Les Kabyles, le FFS, l’islamisme, le FIS et la conscience autonomiste

Il est difficile de faire la part des choses concernant le rôle du FFS. J’accusais déjà les militants du FFS de se montrer politiquement trop gourmands. La plupart disaient que l’islamisme n’était pas un danger pour la Kabylie et qu’il ne fallait pas interrompre les élections législatives. Certains disaient que même si le FIS accédait au pouvoir, le premier islamiste qui pointerait son nez en Kabylie sera abattu. Du fanfaronnage pur et simple. Aujourd’hui, le FIS n’est toujours pas au pouvoir. Mais la Kabylie a des islamistes armés dans ses montagnes, des prosélytes islamistes dans la société qui ne se contentent pas seulement de la daäwa, mais font des pressions sur les citoyens. Tout cela en plus du pouvoir toujours en place. Que fait le FFS ? Rien !

Je ne pense pas que les Kabyles aient la moindre clairvoyance. Leur raisonnement politique est trop rudimentaire. Le discours politique est très peu élaboré. Je ne suis pas du tout d’accord pour dire que la Kabylie est politisée et fait preuve d’une meilleure conscience politique collective. Les voix qui ont saisi les enjeux à moyen et court termes sont vite étouffées par un discours capitulatif se dissimulant derrière des mots pompeux tels « paix, réconciliation, dialogue, citoyenneté, droits de l’homme, libertés individuelles, liberté d’association…« . C’est l’histoire du pécheur qui ne sait pas comment attraper une sardine et qui s’en va sillonner les océans vainement pour tenter d’accrocher une baleine au bout de sa frêle ligne.

Ferhat Mehenni et son mouvement ne cessent de me conforter dans mes opinions : l’arabo-islamisme aura raison très facilement de tous les ramollis kabyles en très peu de temps. Il alimentera ses rangs sans aucune gène, sans même montrer le moindre poing, ni le moindre couteau, encore moins verser la moindre goutte de sang. Malheureusement pour les pacifistes et dialoguistes invétérés, le peuple kabyle n’est pas seulement constitué de ramollis. L’arabo-islamisme, dans sa version « concorde nationale », se heurtera fatalement aux Kabyles (plus nombreux) qui n’ont aucun lien historique, ni idéologique, ni religieux, ni linguistique, ni philosophique avec l’arabo-islamisme conquérant. Le manque de fermeté politique et le manque de clairvoyance des élites aveugles kabyles auront forcé le peuple à se défendre avec les armes dont dispose tout peuple sans élites politiques : les armes (tout court). Ou alors je me trompe sur le compte de mon peuple.

Je disais déjà pendant le printemps noir qu’il est plus urgent de se débarrasser du GSPC en Kabylie que des gendarmes. Il y a des moments où il faut avoir le sens des priorités et de ne pas céder aux passions. Réparer les erreurs fatales d’Ait Ahmed est plus urgent que de continuer la lutte pacifique traditionnelle contre le régime d’Alger.

Résultat : Aucun gendarme n’a été traduit en justice. Le régime est toujours en place. La Kabylie est « normalisée ». Les terroristes sont toujours chez eux en Kabylie. Les investissements ne sont toujours pas là. Les mairies ne fonctionnent toujours pas. Tamazight est toujours marginalisée. La Kabylie apparaît comme une région à éviter, car infestée de terroristes que la population « couve » par son inaction et sa lâcheté.

L’armée arabo-islamique du régime investit la Kabylie et vient légitimement déloger les terroristes qui vivent et « travaillent » peinards sous l’anaya kabyle. Cela ne m’étonnerait pas que cette armée et le régime en général se montrent encore plus arrogants, plus insultants et plus méprisants avec les Kabyles, en les accusant d’abriter et d’entretenir des terroristes. Même si cela n’est pas tout à fait vrai, cela apparaît tout de même vrai. Cela suffit au régime.

La Kabylie a les terroristes, l’armée, les premiers ministres barbus, les islamistes orientaux et la misère en sus. Les élites kabyles sont toujours récupérées par le système. L’islamisme gagne les esprits et pervertit le mode de vie kabyle là où il ne trouve aucune résistance…. Des intégristes notoires viennent spécialement d’Orient sonder le terrain pour le compte des islamistes locaux et leur donner un coup de main psychologique et encourageant, sans que la population n’y trouve à redire. Le premier ministre (islamiste) ne s’occupe en Kabylie que de mosquées, de zaouyate et de l’enseignement coranique….

