Masin u Harun : Un modèle de lutte, un homme de dignité

Masin u Harun est né le 13 avril 1949 à Tifrit, près d’Akbou. Fils d’une activiste en qualité d’approvisionneuse de nourriture et d’un combattant surnommé le « sergent Tahar », officier de l’ALN, tombé au combat en 1958, le petit orphelin, Mohamed qui choisira de berbériser son prénom (Masin), fut brillant élève au lycée technique de Dellys ; ce qui ne l’avait pas protégé de l’animosité viscérale des coopérants égyptiens qui exigèrent, plusieurs fois, son expulsion de l’établissement en raison du travail de sensibilisation sur la cause identitaire qu’il menait déjà en direction des lycéens.

Très jeune déjà, il répétait à qui voulait l’entendre que son père « ne s’est pas sacrifié pour une Algérie arabe ». En 1972, il rentre à l’université d’el Harrach (Alger) où il fut un brillant étudiant en physique nucléaire. Faisant partie des premiers berbérisants à avoir posé le problème de l’enseignement de tamazight sous le régime tyrannique de Boumediène, il n’hésita pas à assurer des cours de physique nucléaire en kabyle (berbère) !

Avec d’autres militants, il participe, entre 1972 et 1975, à la création des revues clandestines « Itij » (Le Soleil) et « Taftilt » (éclat lumineux) en langue kabyle et transcrite en caractères tifinagh. En 1973, Haroun et ses compagnons radicalisèrent leur combat et créèrent l’Organisation des Forces Berbères (OFB) qui est aussitôt dotée de son organe d’information « Atmaten » (Les frères). Ainsi, porté par ses convictions chevillées au corps, il entama très tôt une lutte rude et périlleuse pour la reconnaissance officielle de la langue et de l’identité tamazight.

En 1976, il décide, avec ses amis de l’OFB, de déposer trois bombes dont l’une, déposée par Hocine Cheradi, au siège de l’organe de la propagande du pouvoir algérien El Moudjahed, la deuxième, déposée par Masin u Harun, au tribunal militaire de Constantine et la dernière avait pour cible le tribunal militaire d’Oran et devait être déposée par Smaïl Medjeber qui fut interpelé par les services secrets algériens avant d’accomplir sa mission. Les deux premières bombes explosèrent le 3 janvier 1976, en prenant toutes les précautions pour ne pas faire la moindre victime humaine, l’objectif était de détruire des appareils qui mentaient, qui désinformaient, qui réprimaient et qui manipulaient l’opinion en faveur de la dictature en place, d’où le surnom « Le poseur de dignité » que le génie populaire attribua à Masin u Harun.

Emprisonnés puis condamnés à perpétuité par un tribunal militaire, le groupe connaitra, durant sa détention dans le sinistre bagne de Tazoult (Lambèse), les pires sévices et les tortures les plus humiliantes. La mère de Masin u Harun mourut dans un accident de la route en se rendant à Lambèse voir son fils emprisonné… Il passera plus de 11 ans dans les geôles du régime algérien.

Durant sa longue incarcération, il consacra l’essentiel de son temps à étudier le français, l’arabe, l’espagnol, l’anglais et, secrètement, il continuait ses recherches en linguistique berbère. Il écrit aussi plusieurs poèmes dont « Avrid n tlelli » (le chemin de la liberté) et « Monsieur le président » que Lounès Matoub a repris en chanson.

En 1986, madame Fatima Medjeber diffusa un long manifeste dans lequel elle dénonça les tortures et lança un appel de détresse

« à tous les artistes, à tous les hommes et à toutes les femmes épris de justice et de liberté pour faire pression sur les autorités algériennes afin de sauver ce qui reste de vivant de son fils, de Mohamed Haroun et de leurs camarades détenus politiques en Algérie ».

Grâce à ces actions conjuguées, de portées nationales et internationales, Haroun, Mouhand Ousmaïl Medjeber, Hocine Cheradi et Lounès Kaci furent libérés le 5 juillet 1987.

Aussitôt sorti de prison, Masin rejoint le mouvement culturel berbère (MCB). S’ensuivra une longue série de conférences dans les campus universitaires et ailleurs, il participera à toutes les actions en faveur de la langue et de l’identité berbères mais aussi en faveur de la cause démocratique, il rédigea aussi quelques ouvrages sur la grammaire berbère et autres qui sont restés, à ce jour, inédits.

Dans un entretien accordé, en 1991, au journal « Le Pays », Masin u Harun livrait avec pudeur ce bout de témoignage :

Les premières années étaient atroces, j’ai même connu l’isolement, on a voulu me faire passer pour un fou et ce pendant deux ans au moins. C’est une raison pour moi de ne pas perdre la raison. J’ai lutté contre la folie, je ne m’en suis sorti de cet enfer que grâce à ma persévérance et mon esprit de lutteur, de combattant (…) ».

Les séquelles de son séjour effroyable en prison ont causé sa maladie et, par la suite, sa mort prématurée, survenue le 22 mai 1996 ; laissant derrière lui une veuve et 2 filles qui ont connu, avant et après sa disparition, toutes les privations et la précarité mais qui sont restées, à ce jour, dignes face à l’abandon et à l’ingratitude des anciens du MCB dont beaucoup ont versé dans le carriérisme politique qui a fait d’eux des milliardaires… En ce sens, Masin u Harun et Matoub Lounès auront été parmi, sinon, les éléments les plus fidèles et les plus sincères dans leur engagement militant et ce n’est pas par hasard que leur popularité et l’osmose qui persiste entre eux et leur peuple sont, chaque jour, plus fortes.

Allas DI TLELLI

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