L’option indépendantiste s’imposera-t-elle à la Kabylie ?

L’Algérie est une création coloniale, tout comme le Maroc et la Tunisie. Les frontières qui les séparent sont l’œuvre de la France. L’appellation “Algérie” n’existait pas avant 1830, elle fut créée pour la première fois par un officier français, le général Schneider, le 14 octobre 1839. Mais est-ce pour autant qu’il va falloir nier l’existence de ce pays nommé Algérie ? Certainement pas, car il est une réalité indéniable qui consiste à dire que chaque pays est le fruit ou la conséquence, c’est selon, d’une histoire qu’on ne peut refaire ! Cela n’empêche pas de continuer à faire l’histoire présente et à ce titre, l’arbitraire, l’injustice, le déni… voire même l’amour de la “patrie” ne sont ni éternels et ne peuvent jamais rester insensibles aux coups de butoirs de la tyrannie de telle sorte qu’après un demi siècle d’espoir trahi, de lutte, de revendications, de marches, de grèves, de morts, de pauvreté, de résistance à l’assimilation arabo-islamiste et plusieurs générations anéanties totalement tant socialement, culturellement qu’humainement, la Kabylie, stigmatisée et esseulée par les autres régions et aux pires moments de son existence, est, aujourd’hui, en droit de changer d’attitude pour chercher la voie parmi toutes les voies existantes afin de réaliser son destin, sa stabilité et son épanouissement… En somme, la Kabylie est aujourd’hui en droit, après avoir tout donné en subissant le pire, de continuer à faire son histoire.

Si le spectre de l’indépendance indispose certains, c’est en direction des dirigeants algériens qu’ils doivent adresser leurs “coups de gueules électroniques” pour que les tenants du pouvoir se ravisent et fassent en sorte de reconnaître sans délais les droits culturels, identitaires, politiques et socioéconomiques à cette région martyrisée et placée sciemment et durablement dans une logique de non-développement.

Le révisionnisme est écœurant, l’ignorance est mortelle.

L’autonomie, quant à elle, est la tendance universelle actuelle, notamment dans les grandes démocraties du monde, exception faite à… la France qui n’arrive pas à se défaire de son jacobinisme que l’Algérie officielle calque fidèlement d’ailleurs !

Sinon, il faut cesser avec ce sentimentalisme politique qui vide chaque concept de sa substance et qui en altère la signification. Quant aux valeurs authentiques de la Kabylie, ce n’est pas dans le registre du populisme qu’on peut les trouver mais dans sa sociologie et parmi ces valeurs millénaires encore en vigueur dans l’organisation de la cité kabyle, il y a la démocratie participative et séculière, autrement dit, la démocratie tout court et la laïcité. Tout le reste n’est que polémique de bas étage.

Ah, j’ai failli oublier de signaler que tout en reconnaissant le droit et le devoir des Kabyles de la diaspora à lutter et à contribuer à la préservation et au développement de la Kabylie, il n’en est pas moins que tout mouvement politique la concernant se doit de naître en Kabylie-même et d’y évoluer et agir peu importe les risques et les conjonctures politiques. Le risque est inhérent à l’exercice politique, ne pas l’assumer, c’est avouer son incapacité à le mener à terme. Le faire à l’étranger et par-dessus tout en vivotant dans le monde virtuel uniquement, ce n’est pas crédible et cela a toutes les chances d’être sans lendemains. L’action pragmatique doit être continuellement au service des idées.

Au-delà du fait, donc, que l’idée d’autonomie soit un mode d’organisation politico-administratif largement répandu dans le monde, hormis dans les républiques bananières où le sacro-saint principe d’unité nationale est systématiquement brandi pour voiler la désintégration de la société, elle est aussi, quoi qu’on dise, largement partagée par les principaux courants politiques en Kabylie qui divergent dans l’approche idéologique relevant souvent de considérations personnelles, voire de leadership.

L’option indépendantiste est, dans tous les cas de figure, un recours ultime qui découle du fait qu’après avoir puisé toutes les forces et essayé toutes les tentatives tendant à instaurer un Etat de droit et une « Démocratie Majeure » pour tous et sur une longue durée (1/2 siècle pour le cas de l’Algérie), l’on recoure naturellement et légitimement à revendiquer le droit à se libérer d’un système anihiliste en délaissant carrément l’Etat-nation auquel on aura fortement contribué à faire naître. Ce n’est donc pas un choix basique mais une nécessité dictée par une réalité désespérante où la régénération du système dictatorial s’appuie inexorablement sur la passivité, pour ne pas dire l’indifférence, de la majorité du « peuple » et au détriment d’une région qui aura payé le plus lourd tribu pour cet ensemble qu’est l’Algérie, aussi bien avant 1962 qu’entre 1962 et 2010.

Loin de toute langue de bois, si le reste de l’Algérie continue à tourner le dos au changement démocratique en maintenant l’arabo-islamisme dans la gestion du quotidien des Algériens, les airs de vierges effarouchées et autres attitudes de consternations nationalistes hypocrites n’y feront rien car, l’option indépendantiste s’imposera d’elle-même à la Kabylie.

Allas Di Tlelli

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