Les raisons de boycotter les élections algériennes du 9 avril

Seconde partie

Par un patriotisme biscornu, le peuple est prié de faire, au moins, semblant d’être stupide et ignorant en offrant un bain de jouvence à une mise en scène électorale complètement sénile en allant voter massivement pour le président si possible, pour les lièvres, c’est égal ; le résultat étant l’affaire de la magie de l’urne algérienne ! L’objectif recherché : faire d’un travestissement électoraliste, une volonté populaire pour les besoins de l’éternelle tromperie à vendre à l’opinion internationale à travers les objectifs des caméras de journalistes et autres agences de presse étrangères. Dit simplement, le pouvoir se rappelant de la gifle de l’abstention historique des législatives de mai 2007, tente le tout pour le tout pour éviter une abstention plus importante qui se dessine déjà et qui l’effraie plus que tout, car, une fois encore, ce ne sont pas des lièvres qui ne sont là que pour empocher, au moins, les 15 millions de dinars – subvention de l’Etat à la campagne de chacun d’eux – qui risquent de changer le nom du vainqueur de cette présidentielle que tous les algériens, y compris ceux qui sont six pieds sous terre, connaissent déjà depuis, au moins, le 12 novembre 2008.

Parce que c’est durant les deux derniers mandats que la mémoire collective, avec ce qu’elle a de glorieux, avait subit des attaques humiliantes par des tentatives éhontées de réduire à néant les symboles et les repères historiques tels que le cerveau de la révolution algérienne et l’architecte du congrès de la Soummam, Abane Ramdane en l’occurrence, attaqué et insulté en toute impunité par des hauts responsables de l’Etat (Kafi, Ben Bella,…), Ce même Ben Bella s’est vu offrir une année après, excusez du peu, un stupide prix honoris causa de la mémoire délivré par un haut lieu, symbole et repère du combat identitaire qu’est l’université de Tizi-Ouzou ; opération rendue possible par la complicité et la compromission de certains membres du conseil dit scientifique de la faculté dont certains anciens militants de la cause identitaire mais aussi par les hautes autorités dont le ministère de l’enseignement supérieur et Bouteflika lui-même.

Parce que la wilaya de Béjaïa, à titre d’exemple et selon une source généralement non fiable, Belkhadem en l’occurrence, n’avait bénéficié que de 110 milliards de dinars en 10 ans, ce qui est l’un des plus faibles montants sachant que, selon Ouyehia qui s’exprimait depuis Larbaâ, une entreprise privée en faillite avait bénéficié à elle seule de près de 70 milliards de dinars.

Parce qu’un président sanctionne la Kabylie pour irréductibilité en la privant de projets structurants pour l’enfoncer dans la pauvreté et la précarité et en la boudant depuis 2001. Contrairement à d’autres régions, la Kabylie n’a bénéficié d’aucune grande infrastructure. Ni hôpital, ni autoroute, ni logements location-vente… En revanche et au moment où la seule wilaya de Tizi-Ouzou détient la moitié des 15000 mosquées qui existent en Algérie, près de 1000 projets de nouvelles mosquées sont octroyées à cette région qui souffre d’un chômage endémique, d’insécurité, de pollution, de bureaucratie, d’anciens hôpitaux répugnants et trop exigus pour faire face aux besoins des citoyens, d’absence quasi totale d’infrastructures sportives et culturelles…

A Béjaïa encore, les 10 ans de Bouteflika ont quand même offert aux bougiotes… un pénitencier de 1500 places construit sur une terre agricole fertile à Oued-Ghir. Dénoncer une telle injustice est pour le pouvoir du régionalisme !

Parce que l’administration prend ostentatoirement en charge les activités d’un président-candidat-déjà-élu feignant d’oublier qu’il n’est en principe qu’un candidat qui ne devrait bénéficié d’aucun privilège par rapport aux autres candidats, fussent-ils des lapins. Pourtant, l’argent des algériens coule à flot, attisant les appétits les plus vils, banalisant la corruption qui se déploie avec ostentation sur la place publique où se côtoient les chômeurs, les mendiants, les prostituées, les dealers, les délinquants, les professionnels de la « brosse » et les citoyens médusés, outrés mais résignés.

Reprenant les vieux réflexes archaïques, cette même administration importe même une population, en majorité des militaires et autres éléments des forces de sécurités qui sont hébergés dans des internats des centres de formation professionnelles dont certains ont été forcés de renvoyer leurs stagiaires internes durant la campagne électorale pour libérer les lieux à ceux qui auront pour mission d’applaudir le président-candidat-déjà-élu et de donner l’impression d’une adhésion populaire factice, érigeant ainsi le mensonge et la mystification en principes et la tyrannie en promesse centrale pour les années à venir.

