Morte la chanson kabyle ?

On ne cesse de nous rabâcher que la culture se meurt. Et même que ce serait de la faute à la télé. Ce serait de la faute aux livres qui se font vieux, nuls et inutiles à l’heure d’Internet. Les jeunes préfèrent l’image, le langage sms, le kestudi, kestuveu mon vieu ?

La rapidité, la connerie aussi ! Les reality-show et les procès d’intention à toute heure sur le petit écran. Paraît même qu’ils prévoient une star ac’ version Afrique du nord ! la même qu’à Paris, les histoires de couches en moins.

Oui je veux bien alors que le petit écran (dixit les esprits bien pensants qui n’hésitent toutefois pas à aller sur ces mêmes plateaux de télé défendre leurs livres et moult projets dont on ne saura jamais si ils sont les auteurs véritables ; la faute à la petite lucarne encore et au ciseau du censeur cher à Fellag) soit la source de tous nos maux. Mais…

Car il y a un mais ? Quid de la culture kabyle aujourd’hui ? La télé ne peut être l’initiatrice de ses maux puisqu’elle n’existe pas. Et regardons plus exactement la chanson ? Qu’est ce qui provoque ou a provoqué la mort de la chanson kabyle ? Retour ligne automatique
Pourquoi n’y a-t-il plus aucun produit intéressant qui sort depuis quelques années ? L’on se contente d’erzats de produits sérieux et nous nous ruons dès que faire se peut vers les daubes (et là je mesure mes mots : non, non, je ne parle pas de cette spécialité culinaire du Sud de la France) qui appauvrissent autant qu’elles emplissent les étals de nos épiciers de la K7 (je dois cette expression à notre chère malika Domrane à qui je fais un petit coucou).

Peut être pas assez âgée pour présupposer qu’il y a quarante ans, ce qui sortait était meilleur, un peu plus recherché, mais il faut avouer (et c’est en amoureuse de la chanson (kabyle surtout) que je parle), que ce temps est révolu !

Dommage pour nos oreilles de mélomanes alanguis mais rien ne viendra bercer nos élans romanesques. Et pourtant pris l’un après l’autre il y aurait de quoi faire chez nos amis gratouilleurs de guitare et vendeurs de larmes.

Est-ce la faute aux éditeurs (pseudo éditeurs serait plus exact d’ailleurs) si la chanson est HS ? un peu probablement. Un vent de sénilité s’est jeté sur la chanson kabyle et on a l’impression de devenir grabataires doublés de tremblote à écouter ressasser les quinze chansons de mariage reprises dans des non stop insipides. Comme à la grande époque du raï où on échangeait sa voix sur bande contre une bouteille de vin. Et ce depuis une dizaine d’années déjà, ce qui correspond à peu près à la disparition de feu Lounès MATOUB.

Que dire aujourd’hui, sinon que les artistes qui paient cher leur statut bâtard ont aussi un peu de responsabilité dans la déchéance de leur art. Avez-vous remarqué que contrairement aux autres cultures chantées, raï et chaabi y compris, pour ne parler que de celles-ci, nous autres kabyles voulons endosser toutes les casquettes qui existent : auteurs, compositeurs, arrangeurs, interprètes producteurs (mais là c’est pas de leur faute, ils en font assez les frais avec les pseudo producteurs « épiciers de la cassette »). Pourquoi, ce n’est qu’une supposition, n’y a-t-il pas d’équipes artistiques, d’agents artistiques dont c’est le METIER de répartir les travaux selon les aptitudes et les fibres artistiques de chacun. Cela éviterait les horreurs chantées que l’on peut entendre parfois.

Fermez les yeux et imaginez un peu : les textes de Lounis Ait Menguellet sur des mélodies de Takfarinas, la voix d’Idir sur des mélopées, des berceuses de Brahim TAYEB et de Si Moh. Imaginez les prouesses vocales de Malika Domrane et celles de Taos Amrouche réunies par les talents d’un ingénieur du son hors du commun !

STOP : retour à la vraie vie, j’arrête de rêver. Et pourtant …

Tayirat

P.-S.

Le débat est ouvert chers internautes. Loin de moi l’envie de fustiger ou d’abattre quelqu’un mais je pense que certaines vérités gagnent à être dites, et celle ci en fait partie. Retour ligne manuel
Ar tiririt

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