Liberté de ne pas faire le ramadan

Le débat sur le ramadan s’installe en Afrique du Nord

Deux mouvements de la société civile, l’un au Maroc l’autre en Algérie, ont lancé le débat sur la liberté de ne pas jeûner durant le mois de ramadhan.

Au Maroc, où le fait de rompre le jeûne en public pendant le ramadan est passible d’une peine d’emprisonnement, le Mouvement marocain alternatif pour les libertés individuelles, plus connu sous le nom Mali, a relancé jeudi le débat sur la liberté de ne pas jeûner au nom de « la liberté de conscience et de religion ».

L’année dernière, le « Mali » avait organisé un pique-nique à Mohammedia. Objectif déclaré : briser le tabou qui interdit au commun des Marocains de manger en public durant le mois sacré. L’opération a été soutenue par des journaux et des associations. « Notre action a été une réussite, et beaucoup de gens nous ont exprimé leur soutien, dit ibtissame lachgar (35 ans), psychologue, cofondatrice du mouvement alternatif pour les libertés individuelles. Ça a ouvert le débat sur l’article 222 du code pénal, qui prévoit une peine d’emprisonnement pour ceux qui rompent ostensiblement le jeûne en public pendant le ramadan. nous ne nous battons pas contre l’islam, mais pour la liberté de conscience. pour que chaque marocain, qu’il soit athée, chrétien ou musulman, soit traité sur un pied d’égalité. »
A la question de savoir si elle ne choquait pas une partie de l’opinion, elle répond sereinement : « contrairement à ce que j’entends dire souvent, je pense que la société marocaine est prête à débattre de ce sujet. d’ailleurs, l’association marocaine des droits humains (amdh) a mis la laïcité à l’ordre du jour de son dernier congrès. »

En Algérie, le collectif SOS LIBERTES, a appelé mardi au respect des libertés de conscience : « Si, comme chaque année, l’État a pris des mesures pour faciliter l’observance de ce rite par les pratiquants, les non-pratiquants risquent, une nouvelle fois, d’être la cible des forces de sécurité, transformées pour la circonstance en bras armé de l’inquisition », redoute le collectif qui rappelle que, « ces dernières années, des ’dé-jeûneurs’ pourtant discrets, ont été arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prison ».

Face aux menaces et aux risques d’intimidations dont pourraient être l’objet, de la part des intégristes, ceux qui ne pratiquent pas le jeûne, SOS LIBERTES appelle les autorités algériennes « à respecter les lois de la République, en mettant un terme au détournement des institutions au service d’une idéologie intolérante et liberticide ».

Les signataires du communiqué exigent que « des lieux de consommation (cafés et restaurants) doivent être autorisés à ouvrir pour répondre aux besoins de ceux qui, pratiquant une religion autre que l’Islam ou n’en pratiquant aucune, ont choisi de ne pas jeûner ».

L’année dernière, des jeunes algériens à Biskra (450Km au sud d’Alger), surpris par des policiers en possession de bouteilles d’eau minérale, ont été arrêtés puis traduits en justice sous l’accusation de « porter atteinte à l’ordre public ».

Cette année, au deuxième jour du ramadhan, deux hommes, en l’occurrence les nommés Hocine Hocini, âgé de 47 ans et Salem Fellak, âgé de 34 ans, ont été interpellés par la police à Aïn El Hammam, sur les lieux même de leur travail et présentés devant le juge pour ne pas avoir observé le jeûne. Les victimes sont laissées en liberté jusqu’au procès qui leur est injustement intenté pour le 21 septembre 2010.

Cette affaire commence à échauffer sérieusement les esprits dans la ville et dans toute la Kabylie. Le ras-le-bol général est quasi palpable. Les manifestations de soutien sont multiples. On a appris qu’une délégation du MAK a rendu visite aux victimes le vendredi 14 août pour leur apporter son soutien. Les citoyens de la cité proposent de faire des sit-in récurrents devant le commissariat de police pour exprimer leur révolte.

L. M.