à voir entre nous. Zelten : C’est ce qui vous trompe, elle a beaucoup à voir (GIRAUDOUX, Siegfried, 1928, III, 2, p. 116).

Cela/telle chose ne trompe personne. Cela/telle chose ne fait illusion à personne. Mais en parlant de morale, comment ne rien dire des religions ? Ce serait une affectation déplacée : elle ne tromperait personne (SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 181). Nos mensonges ne trompent personne. Si, parfois, nous embellissons le vrai, c’est parce qu’il n’était pas assez bien, c’est parce que le manioc sans sel n’a pas de saveur (MARAN, Batouala, 1921, p. 75).

Ne pas tromper. Être un indice sûr (de quelque chose). Je réponds de la petite. Deux grands yeux languissants, cela ne trompe pas (MUSSET, Lorenzaccio, 1834, I, 1, p. 83). Certaines grâces vous sont prodiguées comme avec excès, sans mesure (…). Pour moi, ce signe ne peut tromper : le diable est entré dans votre vie (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 221).

3. Qqc./qqn trompe qqc.

a) Ne pas correspondre à ce qu’on pouvait attendre ou souhaiter de positif. Synon. décevoir. Ce résultat médiocre a trompé notre attente ; cet enfant a trompé les espoirs de ses parents. Ce dénouement trompe nécessairement la curiosité. Peut-être en est-il ainsi de tous les dénouements vrais (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 265). On n’aime point tromper la confiance vraie (ALAIN, Propos, 1921, p. 199).

b) Calmer par une satisfaction illusoire ou momentanée ; faire diversion à une situation désagréable. Synon. apaiser. Tromper sa faim, sa soif (avec /par qqc.) ; divertissement propre à tromper l’ennui. Le moment du dîner amena d’autres conversations et trompa son chagrin ; la gaieté prit le dessus (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 241). J’étais dans le grand salon noir occupé à fumer une cigarette, pour tromper ma fièvre (JOUVE, Scène capit., 1935, p. 211).

Loc. Tromper le temps, les heures, les dernières minutes. S’occuper pour ne pas trouver le temps trop long. Ils cherchaient à tromper les heures en mille sortes d’occupations, et, continuellement pressés par l’inquiétude qui les dévorait, se répandaient de tous côtés, au bois, aux courses, dans les sociétés (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 133).

B. Empl. pronom.

1. Commettre une erreur. Synon. pop., fam. se gourer, se planter. Se tromper de beaucoup, grossièrement, lourdement. Quand un acteur se trompe, le public souligne, quelquefois gentiment, comme pour dire : « Nous sommes là » (RENARD, Journal, 1901, p. 658). Une face de bon facteur qui arrive, à force de suivre son nez, à finir sa tournée sans se tromper une fois (AYMÉ, Jument, 1933, p. 294).

Locutions

Tout le monde peut se tromper. [Pour reconnaître une erreur et la minimiser] Je puis vous assurer que personne au ministère n’a défendu vos dépêches télégraphiques avec plus de suite (…). Mais enfin, tout le monde peut se tromper (STENDHAL, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 199). « Cette… méfiance, à l’égard de ton père… » « Tout le monde peut se tromper. La preuve ! » (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 722).

Ou je me trompe fort (ou…) [Pour indiquer la quasi-certitude qu’on a de qqc.] Un cavas est accroupi, un cavas rouge et or, à bonnet pointu et à grand cimeterre ; livrée anglaise, ou je me trompe fort (FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p. 81). Ou je me trompe fort, ou Marc et Philippe vont faire une maladie, tellement ils sont jaloux (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 238).

Si je ne me trompe. [Pour atténuer ou, p. iron., renforcer une affirmation] Sauf erreur de ma part. Platon (…) dans son traité de la République (…) amène sur la scène, je ne sais trop comment, un certain Lévantin (Arménien, si je ne me trompe) (J. DE MAISTRE, Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 300). J’en pourrais citer beaucoup d’exemples. En voici un qui remonte, si je ne me trompe, aux premiers temps de Justine dans notre maison (A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p. 219).

