Mise au point

Permettez-moi, cher « écrivain » Bouaziz d’Allemagne, de venir par ces quelques mots vous dire combien votre méconnaissance de la réalité lointaine de l’Algérie et de la Kabylie et criante mais aussi, combien un méli-mélo politique peut avoir les mêmes conséquences qu’une manipulation distraite de « la poudre » par un novice dans le domaine des explosifs.

Pour cela, je puiserai dans vos propres propos que vous entamez, avec une confusion dans l’usage des deux auxiliaires, en écrivant ceci :

« (…) j’ai compris que le problème en Algérie est religieux or il ne l’ai pas vraiment et on s’acharne contre les islamistes en les accusant d’avoir tuer Matoub Lounés. Arrêtez svp de remâcher des idées qui n’ont rien avoir avec la réalité. Si les islamistes ont tués Matoub donc c’est aussi qui ont assassinés 123 jeunes de Kabylie en 2001, c’est eux aussi qui ont tués tous les intellectuels. Or, le vrai auteur est clair comme la pleine lune. Dérangeait-il autant les islamistes pour lesquels les généraux ont imposés et livrés une guerre ? »

Les mots clés que le lecteur note tout de suite sont les suivants : « s’acharne contre les islamistes », « remâcher des idées qui n’ont rien avoir avec la réalité » et enfin « Dérangeait-il autant les islamistes pour lesquels les généraux ont imposés et livrés une guerre ? »

Le terme « s’acharner » utilisé ici est inapproprié sauf s’il émane d’une velléité de disculper l’islamisme ce qui suppose quelque sympathie vis-à-vis des « fous de Dieu ». Sinon, les populations d’Algérie en général savent pertinemment que se sont les islamistes qui s’acharnent sur elles avec une barbarie d’une rare violence et ça dure depuis 1982 lorsque Amzal Kamel fut assassiné par un élève de Bouiali, Abassi, Belhadj et autres Nahnah et Djaballah avec un sabre à la cité universitaire de Ben Aknoun. Le massacre collectifs de Raïs, Relizane, Bentalha… etc. ne sont plus un mystère sauf pour ceux qui construisent leurs carrières sur des cadavres et ceux qui, par éloignement ou par désinformation, continuent à poser la question de « qui tue qui ? » qui lave les barbus de leur génocide et qui ne trouve plus preneur depuis un certain 11 septembre. Des amis de la diaspora qui n’ont pas cessé de s’informer sont en effet au fait de cette situation. Ce n’est hélas pas le cas pour d’autres comme vous, monsieur l’écrivain du pays qui a offert l’asile à l’un des terroristes islamistes les plus aveugles, Rabah Kebir en l’occurrence, qui, nourrit à des sources douteuses, se croient imprégnés de la « réalité », une réalité qui se trouve à des années lumières de son alter-ego. Cette réalité qui met au banc des accusés l’islam politique qui sème la terreur dans le monde d’aujourd’hui ne signifie aucunement que les militaires et le pouvoir algérien sont innocentés, bien au contraire, pour nous autres qui avons vécu dans notre chair la barbarie intégriste, nous savons pertinemment que les islamistes et les tenants du pouvoir algérien sont les deux pages de la même feuille, l’un enfante l’autre, l’un se nourrit de l’autre, l’un protège l’autre avec des phases de lutte « fratricides » quand les intérêts de l’un ou de l’autre sont menacés par l’un ou l’autre.

Quant à Matoub Lounès, il faut être ignorant ou manipulé pour ne pas savoir que, essentiellement, depuis 1991 jusqu’à la date fatidique de son lâche assassinat, Lounès a livré une lutte implacable contre les islamistes et ce, aussi bien à travers ses chansons, son livre « Le Rebelle », ses interventions percutantes dans la presse écrites et sur les plateaux de télévisions que dans sa vie de tous les jours. Enfin, Lounès Matoub était l’une des rares personnalités à avoir assumé pleinement sa laïcité ce qui est insoluble dans un système politique où la religion intervient dans la gestion des affaires publiques.

Enfin, êtes-vous, monsieur l’écrivain, en train de nous inviter à sympathiser avec les fous de Dieu quand vous assenez cette phrase pleine de compassion :

« (…) les islamistes pour lesquels les généraux ont imposés et livrés une guerre ? »

Détrompez-vous car les généraux n’ont jamais livré une quelconque guerre aux islamistes, ils ont simplement géré leur nuisance de sorte que leur privilèges aux commandes de la rente pétrolière ne soient pas remis en cause. La guerre qui a été livrée aux islamistes est l’œuvre de citoyens anonymes, membres des groupes d’autodéfense dont faisait partie Lounès Matoub lui-même, militants républicains dont des intellectuels, des journalistes, des simples soldats, policiers… qui ont payé de leur vie leur engagement frontale contre l’hydre islamiste… Mesdames veuves Zinou, Louni, Djaout, Tigziri… et des milliers d’autres le savent mieux que quiconque, ayez le culot d’un vrai écrivain pour aller vous enquérir de cette réalité amère auprès de ces dames d’honneurs et des milliers d’autres veuves, orphelins… etc. qui ont eu le malheur de voir de leurs propres yeux l’exécution de l’être cher souvent par des militants islamistes du quartier.

