Les Bonheurs simples (2)

Ce texte nous rappelle qu’il y a des sources de plaisir dans les petites choses et dans les grandes. Notre quotidien nous offre d’intenses satisfactions si nous savons les découvrir, ces bonheurs simples voisinent parfois avec les grandes joies, mais pour cela il importe de savoir écouter, regarder, goûter, respirer. Il y a des gens qui ont des yeux et qui ne voient rien, des oreilles et qui n’entendent pas. Sachons extraire de nos sensations et de nos pensées les éléments de bonheur qu’elles renferment, et en composer notre vie affective, comme du suc des fleurs les abeilles font leur miel.

Nous pouvons trouver dans la réalité la plus humble, dans ces spectacles quotidiens que nous ne regardons même plus, tant ils nous sont familiers, des causes de bonheur délicat et pur. Le monde enchanté de la nature, le monde magnifique de l’art nous sont ouverts ; il suffit de ne point assister les yeux clos au retour des saisons, à la splendeur des couchers de soleil, à la magie d’un ciel étoilé. Le bonheur n’est pas dans le monde qui s’offre à nous : il est en nous-mêmes, et c’est à nous qu’il appartient de le créer.

Le Gros Bonheurs se sont effondrés, dégonflés, et les enfants restent avec la fée dans le jardin féerique qui a remplacé la salle écroulée du festin. Une bande joyeuse de Bonheurs véritables entoure les enfants d’une gaie farandole.

« — Tu ne me connais pas ? » demande l’un d’eux et comme l’enfant embarrassé, balbutie : Retour ligne manuel
« — Je suis, reprend le personnage, je suis le chef des Bonheurs de ta Maison. Retour ligne manuel
— Il y a donc des bonheurs à la maison ? Retour ligne manuel
— S’il y a des bonheurs dans ta maison ! Mais, petit malheureux, elle en est pleine à faire sauter les portes et les fenêtres… Nous rions, nous chantons, nous créons de la joie à refouler les murs, à soulever les toits, mais nous avons beau faire, tu ne vois rien, tu n’entends rien… J’espère qu’à l’avenir tu seras un peu plus raisonnable… En attendant, tu vas serrer la main aux plus notables d’entre nous. Une fois rentré chez toi, tu les reconnaîtras ainsi plus facilement… Et puis, à la fin d’un beau jour, tu sauras les encourager d’un sourire, les remercier d’un mot aimable, car ils font vraiment tout ce qu’ils peuvent pour te rendre la vie légère et délicieuse… Moi d’abord, ton serviteur, le Bonheur-de-se-bien-porter… Je ne suis pas le plus joli, mais le plus sérieux. Tu me reconnaîtras ?… Voici le Bonheur-de-1’air-pur, qui est à peu près transparent… Voici le Bonheur-d’aimer-ses-parents, qui est vêtu de gris et toujours un peu triste, parce qu’on ne le regarde jamais… Voici le Bonheur-du-ciel-bleu, qui est naturellement vêtu de bleu, et le Bonheur-de-la-Forêt, qui non moins naturellement, est habillé de vert, et que tu reverras chaque fois que tu te mettras à la fenêtre… Voici encore le Bonheur-des-heures-de-soleil, qui est couleur de diamant, et celui du Printemps, qui est d’émeraude folle… Et puis, quand vient le soir, voici le Bonheur-des-couchers-de-soleil, qui est plus beau que tous les rois du monde, et que suit le Bonheur-de-voir-se-lever-les-étoiles, doré comme un dieu d’autrefois… Puis, quand il fait mauvais, voici le Bonheur-de-la-pluie, qui est couvert de perles, et le Bonheur-du-feu-d’hiver qui ouvre aux mains gelées son beau manteau de pourpre. Et je ne parle pas du meilleur de tous, parce qu’il est presque frère des Grandes Joies limpides que vous verrez bientôt et qui est le Bonheur-des-pensées-innocentes, le plus clair entre nous… Et puis voici encore… Mais vraiment, ils sont trop, nous n’en finirions pas. »(*)

(*) D’après MAETERLINCK, L’Oiseau bleu, 9e tableau. (Fasquelle, édit.)

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire