Les réactions déterminent les révolutions (X)

Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle

La pensée réactionnaire, que le peuple ne l’oublie jamais, a été conçue au sein même du parti républicain, par des hommes que les souvenirs d’Hébert, de Jacques Roux, de Marat, épouvantaient, et qui, en combattant des manifestations sans portée, croyaient de bonne foi sauver la Révolution. C’est le zèle gouvernemental qui, divisant les membres du Gouvernement provisoire en deux camps ennemis, conduisit ceux-ci à désirer contre la révolution une grande journée, afin de régner par l’éclat de la victoire ; ceux-là, à préférer le déploiement d’une force supérieure, les diversions de la politique et de la guerre, afin de ramener le calme par la fatigue et la stérilité de l’agitation. Se pouvait-il autrement ? Non, puisque chaque nuance, prenant son emblème pour celui de la vraie république, se dévouait patriotiquement à l’élimination de ses rivales, réputées par elle ou trop modérées ou trop ardentes. La Révolution ne pouvait manquer d’être prise entre ces cylindres : elle était trop petite alors, et placée trop bas, pour être aperçue de ses redoutables gardiens.

Aussi, lorsque je rappelle ces faits, ce n’est pas pour le vain plaisir de stigmatiser des hommes, plus malavisés que coupables, que le cours des choses me paraît ramener au Pouvoir ; c’est afin de leur remettre en mémoire que comme la Révolution les a usés une première fois, elle les userait une seconde, s’ils persistaient dans la voie de méfiance et de dénigrement occulte qu’ils ont d’abord suivie vis-à-vis d’elle.

Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851

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