Les premiers timbres de la République algérienne

C’était il y a 50 ans, le 1er Novembre 1962

Beaucoup de mystères planent encore sur l’émission du premier timbre algérien ce fameux timbre 1+9 de l’Algérie indépendante, sur lequel tout était en arabe, y compris les chiffres, timbre émis le premier novembre 1962 et qui est considéré comme l’un des plus rares de cet État. Une chose est certaine, contrairement a ce qui a été dit et écrit (premier article dans le lien), ses premières ventes ont eu lieu durant toute la journée de ce jour là du 1er novembre 1962 à la grande poste d’Alger et non seulement après 17 heures comme stipulé par des officiels, ayant acheté moi-même la série complète des 5 premiers timbres en plus du « 1+9 » émis ce jour-là. Amacahu !

C’était en ce 1er Novembre 1962, un jeudi exactement jour de la Toussaint mais aussi cet anniversaire (le 8e) du déclenchement de la guerre d’indépendance pour laquelle il y a eu tant de morts et oh combien d’entre eux de simples innocents.

Le premier défilé organisé officiellement a eu lieu, à cette date, au centre de la ville, du Champs de Manœuvre (place du 1er Mai), à la place du Gouvernement (des Martyrs) via le boulevard Baudin (boulevard Amirouche) et avec la tribune officielle à l’ex-square Guillemer (n’existant plus ?) face a la place de la grande poste. L’itinéraire était le même que lors des parades faites à Alger sous le régime français d’avant l’indépendance.

Le défilé militaire en lui même était simple avec quelques véhicules légers dont une auto-blindée. Bien loin de tous ces blindés de l’armée française que certains de nous avions connus par le passé. Le seul char d’assaut que l’on a vu, est arrivé, très en retard après la fin du défilé via la route moutonnière et la rampe Tafourrah et allait remonter à contre sens le boulevard Baudin, si un “des officiels” gradé ne l’avait arrêté pour ordonner au conducteur de faire demi tour… ce qu‘il a fait non sans avoir ruiné toute l’asphalte du carrefour qui avait été refaite à peine un mois auparavant.

Lors de cette parade symbolique et il y avait évidemment beaucoup de combattants, certains en “kachabia”, d’autres en uniformes quadrillés ainsi que des combattants handicapés sur des chaises roulantes poussées par des infirmières vêtues de blanc. Il y avait aussi des Touareg montés sur des chameaux, en costumes traditionnels, qui contrastaient avec le défilé de femmes en “haik” blanc. Le tout se passait sous de chaleureux applaudissements. Sans oublier les « you-you » classiques et stridents, bien caractéristiques de chez nous, que je n’ai hélas pas eu l’occasion d’enregistrer car je pense qu’ils étaient un peu spéciaux ce jour là.

Je me souviens qu’après le défilé, juste en début d’après midi, je suis passé avec un ami devant la grande poste qui était ouverte et ce à notre grand étonnement car c’était un jour férié.

Nous nous sommes aperçu une fois a l’intérieur, que des préposés vendaient, des timbres spéciaux émis pour la première fois avec cachet du “premier jour“ anniversaire du 1er Novembre 1954, jour du début de la révolution.

Je dois avouer que j’ai beaucoup hésité à dépenser autant d’argent (plus de 10 NF soit l’équivalent de plusieurs  » tickets repas » du restaurant universitaire à 1.25 NF l’unité à l’époque). J’étais étudiant et je ne savais pas quand et surtout si le nouvel État renouvellerait ma bourse d’études supérieures, à la faculté des sciences appliquées, d’autant plus que je n’y avais plus mis les pieds depuis décembre 1961 et donc « donné « comme bon redoublant.

Ces timbres étaient en fait les premiers de l’Algérie indépendante, contrairement a ceux qui portaient la surcharge “E.A” pour « État Algérien » après juillet 1962 et je me rappelle que j’avais bien aimé ces 5 timbres avec “République algérienne“ imprimé dessus et n’ai eu aucune hésitation à acheter toute la série.

Quant au fameux timbre avec 1+9, je n’étais pas très emballé à la vue du croissant et étoile rouges, totalement décalés, et surtout son prix (10 NF) d’autant plus que tout était en arabe que je ne comprenais pas. Pourtant, je l’ai ajouté a la collection (que j’ai toujours précieusement gardée depuis), sans savoir au début sa signification et avec tout ce qui a suivit comme malheurs a tant de millions de gens nés en Algérie, non Arabe, non musulman ou les deux à la fois comme moi.

Et oui qui allait dire, en ce temps, que ce timbre « délavé » avec son croissant et son étoile rouges totalement décalés, était en fait bien une vision du futur de notre pays, représentée par cette vue du continent africain, depuis l’intérieur d’une mosquée esquissée par 5 arcs-boutants d’un portail dont une partie prend appui sur la péninsule arabique.

Le présage était pourtant là et bien évident puisque l’Algérie allait devenir un État arabe et musulman officialisé par la première constitution de la République algérienne signée, 11mois plus tard, en date du 10 Septembre 1963 avec tout ce qui a suivi par la suite pour arriver, après moins de 50 ans, à devenir un califat.

« Ala win ijerven ar ad’ yini ḥllil »

Souvenirs… souvenirs … souvenirs de ce 1er jour de Novembre 1962 !

Ǝ-Miƨƨ Ṁuḥend Ṻjaεƒer

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