2. [Avec un compl. prép.] Se tromper dans ses prévisions, en telle matière. [Le] pardon misérable que vous ne manquez pas d’accorder à celui qui se trompe en ses calculs (BOYLESVE, Leçon d’amour, 1902, p. 151). Il lui faisait remonter tout exprès, les cinq étages sur la cour pour lui répéter une fois de plus (…) qu’il se trompait dans toutes les adresses (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 467).

En partic.

Se tromper à qqc. Être victime d’une illusion, se méprendre, en considérant quelque chose. Synon. se laisser prendre. Ne vous y trompez pas ! Qu’on ne s’y trompe pas ! On pourrait se tromper à son air innocent ; impossible de se tromper à ces paroles. Ce n’est pas assez de vouloir du bien à ceux qu’on aime, il faut qu’ils ne puissent pas s’y tromper un instant (AMIEL, Journal, 1866, p. 183) :Retour ligne automatique
Quelles que soient les variétés d’espèces qui cohabitent, quelles que soient même les différences extérieures des procédés d’adaptation dont elles usent, il y a dans toute cette population végétale un signalement commun, auquel ne se trompe pas un œil exercé. VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 7.

Loc. C’est à s’y tromper ; on s’y tromperait ; on peut, on pourrait s’y tromper. Les apparences sont telles qu’une méprise est possible. Je m’étonne (…) que vous n’ayez pas compris plus tôt que vous aviez affaire à un homme de génie. (…) On peut s’y tromper, en effet (LARBAUD, F. Marquez, 1911, p. 157). Par les seules ressources d’une peinture monochrome, il a provoqué l’illusion parfaite d’une statue équestre appliquée avec son socle contre la paroi (…). Virtuosité du réalisme ! On pourrait s’y tromper (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 170). À s’y tromper. À tel point qu’une méprise est possible. Il lui ressemble à s’y tromper. Une habile combinaison d’émail imitait à s’y tromper le plumage ocellé de l’oiseau (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p. 197).

Se tromper de + nombre. Faire une erreur numérique de. Se tromper d’un franc en rendant la monnaie. Maheu avait une montre qu’il ne regarda même pas. (…) jamais il ne se trompait de cinq minutes (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1169). Almagro, tu t’es trompé de cent ans. Dans cent ans il sera temps de prendre la charrue, maintenant c’est avec le glaive que nous devons labourer (CLAUDEL, Soulier, 1944, 2e part., 2, p. 1048).

Dans le domaine concr. Se tromper de + subst. sans art. Prendre une chose, une personne pour une autre ; faire une confusion concernant telle chose, telle personne. Se tromper de chapeau, de chemin, de direction, d’étage, de jour, de mot, de saison ; se tromper d’interlocuteur. Très-peu sensible aux choses qui nous entouraient (…), assez indifférent au cours des saisons pour se tromper de mois comme il se serait trompé d’heure (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 53). Je n’osais plus m’enchanter de ma geste future mais dans le fond j’étais terrorisé : on avait dû se tromper d’enfant ou de vocation (SARTRE, Mots, 1964, p. 135).

Loc. fig., fam. Se tromper d’adresse, de porte. V. adresse1 I A 2, porte1 I A 2 a

Dans le domaine intellectuel. Se tromper sur qqc./qqn. Faire une erreur de jugement, d’appréciation au sujet de quelque chose, de quelqu’un. Synon. s’illusionner. Vous vous trompez également sur les chiffres (HUGO, Corresp., 1862, p. 419). Dois-je vous dire, monsieur, lui répondit le directeur, parfait gentleman, que pas un de nous ne s’est trompé un seul instant sur votre personnalité (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 231).

REM. 1. Trompable, adj., rare. [En parlant d’une pers., d’un ensemble de pers.] Qui peut être trompé, trahi. Le pouvoir de la société en France, le plus indépendant et le plus frondeur des pouvoirs, a été remplacé par le pouvoir de l’opinion publique, le plus trompable et le plus servile (GONCOURT, Journal, 1862, p. 1014).

2. Trompailler, verbe trans., péj., fam. Trompailler qqn (avec qqn). Être infidèle à quelqu’un, avoir une aventure (avec quelqu’un). Elle me donne tous les jours de tels maux de tête que je suis obligée de prendre chaque fois un cachet de pyramidon. Et tout cela parce qu’il a plu à Basin pendant un an de me trompailler avec elle (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 493).

Source : Trésor de la langue française

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