Les Kabyles préfèrent s’attaquer à un régime siégeant à l’ONU, reconnu et soutenu par tous les états du monde. Offrir la démocratie aux Algériens qui s’en foutent est une occupation kabyle à temps plein. Aucune trêve pour des raisons « intérieures ». Aucune parenthèse pour balayer un peu la demeure pourrie. Le « pôvoir » (prononcé à la manière militant FFS illettré mais influent) est une véritable fixation. À tel point que je me demande ce qu’il adviendra des militants gauchistes kabyles quand le régime militaro-arabo-islamiste sera remplacé par un régime islamo-arabo-militaire. Rebelote ?

C’était Boris Vian qui a dit à propos de la foi : « pourquoi déplacer des montagnes alors qu’on peut les contourner sans effort ». Pourquoi les Kabyles veulent-il faire tomber un régime dictatorial s’ils sont incapables de prendre sa place, d’instaurer la démocratie et de la faire accepter aux populations arabo-islamistes ? Pourquoi évincer un pouvoir lorsqu’il s’agit de prendre son autonomie vis-à-vis de lui ? Les Kabyles prétendent toujours pouvoir offrir la démocratie et la liberté à tous les Algériens, alors qu’ils tolèrent chez eux les pires dictateurs, les pires assassins que la terre puisse porter.

Les Kabyles galvanisés par le discours gauchiste du FFS, ont encore les échos de toutes ces belles phrases d’Ait Ahmed dans les oreilles. Fanfarons qu’ils sont, alors que leur langue et leur culture sont bannies, alors que leur situation économique est catastrophique, alors leur société est presque déconfite, ils continuent encore à faire de « l’Oppositionnite » pacifique stérile, crient à la démocratie et à la liberté pour tous les Algériens. À genoux devant le dictat terroriste islamiste, rasant les murs devant les prosélytes islamistes qui abordent leur filles et leurs garçons dans les rues, les Kabyles continuent à essayer de se convaincre que Ferhat Mehenni est un fou, un malade mental, parce qu’il leur montre ce que veulent dire réellement les mots : liberté, démocratie, dignité, honneur, développement, émancipation.

Quand j’ai vu la mère de Lounès Matoub réduite à aller chercher réconfort et vérité chez le nain président algérien, parce que les Kabyles lui ont refusé ce réconfort et cette vérité, j’ai senti mon cœur se serrer, prêt à imploser. Quand j’ai vu les aruc jouer aux apprentis diplomates mal blanchis se rendre docilement à la queue leuleu dans l’antre de la bête pour tenter de dialoguer et de négocier pour le compte des arabo-musulmans, j’ai eu un moment du mépris pour moi même. Mais la situation était si drôle que j’ai préféré en rire plutôt.

Quand j’ai vu El Qaradhawi gronder la foule silencieuse à Tizi-Ouzou, j’ai eu honte d’être Kabyle. Quand j’ai vu Khalida Messaoudi (cette femme qui nous a trompés) s’acoquiner avec la bête immonde, je m’en suis voulu d’avoir été naïf. Quand j’ai vu Ait Menguellat applaudir ce nain pour ses propos sur tamazight, je me suis dit que les plus sots parmi les arabo-musulmans sont plus forts et plus intelligents que les plus futés parmi les nôtres.

Quand j’ai vu, dans le bazar de Tazmalt, des jeunes Kabyles lécher les babouches des vendeurs barbus-missionnaires pour avoir un rabais de quelques dinars sur une camelote merdique, je me suis retenu de les traiter de petites putes.

Il est encore temps que nous relevions la tête. Il est encore temps d’être clairvoyants et prévoyants pour éviter que le sang de nos jeunes valeureux ne soit monnayé par des prostituées politiques avides de matériel et de strapontins politiques ou avides d’assouvir leur vengeance personnelle contre le pouvoir.

Il est temps de se montrer lucide. Il est temps de cesser de brader quinze siècles de résistance pour un confort matériel que les Kabyles n’auront jamais sous l’aile arabo-islamique. Il est temps de cesser de troquer notre honneur et notre dignité contre une sécurité que nous n’aurons jamais de toute façon de cette manière.

Arilès

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