Boualem Sansal a résumé, avec le talent qu’on lui connaît, la campagne burlesquissime de Bouteflika : « …il y a la campagne électorale. Le président-candidat-déjà-élu l’a engagée avant l’heure et la mène comme un sultan fatigué visite ses provinces. Il débarque avec sa police et ses chaouchs (huissiers), dit trois mots au petit peuple, distribue de l’argent, chapitre les pouvoirs locaux honnis des indigènes, inaugure deux-trois vieux trucs repeints à neuf, offre un grand couscous aux nécessiteux, et repart tremblant de fièvre. La télé fera le reste, elle est très équipée pour les superproductions. Au journal télévisé de 20 heures, ce sera Barack Obama puissance 2. »

Parce que 10 ans après la grande promesse de « ramener la paix », le « terrorisme résiduel » frappe tous les jours et endeuille encore des familles algériennes malgré l’amnistie contraire à la morale et au droit international décrété en faveur des criminels passibles de la peine de mort encore en vigueur en Algérie. Ainsi, rien que pour les 24 et 25 mars dernier (cette contribution a été rédigée le 26 mars) et sans compter les attaques non médiatisées, pas moins de 03 attentats terroristes furent perpétrés dont le premier, à Biskra où deux militaires ont été tués et un autre blessé suite à l’explosion d’une bombe enfouie sous terre au moment du passage d’un convoi militaire dans la commune de Meziraâ, ceci et au moment où, à Lakhdaria, dans la wilaya de Bouira, un groupe terroriste faisait une incursion dans le village de Dramcha qui n’est pas à sa première incursion terroriste. Le lendemain, un autre groupe terroriste a pris pour cible le commissariat de police des Ouacifs , dans la wilaya de Tizi-Ouzou…

En outre, parce qu’avec 140 milliards de dollars « déclarés » de réserves de change, l’Algérie est toujours en panne. Le chômage touche de plus en plus d’algériens. Le filet social et le pré emploi qui surexploitent des milliers de jeunes qui s’accrochent désespérément à des emplois aussi éphémères que sous-rémunérés, constituent de fausses solutions qui ne garantissent aucun avenir aux bénéficiaires qui se retrouvent, en sus et le plus souvent, faisant le travail des permanents. Aussi, les bénéficiaires de ces dispositifs sont-ils étrangement pris en considération en tant que non chômeurs lors de l’évaluation, du reste approximative, du taux de chômage !

L’Algérie est indéniablement en panne en raison de la non gouvernance dans laquelle Bouteflika et ses alliés l’ont installé en 10 ans d’immobilisme politique. En plus du chômage et de la pauvreté qui frappent de plein fouet la majorité des algériens, le pays évolue dans une totale dépendance alimentaire puisque durant le dernier mandat du président-candidat-déjà-élu, les importations dans ce domaine ont été multipliées par trois. « C’est une situation extrêmement dangereuse » selon le ministre Abdelhamid Temmar et c’est justement ce genre de « situations dangereuses induites par les 10 ans du règne bouteflikien que Temmar et consorts vont pérenniser le 09 avril prochain.

L’Algérie qui « sort » de 10 ans d’oligarchie, est un pays navigant à vue de nez et complètement abandonné dans une non-gouvernance endémique. Ses institutions frissonnent, comme à l’ère des années de plomb, aux pulsions du monarque, lui obéissant au doigt et à l’œil. Une énième violation de la constitution a eu lieu le 12 novembre 2008 et permettra au président-candidat-déjà-élu actuel de briguer un troisième mandat synonyme d’une présidence à vie. Il faut rappeler que la constitution de 1996 limitait le nombre de mandats présidentiels à deux à travers son défunt article 74. Il y’a lieu aussi de rappeler qu’aucune vie politique notable n’est autorisée depuis plusieurs années, notamment depuis l’intronisation de Bouteflika en 1999.

L’université algérienne, abandonnée par une bonne partie de sa substance professorale et estudiantine installée en Europe et en Amérique du nord, quand le peu qui reste se voit écrasée par un environnement malsain et inhibiteur, n’est plus qu’un agrégat de misère, de médiocrité et de contre-performance. Ainsi et contrairement aux mensonges de la campagne électorale, c’est une université algérienne qui caracole tristement en queue du peloton selon les classements des plus brillantes universités dans le monde, conçus par le très sérieux Observatoire des activités académiques et scientifiques et de publications sur le web (Webometrics) et l’Institut d’enseignement supérieur de l’université Jiao Tong de Shanghai : 39e place au niveau africain au moment où le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, la Tanzanie et autre Sénégal passent devant et raflent les meilleures places. L’Afrique du Sud, à elle seule, a réussi à placer 8 universités aux premières loges. Au classement international, les chances pour l’Algérie d’y figurer sont pour ainsi dire nulles. Sur les 1000 établissements universitaires en lice, aucune université algérienne n’a eu droit de citer. Sur les 7.000 universités en concurrence, l’université algérienne arrive à la… 6.995e position !

