Moh Smail : la progéniture des grands maîtres

Lorsque, comme Cheikh El-Hasnaoui – l’un des plus grands maîtres de la chanson kabyle – on a vu le jour un 23 juillet, tout porte à croire qu’on est prédestiné à embrasser une brillante carrière dans le domaine artistique. Pour en juger, il suffit de savoir que le chanteur Moh Smail est né lui aussi un 23 juillet, à quelques encablures seulement du lieu de naissance du cheikh. En évoquant cet heureux hasard le chanteur Moh Smail ne cache pas sa fierté de partager ce jour avec son maître de tous les jours.

La cinquantaine à peine entamée, cet enfant prodige des At Dwala, artiste jusqu’aux bouts des ongles ; commença très jeune à forger ses armes pour affronter un domaine où le don ne suffit pas pour briller artistiquement, dans une région où le public demeure connaisseur et trop exigeant. A 14 ans déjà, il jouait du mandole et animait les fêtes familiales des At Xelfun, son village natal, ainsi que celles des villages environnants.

Ses premières compositions furent signées alors qu’il n’avait que 15 ou 16 ans au tout début des années 70. Mais il n’enregistrera son premier album qu’après de brillantes études universitaires couronnées d’un diplôme d’ingéniorat.

C’est en 1984 donc, qu’il débarqua pour Paris où il produisit son premier opus, chez Disco-Laser. Le succès fut immédiat pour cet artiste atypique doté d’une voix chaude et mélodieuse, une voix qui, assura l’éternité et le succès à toutes les chansons qui suivront au fil des années telles « Lkas n laîb » – le verre de la honte – , « Ma ulac-ikem » – Quand tu n’est pas présente – ou encore « Hsen d Lhusin » – Ahcène et Hocine.

Moh Smail a également marqué la chanson kabyle engagée par « Inas ay abehri inas » (Dis-lui douce brise, dis-lui) un vibrant hommage à son ami et complice, feu Lounès Matoub, qui en octobre 1988, venait de recevoir une rafale de Kalachnikov tirée à bout portant par un gendarme sur la route reliant Michelet à Fort-National en haute Kabylie.

Aujourd’hui Moh Smail compte à son actif une bonne dizaine d’albums de qualité artistique digne des grands maîtres et font de lui, une valeur sûre de la chanson kabyle.

Mazighuc

Interview express

Mazighuc : azul a Muh i tezmert-nni ?

Moh Smail : tgerrez, ad fell-ak yesteqsi lxir !

Comment se fait-il que tes produits soient inexistants sur le marché français ?

T’as raison, j’ai arrêté la distribution de mes produits depuis un bon moment, et j’ai entamé un projet très intéressant, qui, j’espère sera à la hauteur de l’attente de mon public.

Tu peux être un peu plus précis ma ulac ughilif.

Au fait, j’ai entamé le ré-enregistrement de toutes mes œuvres depuis le début : c’est ma manière d’offrir à mon public tout ce que j’ai produit depuis une vingtaine d’années…

Si je comprends bien, tu as refait l’enregistrement de tout ce que tu as chanté depuis 1984 !

Absolument ! Et ça m’a pris pratiquement trois mois de studio.

Amek a Muh waqila kfant-ak !

Awah xat’i, macci d keffu i diyi-kfant, d akud i ibeddlen a mmi-s n tmurt. Nous sommes à l’ère du numérique, les sons ont beaucoup évolué, les studios d’enregistrement aussi ! Il est fini le temps où l’on pouvait faire une cassette en une journée…

Ok a Muh, mais comment vas-tu procéder à l’édition d’une carrière longue de 20 ans ?

Là-dessus j’ai ma petite idée. En tout, j’ai une bonne dizaine d’albums, mais ils ne sortiront pas à la fois. L’astuce consiste à éditer une fois par an un triple album dont deux anciens et un inédit, et ce jusqu’à épuisement total de ce que je viens de mettre en boîte… Donc comme tu vois, je ne suis pas à court de production, mais je voudrais surtout donner un nouveau souffle et un habillage tout neuf à mes anciennes chansons.

Tes apparitions sur scène sont de plus en plus rares !

C’est vrai que me suis un peu retiré de la scène mais maintenant que j’ai constitué une petite équipe de musiciens très sympathique, mon retour ne peut être qu’imminent.

Des projets immédiats ?

Oui bien sûr, il y a d’abord la sortie du premier triple album ainsi que sa promo (galas, émissions radio et télé…)

Un dernier mot peut-être !

Tanemmirt i le site nwen, et bon courage à tous ceux qui oeuvrent pour la promotion de notre culture et ar tufat.

Entretien réalisé par Mazighuc

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