Moi ou presque !

J’étais déjà vieux dans ma jeunesse. A huit ans déjà je fumais les mégots que je pouvais ramasser, je sniffais de la colle japonaise. A treize ans je fumais des joints, quand je trouvais qui savait les rouler. A quatorze ans je finissais les restes des bouteilles de bières tièdes que les fossés m’offraient. A dix-sept ans j’en avais fini avec l’existence. J’avais fait tout ce qui se faisait, raté tout ce qui se ratait, pensé tout ce qui se pensait. C’était à ce moment que j’étais devenu Algérien, alors qu’il ne restait plus d’Algérie nulle part, même pas dans le livre d’histoire de l’Algérie.

Quelques débiles moustachus, barbus, bien rasés et pomponnés, laids comme Abdelaziz BELKHADEM (y’a aucune offense à dire d’un homme laid qu’il est laid), témoins de leur propre bêtise comme Hocine AIT AHMED, femme… N’importe quoi devenait président sur les murs. La présidentiabilité des têtes de bites tapissait les clôtures, les portails, les murs, les troncs d’arbres, les bancs publics, les parebrises, et même les poitrines des larves humaines qui sortaient lâches mais fières de l’amour verbal de leur connerie de seigneur Dieu suceur de sang et adepte de la masturbation cérébrale d’un imam ou de son rejeton de neuf ans ! Qui savait parler aux imbéciles. Le crime était d’être stupide. Retour ligne automatique
Ils étaient tous là pour y être ! Pour faire d’un pays un endroit. Inventer la démocratie, définir ce qu’un travailleur, coudre des chattes et guillotiner des bites…

« Il faut se laver la zigounette ou la chatte avant d’aller dormir » disait le Rassoul. « Il faut manger avec sa main droite, et se torcher le cul avec sa gauche », disait toujours le Rassoul. « Il ne faut pas se masturber », disait le Rassoul.

Plus grave et plus mystique encore :

« Et une preuve pour eux est la nuit. Nous en écorchons le jour et ils sont alors dans les ténèbres. (36 ; 37) et le soleil court vers un gîte qui lui est assigné ; telle est la détermination du Tout puissant, de l’omniscient. (36 ; 38) »

Ensuite ça va parler de Noé, bateau, les eaux, et tout le monde a entendu parler des Sumériens. Et ce n’est pas le Rassoul cette fois. C’est L’astronaute Dieu qui nous informe que le soleil court, tourne en parlant du système solaire et non de l’univers. Et c’est dans la sourate 36 à commencer du verset 36. Pour les musulmans trop musulmans, on ne dit pas sourate 36 mais sourate YACINE.

J’éprouve le besoin de continuer mon histoire. Elle sera sans intrigue, sans raison, sans but. Le raisonnement de l’insomniaque…

Pour mes dix-huit ans, Bouteflika était là, pas à mon anniversaire, je ne l’avais pas fêté d’ailleurs. Il était là, c’est tout, il passait pour nous faire savoir que même un Algérien pouvait être blond, avec deux yeux bleus. Pour moi c’était banal. Ma mère aussi était blonde avec deux yeux bleus, seulement elle avait gâché ses gènes en épousant le Mohamed mon père qui était aussi laid qu’un Algérien pouvait l’être. Je ne comprenais pas encore comment ma triste mère avait fini chez ce papa qui misait sur la stupidité des gens plutôt que sur sa propre intelligence. Il avait de la cervelle, certes, mais même un singe en avait !

Il y’ a plus de personnel que de national dans cette histoire. Elle ne se raconte pas à la manière d’un roman, non plus de façon académique, ce n’est pas un document qu’on lit pour s’informer. Ce n’est bien sûr pas l’œuvre d’un journaleux qui se prend pour un reporter, ni même une succession d’images comme la madone de BEN TELHA. C’est des bribes, quelques scènes de ce qui se passe, d’autres de ce qui s’était passé, puis quelques-unes de plus pour ce qui ne se passera jamais.

Il ne fait pas nuit, il ne neige pas, il ne fait même pas jour. Pas assez de lumière, pas assez d’obscurité. Je ne devrais pas me réveiller à cette heure-là ! Je crache un coup dans le cendrier et je me remets à me soucier de mon cul. Cinq jours déjà, et je n’arrive pas à restituer ce que je dois aux toilettes. Aller chier me terrifie depuis quelques deux ou trois jours. Fallait chasser la bête pourtant !

Je veux bien parler un peu de ma mère. Ma mère c’est une femme, c’est déjà assez criminel. Ce qui m’empêche de parler de ma mère justement, et qui me renvoie à moi-même. A ce sentiment de culpabilité que je traine malgré moi… Il est bien triste de parler de Dieu, de sa mère, de son Pays, de son Rassoul, de son Enfance et sa Jeunesse qui sont toutes des grandes choses, et de son cul et de constipation dans un même paragraphe ! En vérité, ce n’est pas l’histoire qui raconte, mais la manière dont elle est composée. Je parlerai de moi, il y aurait beaucoup de moi dedans.

Ahmed Yahia Messaoud

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