Morale et bonheur selon Aristote

Aristote fait du bonheur le souverain bien (eudémonisme) et le place dans l’activité même de la raison :

Mais, peut-être, tout en convenant (pie le bonheur est le souverain bien désire- t-on encore avoir quelques précisions supplémentaires. On arriverait rapidement à un résultat en se rendant compte de ce qu’est l’acte propre de l’homme. Pour le joueur de flûte, le statuaire, pour toute espèce d’artisan et en un mot pour tous ceux qui pratiquent un travail et exercent une activité, le bien et la perfection résident, semble-t-il, dans le travail même. De toute évidence, il en est de même pour l’homme, s’il existe quelque acte qui lui soit propre. Faut-il donc admettre que l’artisan et le cordonnier ont quelque travail et quelque activité particuliers, alors qu’il n’y en aurait pas pour l’homme et que la nature aurait fait de celui-ci un oisif ? Ou bien de même que l’œil, la main, le pied et en un mot toutes les parties du corps ont, de toute évidence, quelque fonction à remplir, faut-il admettre pour l’homme également quelque activité, en plus de celles que nous venons d’indi­quer ? Quelle pourrait-elle être ? Car, évidemment, la vie est commune à l’homme ainsi qu’aux plantes ; et nous cherchons ce qui le caractérise spécialement. Il faut donc mettre à part la nutrition et la croissance. Viendrait ensuite la vie de sen­sations, mais, bien sûr, celle-ci appartient également au cheval, au bœuf et à tout être animé. Reste une vie active propre à l’être doué de raison […]. Il faut la consi­dérer dans son activité épanouie, car c’est alors qu’elle se présente avec plus de supériorité. Si le propre de l’homme est l’activité de l’âme, en accord complet ou partiel avec la raison; si nous affirmons que cette fonction est propre à la nature de l’homme vertueux, comme lorsqu’on parle du bon citharède et du citharède accompli et qu’il en est de même en un mot en toutes circonstances, en tenant compte de la supériorité qui, d’après le mérite, vient couronner l’acte, le citharède jouant de la cithare, le citharède accompli en jouant bien; s’il en est ainsi, nous supposons que le propre de l’homme est un certain genre de vie, que ce genre de vie est l’activité de l’âme, accompagnée d’actions raisonnables et que chez l’homme accompli tout se fait selon le Bien et le Beau, chacun de ces actes s’exé­cutant à la perfection selon la vertu qui lui est propre. A ces conditions, le bien propre à l’homme est l’activité de l’âme, en conformité avec la vertu ; et si les vertus sont nombreuses, selon celle qui est la meilleure et la plus accomplie.

Aristote, Éthique à Nicomaque

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