Mythe de l’âge d’or andalou

Un courant de « pensée » milite activement pour convaincre le bon peuple que la période de l’Occupation de l’Espagne par les musulmans de 711 date à laquelle ils furent appelés en Vandalousie, pays des Vandales, par les ennemis du roi wisigoth Rodrigue, qui espéraient les faire partir comme précédemment, une fois leur besogne faite, et leur expulsion en 1492, sept cents ans plus tard, fut un « âge d’or », une époque bénie où les trois religions ont cohabité harmonieusement, en produisant un florilège artistique, scientifique et philosophique qui n’aurait pas été possible sans cette cohabitation.

L’arrière-pensée de ces penseurs est qu’il serait souhaitable de reproduire un tel âge d’or. En Espagne, cette idée fait florès, et à Grenade le quartier des cigarières gitanes de l’Albaicin, est, selon O. Fallaci, investi par un état islamique dans l’État espagnol. Un état qui dispose de ses écoles, de ses hôpitaux, de ses services sociaux, de sa justice, de son code, la charia, de ses banques, et même de sa monnaie, la monnaie qui avait cours sous Boabdil.

S’il n’est pas niable qu’un certain nombre de textes philosophiques marquants aient été produits pendant cette époque, principalement au XIIe siècle, il est nécessaire de faire un certain nombre de mises au point.

En voici quelques-unes

La conquête musulmane de l’Afrique du Nord chrétienne a fait disparaître en quelques décennies toute trace des cultures antérieures, chrétienne et encore plus romaine païenne, par la conversion forcée et la destruction.
Tous les documents ont été perdus, la bibliothèque d’Alexandrie définitivement détruite par Amr Ibn el As général arabe en 642 et en 645, car un seul livre suffit.

En Espagne dominée par les Wisigoths, et en proie aux conflits de palais en 711, la conquête musulmane a été faite par un petit nombre de guerriers, soutenus par des complices qui espéraient les utiliser pour obtenir le pouvoir pour eux-mêmes, ayant beau jeu face à un ennemi divisé et désorganisé. Des historiens ont montré que les juifs, en conflit avec les Wisigoths chrétiens qui les obligeaient à se convertir, ont favorisé l’implantation du nouveau colonisateur, qui, ayant besoin d’appuis, a promis son aide en retour, et n’a pas appliqué la charia à ces dhimmis avec la même rigueur que dans le reste des pays conquis.

Dans la même Espagne musulmane, le philosophe de référence est Averroes, appelé « LE » commentateur d’Aristote, un philosophe « éminemment musulman », comme chacun sait.
Averroes a fini sa vie proscrit et ce sont les exégètes chrétiens qui lui ont donné sa notoriété actuelle huit siècles après sa mort.

Le médecin Avicenne, « éminemment musulman » dont la mère était juive, a été aussi un proscrit toute sa vie ou presque et n’a cessé de fuir les inquisiteurs islamiques.

De sorte que si l’on creuse un peu, on voit que l’Espagne musulmane n’a brillé que parce que l’islam y était moins présent qu’ailleurs.

D’autre part, les laudateurs de ce prétendu « âge d’or » affirment que les précieux manuscrits de l’Antiquité ont été préservés grâce aux intellectuels andalous surtout musulmans, qui auraient préservé ces manuscrits, détruits et dégradés en Europe chrétienne au moment des grandes invasions des Francs, et des Goths, au Ve siècle.
Cette démonstration ne tient pas, car les manuscrits antiques n’ont pas été préservés en Afrique du Nord, et l’Espagne a aussi été dévastée par les Wisigoths et les Vandales.

Les Vandales qui ont laissé dans les esprits une connotation de destruction gratuite, et les Wisigoths christianisés ont détruit beaucoup moins que ceux pour qui un seul livre est important.

En outre en l’an 732, la dynastie carolingienne commençait à rassembler l’Europe entière en un vaste empire organisé, où la culture occupait une place centrale. N’est-ce pas à Charlemagne qu’on attribue un peu puérilement le mérite d’avoir « inventé l’école » ?

Les Francs colonisateurs de la Francia occidentalis, partie occidentale du Pays des Francs, (= Hommes Libres) échue à Charles le Chauve au Traité de Verdun en 843, n’ont donné à ce pays que le nom. Ils ont conservé les structures de l’État gallo-romain et la langue gallo-romaine, ancêtre du français, dont justement les Serments de Strasbourg, faits entre Charles le Chauve et son frère Louis le Germanique, contre leur frère Lothaire, en langue « vulgaire », sont un des premiers témoignages.
Ces royaumes sont à l’origine d’une riche culture littéraire et historique, dont un des fleurons est la Chanson de Roland, écrite sans doute vers 1090.
Toute la culture antérieure, qu’elle soit d’origine païenne ou chrétienne, a été conservée.

Quant à la Renaissance, que certains de ces laudateurs attribuent aussi à l’âge d’or andalou, elle doit mille fois plus au transport des manuscrits byzantins en Italie dans les années qui ont précédé la chute de Constantinople qu’à un quelconque rôle de l’islam.

Tout au plus doit-on reconnaître le rôle des intellectuels musulmans en mathématiques, chimie (al khémia -alchimie – chimie), astronomie et médecine.

Le mathématicien ouzbek al Korizmi a mis au point la méthode de l’al djabr (algèbre) et les algorithmes qui portent son nom.

Les chiffres indiens indûment appelés « arabes » ont été introduits en Europe par les marchands phéniciens, facilitant les calculs mathématiques. (Mais les Grecs avaient fait des calculs astronomiques avec des notations plus rudimentaires).

D’après B. Lewis dans What went wrong ?, l’excellence des penseurs des pays musulmans dans ces matières scientifiques s’explique par l’impossibilité de faire de la philosophie ou quelque spéculation que ce soit en dehors des déclarations permises par l’islam.

Donc, pendant qu’on construit le mythe d’un âge d’or dans le passé, permettant d’imaginer un nouvel âge d’or dans un futur proche, qu’on nous hypnotise avec l’Inquisition catholique, qui n’existe plus depuis plusieurs siècles, des inquisiteurs d’une autre sorte agissent en toute tranquillité, envoient devant des tribunaux aux juges complaisants ou impressionnables quiconque ose porter une ombre au tableau de leur « religion d’amour et de tolérance« .

G.H.

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