Ensuite et vous ne vous arrêtez pas en si bon chemin, vous pousser plus loin votre outrecuidance en déclarant ceci :

« (…) Si l’on se mettra a détruite toutes les mosquées, qui sont une richesse culturelle, qu’aurions- nous à gagner ? »

A rbah a thafath ! Des milliers de mosquées, 15.000 au dernier décompte, un record mondial si cela peut en rajouter à votre orgueil mais le seul record d’un pays qui massacre le mausolée millénaire de Massinissa, qui livre les vestiges libyques et amazigho-romains aux pillage et à l’abandon, un pays qui mène une politique d’épuration ethnique contre l’amazighité à coup d’arabisation systématique et d’islamisation tout azimut de tous les espaces d’expression, d’éducation et autres, un pays qui a fait de la culture l’enfant pauvre de la république bananière … ce pays peut finalement jubiler de joie maintenant qu’un écrivain illuminé d’Allemagne vienne à la rescousse pour nous apprendre que finalement nous avons une « richesse culturelle » inestimable et insoupçonnée : les milliers de mosquées que la dictature arabo-islamiste algérienne a construit frénétiquement depuis 1962 à ce jour pour endoctriner, manipuler, aveugler, des mosquées sans style, sans visage qui ont longtemps servit de lieux de recrutement et d’embrigadement pour les GIA, MIA, AIS et autres sectes moyenâgeuses.

L’inculture quand elle s’imbrique dans l’audace produit des envolées grotesques. Notre écrivain s’improvise même analyste pour prodiguer sa science acquise probablement de sa longue expérience politique et intellectuelle :

« Je pense qu’il est préférable de s’accepter idéologiquement – laïque, islamiste, droite et gauche- en primo pour en concevoir ensemble à l’avenir un plan avec lequel ses forces conjuguées pourraient réussir un renversement effectif du pouvoir central d’Alger qui est le seul responsable de toutes les bavures que vit le peuple algérien. »

Le pouvoir algérien et certainement le principal responsable de la déliquescence de la situation en Algérie, mais il est inacceptable de balayer d’un simple revers de la main le génocide islamiste qui, je vous le rappelle, est estimé entre 150.000 à 200.000 morts, plus d’un million d’orphelins et de veuves, de milliers de fillettes, jeunes filles et femmes violées collectivement dans les maquis, des milliers d’enfants « maoglis » nés, dans les maquis, de ces viols collectifs et qui y ont grandi sans jamais avoir vu autre chose que les casemates, les barbus armés et puants et tout l’univers néandertalien, avec l’innocence en moins, des maquis islamistes…

Quant à vouloir rassembler tous les autres courants politique algériens qui sont, dans ces conditions, très loin des clivages traditionnels gauche-droite en vogue en Europe, mais dont l’idée de rassemblement autour d’un minimum républicain a déjà été proposée et continue d’être véhiculée par bon nombre d’acteurs politiques, il est humainement et moralement, au vue de la tragédie, politiquement, au vue de l’opposition frontale entre les deux projets de société véhiculés par les deux courants, et enfin, culturellement, au vue de la notion de liberté dans toutes ses dimensions qui sous-tend toute culture qui s’inscrit dans l’esprit de la déclaration universelle des droits de l’homme, il est, disais-je donc, inconcevable et irréalisable d’imaginer un projet de développement républicain et démocratique auquel serait associée, de près ou de loin, la mouvance islamiste qui porte en elle les germes de l’exclusivisme, de l’intolérance et de la violence.

C’est surtout l’incompatibilité des valeurs religieuses d’avec les normes républicaines en terme d’économie, de liberté de penser, de culte, d’opinion, de liberté individuelles et collectives, de rationalité et de séparation entre les sphères religieuses et politiques qui est la base même de la laïcité… qui (cette incompatibilité) rend cette idée de rassembler autour d’un projet politique, islamistes et républicains laïcs, inculte, profane et complètement farfelue et fantaisiste.

Enfin, je vous laisse le soin de relever par vous-même, dans votre Nota bene, tout le « bien » que vous pensez des islamistes, ce qui, outre mesure, ne vous a pas empêché de les associer à votre idée de rassemblement, voire de plaider même leur innocence au prélude de votre propos :

« NB j’espère que les barbus algériens, aveuglés par l’endoctrinement wahhabite auront l’occasion de connaître l’histoire des musulmans en Andalousie, ce jour là, je suis certain qu’ils cesseront de tuer leur frère algérien car il sauront, entre les berbères et les arabes de la péninsule d’Arabie, qui sont les vrais musulmans. »

En conclusion et avant de clore cette mise au point, il est nécessaire de vous préciser que les vrais musulmans ne se définissent pas par rapport à leur origine ethnique car, il est inconcevable d’imaginer un groupe racial moderne et ouvert sur le monde appartenir exclusivement à une unique confession. En d’autres termes, je récuse dans le fond et dans la forme votre affirmation, pour le moins bizarre, qui sous-entend que les Berbères sont de vrais musulmans comparativement à leur vis-à-vis de l’Arabie maudite car, si tant est qu’on puisse distinguer un vrai musulman d’un faux, la liberté de culte et la liberté de ne pas croire en Dieu sont des fondements qui ont de tous temps régit la société amazigh en général et kabyle en particulier, de sorte que la diversité cultuelle ainsi que l’athéisme proprement dit n’ont de cesse, depuis le polythéisme à nos jours, de réguler nos équilibres sociétaux foncièrement laïcs.

Salutations laïques

Allas Di Tlelli

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