L’homme ce symbole !

« Tout un symbole, que ce soit un homme qui prend à son compte le combat des femmes ! ».

Cette phrase est issue d’un commentaire publié par un monsieur dont j’ignore tout de lui, sur un site à vocation de réseau social…
Il répondait à un autre monsieur, qui se positionne clairement pour la liberté des femmes.
Cette phrase m’a interloquée, remarquez vous allez me dire, « depuis ton Tmeenic, tout te dérange ma grosse-cocotte ».
En fait, c’est essentiellement la structure même de la phrase et l’idée qu’elle puisse véhiculer, qui sont dérangeantes.
Sous couverts de « générosité », de « charité », de « bons sentiments » et d’une « mièvrerie conventionnelle »… Une évidence est transformée en exploit.
Celui qui a écrit cette phrase a sûrement un bon « cœur » et je ne le remets pas en cause, mais je crains qu’il ignore réellement ce que les mots « respect » et « considération envers autrui » veulent dire…
Il croit réellement, que défendre les femmes est un acte d’héroïsme, qu’une fanfare va être lancée à ses trousses sur les routes et qu’une médaille olympique va lui être remis, car détenteur du phallus.

Ce monsieur, a pensé à la « gloire » et aux « bénéfices » avant de réfléchir à la cause, et où le combat se devait de commencer. Aurait-il une furieuse envie d’avoir la main bisoutée, comme le ferait un Boutef fringant sur un roi marocain ?
La base du raisonnement se doit d’être : >Les relations hommes-femmes, se construiront avec des hommes et avec des femmes.
Il s’agit d’une évidence, d’une lapalissade ! Et pourtant…
Une femme parlante et réfléchissante autour de l’idée de s’affranchir, est considérée comme une malheureuse, une perdue, qui ira jeter l’honneur familial intra-cuissots sans ménagement. L’inconsciente marquera du joug de la honte ses proches, sur plusieurs générations.
La liberté de la femme se résume dans la plupart des esprits masculins : si elle est libre, elle va forniquer à tour de bras !

En revanche, lorsqu’un homme commence à babiller sur le même sujet, cela prend une autre tournure. On entre dans l’acte héroïque, avec la satisfaction du devoir bien fait… se terminant avec un bon « chah ! » ventripotent. L’homme au final se voit et se veut comme le maître à penser… mais ignore totalement sa position de maître chanteur.

Dans la structure de la phrase initiale mise en cause, le locuteur ne nous explique rien sur la condition de la femme… la femme est ici réduite à l’état de prétexte, ceci afin de :

• commettre une galéjade sur le web, entres phallus de connivence
• chercher l’approbation de celui qui évoquait le sujet en le charmant avec des idées d’héroïsme
• et pourquoi pas d’aller faire une bonne nouba entres mecs, avec l’idée d’avoir vaguement défendu le sexe fendu.

Lorsqu’un homme ose exprimer sur la place publique le malheur des femmes, les autres hommes l’écoutent, dodelinent positivement de la tête, l’applaudissent, puis rentrent chez eux et là, tour de magie… ils oublient tout !
Chacun s’arrange avec sa conscience, vous allez me dire, mais cet arrangement elliptique ne concerne, que la conscience phallocrate.
Car au final, dans cette phrase, qui a été accueillie sans grands reproches, les femmes sont totalement exclues de leur sort qui leur est réservé !
Il serait temps, pour envisager une évolution voire une révolution sociétale, d’introduire non pas votre trique en nous, mais d’introduire des femmes dans le débat !
Le but n’étant pas de compter les points, et de dire les hommes sont comme ceci, alors que les pauvres femmes sont comme cela… Ce misérabilisme, ne fait rien avancer.

