Les députés de la honte travaillent contre la Kabylie

Avec cette terrible saison hivernale et son lot de victimes et de souffrances, on pouvait penser que le président Bouteflika allait, en prenant la parole, avoir au moins un mot de compassion, à défaut d’aide, pour la population en difficulté face au froid et au manque de vivres. Que nenni, le président Bouteflika a tout benoitement annoncé la tenue des élections législatives prochaines. Bien entendu, ceux qui n’attendaient que cela pour participer à cette foire d’empoigne s’apprêtent à jouer durement des coudes en utilisant tous les moyens pour être enfin consacrés députés, ces rentiers de luxe de la république. Les députés actuels en fin de mandat se voient octroyer trois millions de dinars en guise de remerciements pour avoir acquiescer à toutes les décisions en votant toutes les lois des plus iniques et injustes comme la criminalisation des harraga à la dernière loi antidémocratique qui supprime le peu qui reste d’autonomie des organisations de la société civile.

Le plus déroutant est le comportement des candidats kabyles issus des partis RCD et FFS. Contrairement aux autres députés qui ont des trajectoires cohérentes, militant pour les mêmes valeurs que celles du système et navigant dans une idéologie arabiste, islamiste et une culture courtisane, voire féodale, les députés kabyles, au début de leur parcours de militants, ont été dans une vraie opposition en prônant des valeurs de liberté et de justice. Certains d’entre eux ont même gouté aux geôles du pouvoir. On veut bien croire que leur première participation aux législatives au début des années 90 était déterminée par leur volonté de changement politique du système à partir de l’intérieur des institutions mais année après année, élection après élection, ils ont dû comprendre que c’est mission impossible et qu’à partir de ce moment-là, ils basculaient dans la caution de ce système et entraient dans une phase de trahison des idéaux pour lesquels ils se sont battus. Ce constat fait, ils ont continué tout de même à siéger en poussant de temps à autre des coups de gueule pour amuser la galerie et faire croire à la réalité d’une démocratie parlementaire. Ils sont pathétiques dans leur contorsions à vouloir jouer encore les opposants par des actions de rue ou de publication d’écrits dénonçant des lois liberticides et la corruption tout en continuant à siéger dans une assemblée appendice du pouvoir et pourvoyeuse de ce qu’ils dénoncent. On ne sait pas si on doit rire ou pleurer de leur comportement schizophrène quand ils se font matraquer dans la rue par les forces de répression et qu’ensuite ils rentrent tranquillement siéger dans une assemblée qui permet justement l’utilisation violente de la force publique à l’encontre de manifestants pacifiques et accepter d’ être payés pour cela (Il est vrai que le RCD a décidé de geler ses activités mais seulement de les geler). Persistant à mener un double rôle d’opposition et de caution, on est étonné qu’ils ne doutent pas que la population leur accorde encore du crédit et qu’elle réponde à leurs mots d’ordre alors qu’en vérité, ils n’inspirent que mépris et dégoût.

C’est le FFS qui va y aller cette fois, lui qui n’arrête pas de nous seriner que la solution à la crise politique algérienne est l’élection d’une véritable assemblée constituante et qui reste imperturbable devant les manœuvres du pouvoir consistant à pousser à la création de multiples petits partis contrôlés par les officines et préparant à l’avance la composition de la prochaine assemblée. On ne sait pas si le RCD va rempiler après avoir froidement déclaré qu’il a découvert que les futurs quotas sont déjà prêts (lors des élections antérieures, ils ne l’étaient pas ?). S’il n’y va pas, il sera de toute façon avantageusement remplacé par l’UDR dans la fonction essentielle de danseuse du ventre du pouvoir.

Et la Kabylie dans tout cela ? Eh bien, elle n’a qu’à se débrouiller toute seule et se dépêtrer de toutes les difficultés dans lesquelles elle patauge. Les anciens et futurs députés ont autre chose à faire. A-t-on vu un député aller voir d’un plus près ses « électeurs » par ces temps sibériens ou, tiens, promettre ne serait- ce qu’un des trois millions de dinars, qu’il va recevoir, ira aux plus démunis ?

Non seulement ils n’aident pas à la résolution des problèmes des Kabyles mais ils travaillent contre la Kabylie car celle-ci est sensée être représentée par eux au parlement aux yeux des Algériens et des observateurs internationaux.

Allez, bonne ripaille, mesdames et messieurs les (des)-putes de la République !

Amastan

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