Lettre de soutien à Kamel Daoud…

Cher Monsieur Daoud,

Je suis consterné d’apprendre que vous avez reçu des menaces de mort. Cela ne devrait plus se faire à notre époque. On a réussi à abolir la peine de mort, mais jamais les menaces de mort. Il faudra un effort commun avec toute l’humanité afin d’œuvrer à radier ces menaces de notre société. Mais laquelle ? Parce que les menaces de mort sont monnaie courante dans la société arabo-musulmane. Après avoir égorgé des bébés, tiré sur des adolescents en plein jour, on peut s’attendre à tout dans ce pays. La Kabylie en fait les frais depuis la « dépendance » de ce pays. L’Algérie est un bateau qui a commencé à couler depuis 1962, on vient juste de se mouiller les pieds. Une épave avec les rats qui s’enfuient, les marins qui chantent « qassaman » ou « one two three viva l’Algerie », avant de se noyer.

Le malheur d’être Algérien, c’est de valoir autant qu’un chewing-gum mâché et jeté dans le quartier de Bab a Darb à Biskra. Chaque citoyen est un surplus dans notre pays. La stratégie de produire des intellectuels arabes a failli misérablement. La société algérienne n’a réussi à produire que des poches et des gens qui les remplissent. L’intellectualisme et la langue arabe sont comme les vers et le sel, ils ne peuvent jamais coexister au même endroit et au même moment. C’est pour cela que l’intellectualisme passe d’abord, et la langue arabe le suit derrière avec quelques siècles de retard, elle fait encore ses lacets. Pardon de faire ce détour, mais il est nécessaire de chercher l’origine de ce barbarisme. Cette culture de la mort, de la corruption, de la destruction, du despotisme, du dogme religieux traduit correctement par les islamistes qu’on accuse de fanatiques. Le barbarisme de la culture arabe comme à sa glorieuse apogée. Elle n’est certainement pas taillée pour un monde qui évolue et qui respire la liberté sans faire effusion de son sang.

Je vous admire, car vous avez la chance de mourir pour ce que vous croyez et votre pays. Peu de gens ont eu le privilège de savourer cette chance à l’avance. Je pense notamment à Said Mekbel, Tahar Djaout, Mouloud Mammeri et quelques autres. On ne les a pas menacés, on les a exécutés. Il n’y a jamais eu d’enquêtes ou même de contre-enquêtes. On n’a jamais su, mais, je suspecte le général… Toufik. Ce monsieur est aussi légendaire que Caïn chez les athées mal intentionnés.

Les mauvaises langues s’étalent dans toutes les directions. Certains disent que c’est un « stunt » pour polir son image d’écrivain persécuté ; d’autres sont convaincus que l’Algérie ne peut pas assassiner Kamel Daoud, simplement parce qu’il n’a pas gagné le Prix Goncourt ; et les derniers affirment qu’il écrira son prochain livre d’un appartement parisien sous le statut de : « réfugié politique ». Je ne crois à aucune de ces pures spéculations, surtout la dernière. Je sais que vous aimez votre pays et que vous ne le quitterez jamais, même au prix de votre vie. E puis, vous n’êtes pas assez idiot pour décevoir ces hordes d’admirateurs qui savent pertinemment que vous n’allez pas le faire. Je suis de ceux-là ! Moi-même, je crois sincèrement en votre courage. Une vieille dame me ronfle près de moi que votre prochaine œuvre s’intitulera : « une question de vie ou de mort ». Rassurez-vous, je ne l’écoute pas.

Je veux simplement finir en vous apportant mon soutien inconditionnel. N’ayez pas peur ! Nous sommes tous…derrière vous. Cela ne serait peut-être jamais arrivé sous le temps de Houari Boumediene. Il était contre l’assassinat d’intellectuels en public. Enfin, la culture arabo-algérienne nous a donné notre propre… Socrate.

Bonne chance !

Hmimi O’Vrahem

Admirateur et éleveur de poules– Bejaia

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