L’école algérienne prise en otage par le même système, est devenue un laboratoire où nos enfants servent de cobayes pour des expériences menées non pas par des pédagogues mais par des politiciens sans scrupules qui y assassinent l’intelligence au moment où les enfants des dirigeants fréquentent les prestigieuses écoles d’Europe et d’Amérique.

La culture quant à elle, vivote dans des conditions où seule l’allégeance fait office de condition sine qua none pour se voir admis dans les manifestations où il est plus question de zerda et de corruption que de culture. La mauvaise santé de la culture peut se vérifier dans un pays qui comptait à la fin de la guerre, en 1962, plus de 400 salles de cinémas opérationnelles et qui n’en compte plus aujourd’hui qu’une dizaine de salles souvent réduites à des projections vidéo ! Vous avez dit culture ?

Parce que tous les jeunes, y compris ceux qui ont un emploi stable, désemparés et vidés de leur sève, ne croyant plus à la culture du mensonge d’un régime répressif, rêvent de partir définitivement de leur pays qu’ils aiment pourtant profondément mais pour lequel ils ne se sentent guère utiles. Partir n’importe où et n’importe comment, pourvu que l’on quitte au plus vite ce pays qui semble honni… Voilà le royaume en haillons légué à la jeunesse d’aujourd’hui par 47 ans de l’indépendance confisquée par un pouvoir gangrenée par la corruption et le tribalisme et par 10 ans d’une gestion bazardeuse.

Les seules performances de l’Algérie de Bouteflika restent son classement parmi les 10 pays les plus corrompus du monde et sa présence parmi les pays les moins respectueux des droits de l’homme et de la liberté d’expression comme le prouve le nombre insondable de journalistes traduits en justice… Un seul mégaprojet du reste improductif, la grande mosquée en l’occurrence, qui dévorera un budget initial de pas moins de 03 milliards de dollars, l’équivalent de centaines d’usines ou de milliers de logements, témoignera pour les générations futures, de leur absence totale des préoccupations de nos dirigeants d’aujourd’hui. A propos, où est le million de logements promis en 2004 quand la crise du logis était moins aigue qu’elle ne l’est aujourd’hui ?

Parce qu’après 10 ans d’une politique d’improvisation, l’Algérie n’attire pas plus de touristes que durant les années 90 puisque annuellement, près d’un million de visiteurs seulement, dont la moitié sont des algériens établis à l’étranger, choisissent la destination Algérie, contre 08 millions de touristes pour le Maroc et 07 millions pour la Tunisie. La crédibilité et la sécurité d’un pays donné se mesure aussi par le volume de sa fréquentation par des touristes étrangers.

Quand 45 milliards de dollars sont débloqués par l’Union Européenne pour permettre aux 15 nouveaux pays membres qui viennent de la rejoindre, de rehausser leurs économies respectives au niveau de celles de l’Allemagne et de la France et que 140 milliards de dollars déclarés sont incapables de redresser l’économie d’un seul pays de 36 millions d’habitants, y’a pas photo, l’heure est plus que grave et la continuité est un péril en soi.

Parce que M. Bouteflika a reconnu lui-même, le 23 juillet 2008, qu’il s’était « trompé de chemin » et que toutes ses politiques avaient « échoué ». Malgré cet aveu d’échec des plus disqualifiant, le pouvoir, à travers la candidature de Bouteflika, renouvelle la politique de l’échec et il se trouve même des courtisans qui louent les « indjazates » imaginaires du président, reprises en chœur par une meute d’opportunistes, de corrompus, de délinquants et de lèche-bottes qui ne sont mus que par « la récompense » que sa majesté aurait promise à tout sujet qui aura fait preuve de dépense d’énergie et de lèche répréhensible pour tenter d’effacer l’échec flagrant du système politique algérien en général et de « l’aveu d’échec » de Bouteflika lui-même.

Aller voter le 09 avril dans ces conditions, c’est cautionner cette dérive dangereuse et c’est admettre la misère qui en découlera demain et qui plongera le pays dans le chaos qui en résultera d’une gestion dépassée qui se consolide par la corruption, l’improvisation, l’ostracisme et le tribalisme, la répression et l’injustice, la promotion de la médiocrité et la mise à l’écart de la compétence…

Parce que, aimer profondément son pays et être digne et responsable envers les générations futures, être soucieux du bien-être de sa patrie et de son évolution dans le sens de l’histoire, être un patriote et accomplir son devoir citoyen, c’est ne pas permettre à ces gens qui nous gouvernent avec mépris, d’exploiter notre attachement viscéral à ce pays en acceptant de légitimer la prochaine bouffonnerie électorale. Ne pas voter le 09 avril est plus que jamais un acte de dignité et de patriotisme.

Allas Di Tlelli

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