Mariages kabyles et dépendances …

Qui peut prétendre aujourd’hui que dans notre société, le grand amour est une réalité ?

De telles prétentions ne sont que des mensonges, des œillères pour les cœurs sensibles ou pour ceux que la vie a déçu.

Le nombrilisme du mariage social à tout prix ne permettra jamais une passion durable, sincère mais surtout dénuée de matériel. Certes, cela n’empêchera pas deux jeunes cœurs de s’épancher, de s’apprécier voire de s’engager (encore heureux…) mais il va sans dire que la douceur et l’illusion de la jeunesse d’une histoire sera vite rattrapée par notre vilenie de matérialisme officialisé.

Trop occupés par les « on dit », les « que vont-ils dire ? », les « yenna-yi nekk nnigh-as » et les apparences, les tourtereaux-futurs vieux couples endettés ainsi que leurs vénérables ancêtres rivalisent d’idées saugrenues et de ribambelles de dépenses pour paraître.

Paraître aux yeux de l’autre (idéalement différent de soi et bien entendu rival et jaloux, cela va de soi) est le pari suprême pour nos jeunes de 30 ans et + – épaulés par leurs ainés jusqu’à ce que des dizaines d’années de crédit s’ensuive…

Chaque été, et de plus en plus en fin de saison, de véritables bandes organisées déferlent sur les villages de Kabylie à bord de belles voitures, luxueuses à souhait, défiant la poussière de nos routes fendues avec leurs jantes chromées. Chaque brassée de population amène avec elle, des convives par centaines, chaque convive amenant avec lui sa propre cellule familiale, rallongeant d’autant la liste déjà épaisse des invités.

Les familles des époux quant à elles, tentent de montrer leurs capacités à faire face à cet évènement de grande envergure. Tant bien que mal… et plus mal que bien au vu de la flambée des denrées alimentaires à la veille de la saison des fêtes.

Ainsi, les deux amoureux qui ne demandaient pas la lune, ni la montagne de trésors que de toute façon ils se construiront de leurs mains (et par la force de leur amour) se retrouvent embrigadés dans un rôle qui ne leur sied guère. Ils apprendront en quelques jours, semaines et mois à gérer un budget, à ne pas froisser les invités qui ne le seront pas, à faire des devis (ideballen + disc jockey + artistes ça commence à chiffrer) mais encore et surtout à essuyer les critiques des invités futurs-déçus qui critiqueront le morceau de viande trop chétif qu’ils auront reçus, la salade sans olives ou le hamoud boualem pas assez frais (en même temps, essayez de rafraîchir « aqentar lgazuz » dans des frigos de l’Eniem…

Ils voulaient surprendre et faire plaisir, ils voulaient agrémenter leur entrée dans la vie commune en usant de la stratégie du « mariage social » à la sauce de choc…

Choc amer pour nos jeunes tourtereaux qui se retrouveront avec à peu près 30 ans de crédit pour rembourser les 60 à 70 millions de leur mariage. Et dire qu’ils auraient pu faire un vrai voyage de noces ces deux là…

Remarque, y a même pas de visas pour pouvoir éviter ça …

Tayirat

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