Le but à atteindre est de repenser une société aux travers de liens humains, naturels et légitimes, tels qu’ils se doivent d’êtres.
De repenser la confrontation récurrente dans les esprits :

• celle de l’immédiateté du désir (viens baby on se la fait à l’horizontal)
• la persistance de vieux préceptes d’un autre temps (le Dieu là haut il voit tout)
• le but étant de créer du lien entres les 2 sexes humains !

Le temps, est la clé essentielle, me semble-t-il pour penser les relations hommes-femmes, car il en va de l’héritage qui sera laissé aux futures générations.
Quel sera-t-il d’ailleurs ? Une société faite d’hommes et de femmes… Ou une société faite uniquement d’hommes, qui pensent pour les femmes ?

Tout comme un État, qui peut tomber dans un groupe d’intérêt, la préservation de certains privilèges masculins arrive à se maintenir et à se transmettre comme une tyrannie de fait.
Cette tyrannie phallocrate est également le vecteur d’une religion et d’une constitution d’État qui, positionnent la femme en tant que mineure à vie.Retour ligne automatique
Est-ce que cette constitution nous concerne nous, Kabyles ? Comment avons pu faire nôtre, une telle hérésie ?
Imaginez deux minutes une Fadhma n’Soumer réduite à rien à cause de la constitution algérienne… Où bien toutes ces femmes qui avaient un rôle immense durant la guerre de libération…
Dès la naissance, les hommes sont conditionnés à maintenir et contraindre les femmes, à les enfermer. Au final, les hommes n’ont aucun lien avec les femmes… et pourtant ils pensent les connaître. Sont-ils heureux de cette posture ? Arrivent-ils à s’épanouir ? Comment vivre avec une personne en l’évitant ? Comment parler de l’intime et en jouir ? Comment construire un rapport de confiance ?

Un homme ne nait pas bourreau, il le devient au nom d’une tradition héritée d’une religion importée par-delà les montagnes et un désert auquel nous devrions être tous et toutes hermétiques.
Je suis persuadée, qu’une femme libérée, libèrera un homme du rôle de maton à vie. Vous allez me dire : oui, mais la tradition est enseignée par les femmes… Certes. Mais qu’enseignent-elles et dans quelles conditions ?
Elles le font sous le joug, le contrôle, l’œil constamment ouvert des hommes, l’œil du village, du qu’en-dira-t-on, de la société qui maintient cela !
Et sous le contrôle et la bénédiction de la constitution des DZ.

Être une paria, prendre la liberté comme ligne directrice de vie est une gageure doublée d’une solitude. C’est pour cela que le débat doit se faire avec les deux parties, et sans défilés militaires tels que ce monsieur peut se l’imaginer. On ne peut pas éliminer les femmes de ce débat ainsi que la dimension de la transmission aux futures générations. Mais comment avoir une pensée critique, dans un pays, où cette dernière (femme) est interdite ?

Tout homme, qui participera et dénoncera le sort des femmes, doit y voir son propre intérêt, et il ne s’agit pas de bravoure… mais bien d’un acte politique contre l’État assassin ! Toute femme, qui osera se lever, participera à préserver les futures générations…

Le verbe « se lever », ne veut pas dire « s’agenouiller » devant une religion d’importation, qui maintient l’hypocrisie. Ceci a été vu dans certain reportage, qui fait tant plaisir aux non- méditerranéens. Une femme se présentant comme libre et perpétuant une foi arabique.
On ne peut pas dénoncer le patriarcat phallocratique et continuer à faire sa petite prière à genoux !
Il n’y a aucune logique au maintient de cette symbolique au travers de cette génuflexion asservissante… Être à genoux pour une femme se voulant « debout » est un non-sens à plusieurs degrés. Mais cela fait tant plaisir aux non-Kabyles…

Les hommes et les femmes tentés par les vertus de la religion ne doivent pas oublier qu’ils auront toujours le Coran dans une main et la sexualité dans l’autre, et que cette dernière doit être réfléchie comme il se doit.

Sally Malha

première publication 8 décembre 2013

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