Les romans qui n’ont jamais été écrits

Aux Éditions Jamais lus

C’était un jour comme les autres, le soleil s’était levé à l’Est pour se coucher à l’Ouest. Une fenêtre s’ouvrit sur un fil à linges où des moineaux baisaient sous le regard du vertige. Plus bas, des fourmis mal réveillées assuraient le transport clandestin des voyageurs qui ne partaient nulle part. A l’horizon, le ciel finissait comme une toiture suspendue par la pollution. Étalées sur le balcon, des vieilles couvertures recouvertes de sperme sans plomb et de l’odeur de la sueur. Un homme en slip vert recouvert d’auréoles d’eau de javel, les pieds nus et mal rasé fumait une cigarette de la main gauche et se grattait les couilles de la main droite. Il sortit sa main, la sentit pour un moment et fit une grimace qui retira la clôture qui entourait son visage. Il la remit en persistant sur la racine de son pénis et la ressortit en examinant le contenu : des boulettes noirâtres à la mode de la saleté de l’année dernière. Il les pétrit de ses doigts et les jeta du balcon et celles-ci atterrissent sur le capot d’un taxi en direction de Ain Defla. Il tira sur sa cigarette à plusieurs reprises et exhala une fumée qui repartit se coucher. L’homme se dandina vers la table de la salle à manger en prenant soin de relâcher son slip enfouie dans la rayure de ses fesses recouvertes de poils noirs et gris anarchiquement disposés.

Il s’assit sur une chaise à trois pieds dont une pile de livres formait le quatrième pied. Il saisit une tasse de café posée sur un livre recouvrant un titre dissimulé par les taches de café et des lentilles du mois dernier que sa défunte avait préparées. Il alluma une cigarette et tira une longue bouffée comme la dernière cigarette d’un condamné à mort et la posa sur le livre qui lui servit aussi de cendrier. A ce moment, le nom de l’auteur apparut vaguement d’un mouvement ondulatoire : Karim Akkouche. Le « ouche » semblait vouloir fuir le « Akk » laissant le titre bien que presque illisible pouvant être deviné comme une mauvaise charade : Allah au pays des enfants perdus. La chaise bascula ce qui sembla l’énerver. Il saisit le chef-d’œuvre de la table et le plaça sur la pile en laissant couler un sourire de satisfaction. Il sembla heureux d’avoir enfin trouvé une utilité quelconque au chef-d’œuvre.

Soudain, au seuil de la porte de la chambre à coucher apparut une femme à moitié nue et qui ressemblait à un dessin d’enfant de maternelle. Elle portait une nuisette dont la couleur devait être noire sur l’étalage du magasin et qui était maintenant gris béton armé. Au bas de son ventre et au niveau de son vagin, la nuisette laissait filtrer la lumière sur un pubis ressemblant à une jungle bolivienne au milieu d’une guerre civile. Les poils étaient fatigués de pousser et s’étaient maintenant allongés et remontaient vers son nombril qui était de la taille d’une assiette parabolique orientée vers Vomitsat. Ayant trouvé un terrain fertile, les poils poussèrent en rond et en riant formant ainsi un marécage pour des morpions sans laissez-passer. La nuisette dégarnie au niveau du vagin s’apparentait à des barreaux verticaux d’une prison pour athées au sud de l’Iran. Accrochés désespérément à ces barreaux, on pouvait discerner des petites mains de spermatozoïdes tenant une banderole sur laquelle était écrit : « plutôt mourir que de la féconder ! » Tandis que les autres tentaient vainement de s’échapper. Elle avait les jambes très fines comme des manches à balai soutenant des hanches qui partaient dans toutes les directions comme un tas de sable. Sa poitrine était mal formée comme le guidon d’une bicyclette accidentée. Son sein gauche était long avec au bout un mamelon qui portait un sombrero. Il semblait indépendant de sa poitrine car il utilisait les poils de ses dessous bras comme une botte de foin sur laquelle il s’adossait. Autour du mamelon, un poil solitaire qui jouait à cache-cache dans les sillons de ses vergetures. A la fin de ces vergetures, un pont suspendu et gardé par deux verrues permettait de traverser vers le sein droit. Celui-ci était oblong à la racine, rond au milieu et carré au niveau du mamelon. A la place du mamelon, il y avait un tunnel en plein travaux et des vendeurs de torches à la sauvette sur chaque côté. Son visage était doux mais parsemé de pentes et de trous comme un terrain spécialement aménagé pour une course de cross-country. Des petits yeux innocents et maladroits surplombant un nez crochu ; qui lui-même était relié à une paire de lèvres qui avait le charme d’un sécateur, le tout ramassé par un menton qui n’a rien à envier à l’angle d’une bretelle d’autoroute.

Je disais au début que c’était un jour comme les autres parce que le soleil se levait toujours au même endroit et se coucher ennuyeusement à la même place. Mais chaque jour apportait son quota de problèmes. Le téléphone sonna et l’homme retira temporairement les yeux de sa dulcinée ou de sa mal- dessinée, qu’importe. Il prit le téléphone et figurez-vous que c’était les boulettes de saleté noirâtres retirées de ses couilles qui l’appelèrent de Blida où elles ont sauté du capot du taxi sans payer. Quelqu’un leur avait soufflé que le taxi se dirigeait vers Ain Defla.

Hmimi O’Vrahem

 

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