Les réactions déterminent les révolutions (XXVI)

Voilà, en résumé, par quelle politique, par quel ensemble de mesures à la fois organiques et répressives la réaction, si elle veut être logique et suivre 10jusqu’au bout sa fortune, doit continuer son entreprise. C’est une régénération sociale qui, reprenant la civilisation au quatorzième siècle, recommence la féodalité à l’aide des éléments nouveaux que fournit le génie moderne et l’expérience des révolutions. Hésiter, s’arrêter à moitié chemin, c’est perdre honteusement le fruit de trois années d’efforts, et courir à un désastre certain, irréparable.

Y avez-vous réfléchi, réacteurs ? Avez-vous calculé la force acquise sous cette pression de trois ans par la Révolution ? Vous êtes-vous dit que le monstre avait poussé ses ongles et ses dents, et que si vous ne venez à bout de l’étouffer, il vous dévorera ?

Si la réaction, comptant sur la sagesse du pays, attend 1852, elle est perdue. Sur ce point tout le monde est à peu près d’accord, dans le peuple et dans le gouvernement, parmi les conservateurs et les républicains.

Si elle se borne à proroger les pouvoirs du président, elle est perdue.

Si, après avoir prorogé par un même décret les pouvoirs de l’Assemblée, elle conservé la loi du 31 mai et le suffrage universel, elle est perdue.

Si elle laisse dans le pays les cent mille républicains socialistes les plus énergiques, elle est perdue.

Si elle abandonne l’armée à son mode de recrutement et à sa faiblesse numérique actuelle, elle est perdue.

Si, après avoir recréé la caste militaire, elle ne reconstitue suivant le principe féodal l’industrie et le commerce, elle est perdue.

Si elle ne rétablit la grande propriété et le droit d’aînesse, elle est perdue.

Si elle ne réforme dans son entier le système d’enseignement et d’éducation publique, si elle n’efface de la mémoire des hommes jusqu’au souvenir des révolutions passées, elle est perdue.

Si, pour payer les dépenses qu’entraînent de si grandes choses, elle ne double l’impôt et ne réussit à le faire payer, elle est perdue.

De toutes ces mesures indispensables, dont une seule omise vous replongerait aussitôt dans l’abîme, pouvez-vous essayer seulement la première ? Oseriez-vous notifier au peuple cette résolution inconstitutionnelle : Louis Bonaparte est prorogé dans ses pouvoirs ?

Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851

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