L’islam est-il incompatible avec la Démocratie ?

Après mûres réflexions, il semble bien que la réponse soit oui, surtout dans les pays ayant la loi islamique comme Constitution.

Souvent, les objections expliquent que certains pays “musulmans” prouvent le contraire comme la Malaisie, l’Indonésie, Singapour…(et…c’est tout d’ailleurs…) sauf que ces pays n’ont pas la loi islamique comme source unique du Droit, bref ce ne sont pas des États régis par la charia.

L’on confond donc l’islam comme culture, background, coutume et tradition, et l’islam comme loi fondamentale régissant le moindre pas, souffle, la plus petite pensée, action, et ce de façon obligatoire, unique, uniforme.

D’autres objections rétorqueront qu’il en est de même avec les autres religions et sur les deux plans ainsi esquissés, à savoir le politique et le culturel : un État chrétien, un État juif, un État hindou empêcherait également la démocratie de se réaliser, c’est-à-dire la liberté de penser et d’entreprendre (et pas seulement de voter…) ; tandis que sur le plan culturel ces religions corsèteront la conscience de telle sorte que sa liberté sera rendue exsangue.

Il est possible de répondre à ces objections de la façon suivante : sur le plan politique tout d’abord les expériences juives et chrétiennes ont montré que l’Etat politique proprement dit ne peut se baser uniquement sur la loi religieuse et ce pour des raisons également théologiques profondes : l’Etat ne peut se substituer à Dieu ; il est donc nécessaire qu’existe une latence, un degré d’interprétation, donc d’autonomie du politique vis-à-vis du religieux. De façon ultime, le Roi est le Lieu-tenant de Dieu, mais en ce sens qu’ il ne l’est pas, il ce lieu qui tient de Dieu, littéralement, et non pas ce Lieu tenant au sens de se substituant à Dieu. En ce sens les volontés de créer des États chrétiens et juifs strictement religieux non seulement sont voués à l’échec comme on l’a vu avec l’Inquisition et avec la bataille pour la laïcité en…Israël, mais, plus fondamentalement, sont antinomiques avec la substance même du message divin qui a laissé libre la créature humaine, par exemple de nommer avec ses propre mots les animaux (Gen, II, 19).
Sauf que là, sur ce point précis, et il nous permet d’aborder le second plan, celui du culturel, le Coran ne dit pas la même chose ( Sourate II, verset 31 ) (traduction Masson, Folio/Gallimard ) :

« Il apprit à Adam le nom de tous les êtres, (…) ».

Dieu apprend à Adam qui tient donc là un rôle passif.

Or, dans la Bible, il est dit ceci (traduction d’Ostervald, 1890), chapitre II, verset 19 :

« (…) l’Éternel Dieu avait formé de la terre toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux des cieux ; puis il les avait fait venir vers Adam, afin qu’il vît comment il les nommerait, et que le nom qu’Adam donnerait à tout animal vivant, fût son nom ».

Ainsi, c’est Adam qui nomme, il donne un nom, il a un rôle actif.

Idem, dans la traduction de la Bible, établie sous la direction de l’École biblique de Jérusalem (Les éditions du Cerf, 1998) il est dit (p. 35), chapitre 2, verset 19 :

« Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné ».

Le Coran ne parle pas de rôle actif d’Adam. Il fait état plutôt de son instruction et ensuite d’un dialogue entre Dieu et les anges puis celui-ci demande à Adam de dire à ceux-là les noms des êtres qu’il lui avait appris. Adam obtempère :

« Il apprit à Adam le nom de tous les êtres, puis il les présenta aux anges en disant : « faites-moi connaître leurs noms, si vous êtes véridiques ».
(II/32) : Ils dirent : « Gloire à toi ! Nous ne avons rien en dehors de ce que tu nous as enseigné ; tu es, en vérité, celui qui sait tout, le Sage ».
(II/33) : Il dit « O Adam ! Fais-le leur connaître les noms de ces êtres ! »
Quand Adam en eut instruit les anges, le Seigneur dit : « Ne vous ai-je pas avertis ? Je connais le mystère des cieux et de la terre ; je connais ce que vous montrez et ce que vous tenez secret » » .

Dans le Coran, Adam transmet les noms appris, alors que dans la Bible non seulement Adam les nomme, mais Dieu veille à ce que cela soit avec ses propres termes.
Pourtant Masson, dans sa note 1 au mot « être » du verset coranique (II/31) « Il apprit à Adam le nom de tous les êtres », se méprend totalement en y accolant une interprétation issue du texte biblique ! Ainsi Masson écrit :

« Ceci constitue une nouvelle affirmation du pouvoir de l’homme sur la création. On lit dans la Genèse (II,20) : « L’homme appela…de leurs noms tous les bestiaux, les oiseaux des cieux, tous les animaux des champs » Cf. Jean Chrysostome, Homelia IX in Genesim, II, 19, P. G. LIII, 79 ; Philon, op.cit., N)148, p. 241 ».

Or, le texte du Coran n’affirme en rien le « pouvoir de l’homme sur la création » mais plutôt sa capacité à apprendre le nom de tous les êtres, ce qui est tout à fait différent. Par ailleurs, Masson s’appuie sur le verset 20 (tout en citant, curieusement, sans en donner le contenu, le verset 19 via une référence à Chrysostome), alors que le verset 19 précise bien, lui, le rôle actif d’Adam. On ne comprend pas le verset 20 sans celui qui le précède.

Ainsi dans la traduction d’Ostervald il est dit pour le verset 20 :

« Et Adam donna les noms à tous les animaux domestiques, et aux oiseaux des cieux, et à toutes les bêtes des champs ; (…) »

Adam donne les noms, à lui, et non pas ceux que lui auraient indiqué Dieu. Masson mélange donc tout tant il subit l’influence de ce qu’il traduit, affirmant le pouvoir de l’homme tout en citant un verset qui n’est pas compréhensible sans celui qui le précède puisque l’on pourrait penser que Adam donne des noms que lui auraient enseigné Dieu comme avance le Coran, alors que le verset 19 dit bien que c’est Adam et lui seul qui donne les noms.
La traduction de la Bible, établie sous la direction de l’École biblique de Jérusalem, ne diffère guère de celle d’ Ostervald pour le verset 20.
D’ailleurs, le plus intéressant dans ce verset 20 réside moins dans sa continuation du verset 19 que dans le fait qu’Adam s’aperçoit de sa solitude parmi les animaux . Ainsi dans l’édition du Cerf il est dit :

« L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages, mais, pour un homme, il ne trouva pas l’aide qui lui fut assortie ».

Dans les versets 21 et 22, il est exaucé, puisque la femme se voit créer. Rien de tel dans le Coran. Rien qui souligne la nécessité de la femme pour l’homme, chair de sa chair.

Autrement dit, même sur le plan culturel, il semble bien que le Coran ne puisse pas aider à développer l’un des piliers de la Démocratie qu’est la liberté de penser et d’entreprendre ; voilà pourquoi certaines personnes et Etats de culture musulmane brassent de plus en plus leur background avec d’autres influences susceptibles de mieux atteindre la Vérité de l’humain, de la vie, et de son rapport à l’Absolu, qui se trouve bien au-delà de ce que l’on prétend en dire, surtout lorsque ce dernier et la personne qui l’a clamé deviennent des idoles, des objets devant lequel l’on se prosterne…

Lucien Oulahbib

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