Les aventures de Don Aqecut d’Illoula : « La trahison »

Nous savons combien vous êtes impatients de connaître la suite des aventures de notre berzidan, Don Aqecut pour les intimes. Nous vous livrons l’épisode intitulé : « La trahison ».

Don Aqecut ne comptant que sur lui-même, avait eu, outre l’idée du mandat d’amener, celle, somme toute assez osée, d’un complot visant son élimination physique ourdi avec la complicité de ses proches. Il avait sacrifié pour les besoins du scenario son chef de cabinet Aksil qui s’en est retrouvé tout éberlué, vite fait jeté à la rue, mis à l’index, avant même de comprendre ce qui lui arrivait. D’une crédibilité douteuse cependant, l’opération suscita des ricanements moqueurs jusque dans ses rangs. Mais il n’était pas inquiet de ce côté-là, jamais le ridicule ne lui avait fait peur. Lui, le pourfendeur des moulins à vent connaissait bien ce frère ennemi, compagnon de toujours, qu’il n’a jamais redouté. Contre le ridicule, il était immunisé, carapacé, hors d’atteinte.

Mais voilà que, en dehors de son initiative, des ministres, en particulier celui des Finances se sont mis en tête qu’ils pouvaient prétendre à un autre rôle que celui d’ornement dans le GPK. On a déjà rapporté l’événement dans le précédent épisode des aventures de Don Aqecut qui avait alors pris les devants de la fronde et mis au point une parade à la mesure du danger qui, s’il n’avait pas été rapidement jugulé, l’aurait emporté. Il avait réagi, on s’en souvient, par une mesure novatrice : le resserrement. Quatre ministres furent ainsi resserrés. Il avait inauguré une liste, la liste du resserrement, soigneusement rangée sous casque, dont il ne se sépare jamais depuis. Devant la presse, il avait justifié la sanction par un souci d’efficacité.

L’affaire était en effet gravissime. Des inconnus qu’il avait sorti de l’anonymat pour les propulser au rang de ministres du GPK payés à 3.000 euros par mois, avaient cherché à le contester ! Ont-ils oubliés, ces ingrats, qu’il a arrachés pour certains au RMI, que, dans GPK, il y avait « P » pour initiale de provisoire et que par conséquent leur statut avait la précarité attachée à ce qualificatif ? Et que lui, Don Aqecut, terreur du système algérien, n’entendait pas faire comme son ennemi d’outre-Méditerranée dont le fonctionnement du système repose sur la devise « le provisoire qui dure ». Non, chez Don Aqecut, les mots reprennent leur sens : provisoire, c’est écrit, provisoire, tu dégages ! Et les quatre ministres récalcitrants furent donc resserrés.

Il dépêche son fidèle serviteur, Sancho Pansaz, ministre de la Communication pour répondre à des questions de journalistes persifleurs, qui restaient dubitatifs devant les explications de Don Aqecut sur les attaques que des ministres ayant survécu au resserrement portaient contre Djouder qui, la veille encore était leur collègue et bras droit de Don Aqecut, son homme de confiance. Ces mêmes journalistes questionnaient aussi Sancho sur la réalité du mandat d’amener lancé contre Don Aqecut. Après avoir pris son temps, fait la sieste sous un figuier, il choisit de donner ses réponses le 1er avril, tout un symbole ! Sancho, débonnaire, y rejette toute attaque contre son ancien collègue, « détestable, Djouder ? C’est vous qui le dites », s’est-il défendu. Quant au mandat d’amener il se fait lyrique pour dire qu’il n’a jamais existé mais que cela importait si peu puisque Don Aqecut l’avait imaginé et que ça, ça valait bien plus que son existence.

Lisez plutôt son envolée en guise de réponse à la question précise :

« quelle instance a émis ce mandat et quels sont sa date d’émission et son motif ? » :

« L’instance émettrice du document : C’est celle qui a assassiné Matoub Lounes en 1998. C’est celle qui a ôté la vie à 127 des nôtres en fleur de l’âge en 2001/2002. C’est celle qui a étranglé Abbane Ramdane à Tetouan au Maroc. Sa date d’émission : Depuis 1949. Son motif : Un anti-kabylisme viscéral. Il est en ligne depuis que l’internet existe. Les mauvaises langues peuvent continuer à discourir. On dit que de tout temps, il existe ce qui font l’histoire et ceux qui ont besoin de lunette pour la lire. Retour ligne automatique
Soyons sérieux ! Ne perdons pas notre temps à chercher une quelconque preuve dans les archives d’un pouvoir capable des pires forfaitures. Rappelons-nous la séquestration de la dépouille du colonel Amirouche. N’était-elle pas enfouie dans l’enceinte même d’une caserne de gendarmerie nationale ? N’y aurait-il de preuve pour cette menace que l’incarcération ou l’enterrement de M. Ferhat Mehenni ? »

Ces réponses confondantes de niaiserie plurent néanmoins à Don Aqecut et, comme il estimait par ailleurs que toute expression du GPK prenant source hors de son auguste personne est frappée de lèse-majesté, il décida d’y répondre lui aussi. Sortant du chouari de son vieil âne une caméra, il se fit poser les mêmes questions par un serviteur qu’il a aidé à monter une agence de presse, comme il l’avait fait avec Djouder pour sa radio. Le pauvre serviteur était si terrorisé à l’idée d’être resserré à son tour qu’il en était presque inaudible. Cependant, comme Don Aqecut fut satisfait de sa prestation, tout se passa bien pour le serviteur.

Contredisant toutefois les déclarations de Sancho, il ne put s’empêcher de traiter de « calomniateur », entre deux bégaiements, le perfide Djouder qui venait d’ouvrir la voie à la trahison.

La suite dans 48 h.

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