Lounès Matoub cette force ingérable

En arpentant la route qui va à Tawrirt mussa, en croisant tous ces véhicules : fourgons, voitures, bus, cela nous donne un avant-gout, de nombre important de pèlerins, venus de partout , rendre hommage à Matoub et permet d’ores et déjà de sentir la difficulté à pouvoir trouver une place ou stationner.

Juste avant d’arriver à Ath Douala, j’avais senti un manque terrible de ma maitresse, la seule qui refuse de me lâcher. Elle m’empêche d’orienter ma pensée ailleurs. Elle la conditionne par un préalable grand tour dans mes poumons.

Je finis, par voir devant une station lavage, un monsieur d’une cinquantaine d’années, devant lui une espèce de boite en verre. Très vite j’ai compris que ma maitresse m’attendait, elle m’avait trop manqué.

J’ai pris un paquet d’ « LM » légères que j’ai payé plus cher que d’habitude. Ce qui m’avait quelque peu étonné mais je m’en foutais quelque peu, me disant que de toute façon, c’est un cruel vendredi et ma maitresse n’est guère patiente.

Arrivé, à un centre qui fait office de ville, la circulation devenait difficile. Les gens qui se garaient n’ importe où et les voitures passaient comme elles pouvaient.

Je me suis rappelé que pour aller à Tawrirt ce n’était pas compliqué. J’y suis déjà allé plusieurs fois.

Il suffisait de prendre à gauche et d’amorcer une descente jusqu’à la demeure de Matoub, mais quelqu’un qui ne connaissaient pas n’arrêterait pas de demander sa route.

Effectivement, aucun panneau indicateur n’indiquant ni le village, encore moins le nom de Matoub n’était visible. Cela m’a paru étrange mais je me disais que c’était l’habitude de la négligence.

La population kabyle est tellement désorientée qu’elle ne fait plus attention à rien.
J’ai donc pris à gauche puis au bout de quinze minutes, j’avais le sentiment que je n’étais égaré. Je roulais effectivement sur du plat, alors que ma mémoire avait enregistrée une descente et la demeure de Matoub était sur la gauche près d’une école.

J’ai fini, par demander à quelqu’un ou se trouvait Tawrirt, qui m’a expliqué qu’il fallait faire demi-tour et prendre à gauche.

J’ai fait demi-tour et ai pris le premier tournant à gauche, en espérant ne pas me tromper une autre fois. Très vite, j’ai compris que c’était la bonne : des grappes humaines remontaient, des voitures avaient du mal à passer en se croisant, tant la route était submergée.

En arrivant devant le domicile de Lounès vers 13h, j’ai peiné à trouver une place pour garer la voiture, mais en fin de compte, j’avais pu trouver une place en face d’une des gargotes ouvertes pour l’occasion.

Les kabyles, vieux, jeunes, en famille ou seuls, dans un mouvement continuel, entraient, sortaient, cherchaient vainement à s’imprégner de l’atmosphère du chantre.

La voiture, était exposée au rez-de-chaussée de la maison. Elle était criblée de balles, tirées avec une rare violence, comme si les assassins avaient reçu l’ordre qu’ils ne devaient absolument pas rater leur cible.

En traversant le jardin, on a du mal à pénétrer dans la pièce, qui malgré une chaleur insupportable, était archicomble. Des tableaux de peintures étaient exposés, un groupe de jeunes, sans doute des membres de la fondation, derrière un comptoir, vendaient des posters et des calendriers.

Je regardais toute cette jeunesse, qui a fait le déplacement d’un peu partout pour rendre hommage à leur chantre, les visages crispés sentant une grosse colère, prête à exploser à n’importe quel moment.

Ils n’ont jamais pardonné la mort de Matoub, et plus le temps a passé, plus la colère a grandi. Une jeunesse sincère, vraie et qui a compris que grâce à ce géant, ils ont compris d’où ils venaient et vers ou ils se dirigeraient. Aucune manipulation ne pouvait ni ne pourra avoir raison d’eux.

Je suis remonté pour me rapprocher un peu de sa tombe, pleine de gerbes de fleurs. Un incessant va et vient de gens, de prises de photos de séquences de films.

J’ai regardé partout pour voir le symbole pour lequel il a toujours combattu : un drapeau kabyle, je n’en ai pas vu.

Je me suis dit dommage qu’Il n’y a pas de drapeau, comme il n’y a pas eu de panneaux indicateurs sur la route.

Dommage aussi qu’on laisse n’importe qui prendre la parole et oser parler de Matoub. Des gens, qui de son vivant, n’auraient même pas osé croiser son regard.

En m’approchant de la pierre tombale en marbre noir ou était écrit son nom en tifina, j’ai repensé à tous ceux qui continuaient le combat et qui auraient être là pour partager ce moment d’émotion.

En sortant, j’ai descendu l’escalier et me suis dirigé vers la voiture. Il faisait très chaud et je me suis rappelé que j’avais soif.

J’ai commandé un soda au gargotier occasionnel et j’ai pris une bonne rasade penchant ainsi ma tête en arrière pour avoir une bonne gorgée.

Mes yeux, ont vu alors juste à l’entrée du cercle tombale, sur le côté droit, une grande barre et à l’extrémité de celle-ci, flottait le drapeau algérien.

J’ai repensé à cette magnifique femme de plus de 70 ans, qu’on avait priée de ne rien dire, car la dernière fois, qu’elle n’avait pas vue de drapeau kabyle, elle n’avait pas compris. Elle l’a crié haut et fort, sous l’admiration des pèlerins.

Elle adorait Lounès et qu’elle continue à aimer plus que ses enfants. Elle continue à s’abreuver de sa vérité et à s’alimenter de sa colère.

J’ai eu l’honneur de lui serrer la main mais j’avais senti sa colère, comparable à tous les gens vrais, qui ne sont là que pour lui, canalisés par la terrible force du rebelle.

Aucune tentative peut avoir raison de lui : encore moins l’invisibilité du drapeau pour lequel on l’a sans doute assassiné. Sa voix continuera à exploser. Les yeux ont déjà beaucoup écouté, ils ne sauront être altérés par un autre message que celui que leur a laissé leur chantre.

Dans un monde où on essaye de faire consommer l’illusion, on oublie très souvent que le phénomène Matoub a explosé sans l’aide de la radio, des journaux ou des télés.

Aucune tentative peut avoir raison de lui : encore moins l’invisibilité du drapeau pour lequel on l’a sans doute assassiné. Sa voix continuera à exploser. Les yeux ont déjà beaucoup écouté, ils ne sauront être altérés par un autre message que celui que leur a laissé leur chantre.

Des enfants terribles de ces montagnes kabyles continuent le combat d’autres les rejoindront, la nature n’a d’autre choix que de reprendre son droit.

Mourad SADI

 

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