Les morts ne peuvent pas se défendre

J’ai reçu, une demande incongrue formulée au nom d’un mouvement kabyle, qui veut déplacer les restes de la dépouille de El Hasnaoui. Je vous avouerais que j’en suis restée perplexe, pis : choquée car, en effet, au nom de qui, au nom de quoi, le porte-parole de cette association se permet-il de prendre une telle initiative ? A quel titre et de quel droit peut-on prendre la liberté de vouloir profaner la tombe d’un homme qui a souhaité être enterré à la Réunion, où il a fini ses jours ?

En effet, si El Hasnaoui n’a pas jugé utile d’aller séjourner en Kabylie, de son vivant, il n’y a aucune raison de l’y obliger aujourd’hui qu’il ne peut plus donner son avis.

Il ne viendrait pas à l’idée de ce responsable de mouvement machiste de se dire qu’il ne peut décemment pas faire fi de Denise, épouse d’El Hasnaoui qui, durant quarante ans a partagé sa vie. Elle a, me semble-t-il, plus de droits que n’importe qui de décider du sort réservé à la dépouille de son défunt mari ! Elle n’aurait donc pas le droit d’aller se recueillir sur la tombe de celui qu’elle a chéri sa vie durant ?

La réponse de Ferhat Mehenni à nos questions est qu’il aurait fait une telle déclaration car il lui aurait été rapporté (par x) que « El Hasnaoui aurait été enterré dans la fosse commune ». Il s’est tout de même précipité pour faire des déclarations dans des journaux algériens, allant jusqu’à demander une participation pécuniaire aux Kabyles, afin de faire transporter le corps du défunt de la Réunion en Kabylie. Aurait-il fait un appel pour aider les miséreux en Kabylie ? Non et pourtant cela serait tout de même plus logique !

Après vérification, il s’avère que Chikh El Hasnaoui n’est pas enterré dans la fosse commune et qu’il y a bel et bien une tombe portant le nom de notre illustre chanteur : Khelouati Mohamed, chanteur Kabyle : voilà, les noms et titre gravés sur une sépulture de surcroît soignée et fleurie.

Je suis en colère ! En colère parce que — et cela n’est pas nouveau — je constate, une fois de plus, que la volonté d’un mort n’est pas respectée. Un mort, ne peut plus se défendre et, au nom de ce statut de mort, nous devons le protéger, peut-être encore plus que les vivants qui, eux, peuvent donner leur point de vue, ester. Mes amis, ni le pape, ni un président n’ont le droit de fouler aux pieds les dernières volontés d’un défunt car, ce faisant, ce sont eux-mêmes qu’ils servent, qu’ils mettent en avant et le défunt n’est là, en somme, que pour leur servir de faire-valoir.

Marie AK

N.B. : Entre temps, Ferhat Mehenni n’a pas eu d’autre choix que de faire un démenti. Il a aussi déclaré, selon ses habitudes, que nous sommes au service de Bouteflika. Il n’a pas utilisé le conditionnel, il en est sûr. Ce sont les propos habituels qu’il tient dès qu’une personne n’applaudit pas à ses ordres. En ce qui nous concerne, nous trouvons étrange qu’un individu, qui dit « déranger le pouvoir algérien », puisse librement faire de nombreux allers et retours Paris-Alger sans jamais être inquiété. Mais il est seul à pouvoir nous donner une réponse.

« Le MAK ayant reçu des informations alarmantes sur la tombe de CHEIKH EL HASNAOUI qui se trouve sur l’Ile de la Réunion a réagi en proposant une rencontre d’urgence avec les associations kabyles de l’émigration. Des nouvelles plus rassurantes nous sont heureusement entre temps parvenues. Aussi, le MAK salue la mémoire de ce monument de notre culture et respecte sa dernière volonté de passer son éternité en vacances sur sa terre d’élection. Nous remercions toutes celles et tous ceux qui ont répondu à notre appel et annulons la rencontre ainsi projetée avec nos excuses pour elles.
Pour le MAK
Ferhat MEHENNI, Porte-parole »

 

1 Commentaire

Laisser un commentaire