Matoub Lounès : ce poète révolutionnaire

Le 25 juin une date ancrée dans la mémoire kabyle. Une date que nous retiendrons pour toujours.
La vie de Matoub Lounès, poète-chanteur (amedyaz) kabyle, est aussi l’histoire de son effort poétique. Parler de son œuvre poétique c’est rendre compte de cet effort dans sa presque totalité. Véritable plaie ambulante de son vivant parce que la passion à la fois fiévreuse et frustrée du poète pour sa patrie, sa langue, et pour tous les siens, donne la clé de son existence et en détermine les grands traits.

Matoub Lounès fut pour plusieurs de notre vaste “tribu”, le poète-chanteur le plus total et le plus typique. Un poète-chanteur accompli, du moins c’est comme ça qu’on le perçoit aujourd’hui avec le recul. Ce recul nous permet d’avoir à la fois, un reflet et un écho extraordinairement objectif, et l’identifie à ses œuvres poétiques pour en faire un sujet littéraire. Nous pouvons de la sorte délimiter en toute netteté le champ de son génie poétique et son combat pour la reconnaissance de l’identité kabyle en particulier et de la dimension berbère de l’Algérie en général.

C’est en effet, grâce aux souffrances extrêmes qu’il a endurées pour la cause amazighe et l’inépuisable enseignement qu’il nous donne à travers le monde artistique qu’il a particulièrement fécondé et nourri par, presque, ’’infiltration’’ et en déployant toute sa verve, qu’il est parvenu à s’imposer comme un barde et est entré en contact avec un public fort exigeant dont il s’était fait un principe. C’est sous cet angle double du militant et du poète-chanteur, que l’unité de sa carrière apparaît attachante et pleine d’enseignements.

Fils d’un émigré kabyle, il a connu très tôt l’amertume de l’absence paternelle, et ses sensibilités excessives, lui viendront d’une mère aux tendresses abusives et inépuisables. Ses amis et compatriotes et la Kabylie toute entière allaient admirer chez lui le type même de la vitalité et générosité de l’âme des montagnards kabyles qui dépensent sans compter pour les leurs. Lounès est un homme de génie que ce soit sur le plan musical ou poétique. Par-là, se distingue remarquablement Lounès Matoub, à un degré de notre connaissance, sans égal. Il laisse derrière lui une œuvre d’une extraordinaire qualité artistique, dont la conception lui aurait interdit toute sérénité de vie et de pensée, mais lui donne, en revanche, une stature des libres propos adoptée en toutes circonstances grâce à un verbe subversif, retentissant, qui résonne au-delà des montagnes qui l’ont bercés et qu’il a payé de son sang tout en étant persuadé qu’il y laissera sa trace dit-il dans l’une de ses chansons : « xelṣeɣ adrar s idammen-iw, ad d-yeqqim later-iw… ». En somme, une œuvre monumentale qui a assuré sa place dans la société et qui le perpétuera pendant très longtemps. Lounès Matoub est devenu pour tous les Berbères de l’Afrique du Nord l’archétype du militant pour la cause amazighe et le modèle de l’artiste le plus accompli à suivre.

Mazal ṣṣut-is ad ibaɛzaq, ad irɛed am rɛud deg igenni n tmurt n tmazɣa !

Sa voix demeurera et retentira comme la foudre dans le ciel de Tamazgha.

Djidji Nait

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*